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Numéro 66 - avril 1998
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| Vendredi-Saint dans les camps de Kosti
Monseigneur Daniel Adwok vit au coeur du drame soudanais et de la guerre qui oppose le régime islamiste aux guérillas chrétiennes du Sud. Président de la commission Aide et Développement de l'épiscopat, ce prêtre originaire du Haut-Nil connaît de près, comme évêque auxiliaire de Khartoum, le long calvaire des populations chrétiennes. Q - On vient tout juste d'apprendre que quatre écoles catholiques destinées aux enfants déplacés allaient être détruites à Khartoum. La situation des chrétiens du Soudan est-elle désespérée ? R -Le gouvernement a un programme : faire du Soudan un Etat islamique.
Politique, économie, programmes sociaux : tout est orienté
en ce sens. Les populations qui désirent suivre une scolarité
dans les écoles gouvernementales doivent se plier à un programme
éducatif islamique. Les chrétiens essaient de faire face.
Mais l'Eglise est étranglée.
Q - La guerre dans le Sud a déplacé des centaines de milliers de personnes, réfugiées dans des camps autour de Khartoum. Comment évolue leur situation ? R - Les personnes déplacées constituent un problème politique urgent. Si le gouvernement l'avait voulu, il aurait déjà pu régler cette question depuis cinq ou six ans. Pourquoi ne l'a-t-il pas fait? Là encore, profitant de cette misère, le gouvernement espère récupérer une partie de ces populations pour les islamiser avant de les renvoyer dans le Sud. Q - Dans ces conditions, que peut faire l'Eglise pour eux ? R - Le gouvernement ne tient pas à voir l'Eglise s'occuper de
ces personnes; Nous devons nous battre pour parvenir jusqu'à elles.
Nous sommes présents dans toutes ces écoles que l'on détruit
aujourd'hui sous prétexte de problèmes d'urbanisme. Le gouvernement
promet de nous attribuer de nouveaux terrains pour les reconstruire, mais
le temps passe, et rien n'est fait. Il est vrai que si les gens reçoivent
une éducation, ils réclameront leurs droits. La seule solution
pour contrôler le Sud est de maintenir les gens dans le noir, illettrés,
ignorants.
Q - Avec le recul, le pape a-t-il bien fait de se rendre au Soudan en 1993 ? R - Oui, sans aucun doute. Sa visite a redonné force et courage aux chrétiens. Son voyage a aussi valeur de témoignage. On lui a fait de nombreuses promesses, qui sont restées lettre morte. Un exemple : le gouvernement s'était engagé à abolir l'infâme loi de 1962 sur les sociétés missionnaires, qui empêche pratiquement toute construction d'église dans le Nord et donne aux forces de sécurité le droit de surveiller toutes les activités ecclésiales. La loi est toujours en vigueur. Au moins, la visite du Pape aura permis à de nombreux observateurs de prendre note des engagements du gouvernement soudanais, et du fait qu'ils ne sont pas tenus. Q - Quel bilan peut-on tirer de l'accord de paix conclu il y a près d'un an entre le gouvernement et certaines guérillas ? R - A court terme, la situation semble s'être améliorée. Mais les gens oublient de regarder le long terme. A travers cet accord, le gouvernement a trouvé un relais. Jamais il n'a autant parlé de son projet d'Etat islamique. Il n'envisage pas d'autre avenir pour le Sud que cette islamisation progressive. Q - L'accord prévoit pourtant une large autonomie régionale ... R - L'accord est sur le papier. Dans le Sud, la réalité du pouvoir est exercée par l'armée, qui prend ses ordres directement à Khartoum. Dès lors, de quelle autonomie parlons-nous ? Q - Quelle serait la meilleure solution pour sortir du conflit ? R - Si l'on veut que le Sud existe en conservant son identité, la solution passe par un Etat soudanais laïque. Si le gouvernement ne l'accepte pas, il doit reconnaître au Sud un certain degré d'autonomie. Mais le gouvernement du Nord, quel qu'en soit la composition, n'acceptera jamais de revenir en arrière, d'enlever un mot de la loi islamique telle qu'elle a été insérée dans la Constitution. Cette politique conduira nécessairement à la partition du Soudan. Q - Est-ce que la Communauté internationale est prête à laisser le Sud vivre sous sa propre identité ? R - Si tel n'était pas le cas, elle entérinerait le programme
d'islamisation en douce. Alors, il ne nous resterait qu'à compter
sur nous-mêmes pour déterminer notre propre destin;
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Propos recueillis par Jean-Pierre Denis
La vie numèro 2745 du 9 avril 1998
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