Numéro 66 - avril 1998

Démission de M. Gaspar Biro
Rapporteur spécial de la commission des Droits de l’homme
pour le Soudan
 
 

Dans le cours de son rapport présenté à la Commission des droits de l’homme des Nations-Unies le 16 avril 1998 à Genève, Monsieur Gaspar Biro nommé comme Rapporteur Spécial il y a cinq ans, estime  que les pouvoirs qu’il détient en vertu de ce mandat  ne conviennent  pas à un traitement efficace des violations des droits de l’homme au Soudan. Il remet donc sa démission à la Commission souhaitant  que ce mandat soit “renouvelé, poursuivi et renforcé”. 

Présentant son rapport, M Gaspar Biro a indiqué qu’au cours de la visite qu’il a effectuée à Khartoum du 2 au 10 septembre 1997, il a reçu des témoignages de victimes des violations des droits de l’homme ou de personnes qui ont été témoins d’abus commis par des agents du Gouvernement soudanais ou par des membres des parties au conflit armé au Soudan. M. Biro a indiqué qu’avant son départ de Khartoum, il a saisi les représentants du Ministère de la justice et du Conseil consultatif pour les droits de l’homme d’un certain nombre de cas de personnes arrêtées par les forces de sécurité soudanaises et dont la famille était sans nouvelles ou à qui on refusait le droit d’être représentées en justice. Le Rapporteur spécial a fait état d’un incident qui s’est produit le 1er décembre 1997, devant le bureau du PNUD à Khartoum, lorsque, en plein jour et en présence du personnel des Nations-Unies et de nombreux passants, les forces de sécurité et des éléments en uniforme ont brutalement dispersé une manifestation pacifique d’un groupe d’environ cinquante femmes qui voulaient, par l’intermédiaire du bureau du PNUD, transmettre au Secrétaire général une lettre de protestation contre la conscription forcée de leurs fils et frères dans les forces de défense. Suite à ces événements, un appel conjoint a été adressé par quatre Rapporteurs spéciaux de la Commission au Gouvernement soudanais pour qu’il diligente une enquête et juge les responsables de cette violence. La réponse fournie par le gouvernement soudanais est inadéquate au regard de la gravité de cet incident, a estimé M. Biro. 
Ces jours-ci, des centaines de milliers de personnes sont en train de mourir au Sud du Soudan a déclaré M. Biro. Des représentants des agences humanitaires et d’organisations non gouvernementales travaillant dans le Sud du pays sont d’accord pour affirmer qu’il s’agit d’un désastre entièrement créé par l’homme. Bien que le Gouvernement soudanais ait levé l’interdiction de survol aérien de certaines zones, les personnes qui oeuvrent sur le terrain pour fournir l’aide estiment que c’est trop peu ou trop tard. Certains estiment même que  d’ici l’été 1999, ce seront 1,6 million de personnes qui pourraient être confrontées à la famine. M. Biro estime qu’à l’avenir, il conviendra d’accorder la priorité à l’amélioration de la coopération entre le Gouvernement du Soudan et les mécanismes existant dans le domaine des droits de l’homme. Or les observations préliminaires semblent montrer qu’il existe aujourd’hui une chance de parvenir à des mesures concrètes et pratiques en ce qui concerne certaines questions. M. Biro estime qu’il convient désormais d’adopter une autre approche que celle qui émane du mandat actuel du Rapporteur spécial. C’est pourquoi “j’ai décidé de mettre un terme au mandat que j’exerce depuis cinq ans”, a déclaré le Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’hommes au Soudan. “Je suis également persuadé que le mandat doit être renouvelé, poursuivi et renforcé” car, dans le type de situation que connaît ce pays, faire rapport sur la situation est déjà plus que se contenter de la contempler.

 
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