Numéro 66 - avril 1998
Le massacre des conscrits
 
On se souviendra peut-être qu’en juin 1997, les résultats du baccalauréat soudanais qui conditionnent l’admission à l’université ne furent pas proclamés. L’armée s’était emparée des listes et annonça que tous les éventuels bacheliers devraient effectuer leur service militaire avant de savoir s’ils avaient été admis ou non. Une petite moitié des lycéens concernés se présenta dans les bureaux de recrutement, alors que le reste préféra ignorer ces instructions. 
Un certain nombre de ces nouvelles recrues fut envoyé après un entraînement sommaire sur les champs de bataille de l’Est ou du Sud. Du fait de leur inexpérience, ces jeunes gens subirent de grosses pertes et bien que le Président de la République ait exalté leur courage et leur eut décerné les palmes du martyre leur promettant une félicité éternelle dans l’au-delà, les familles s’émurent et se mirent à manifester. 
Ces manifestations, composées de mères de famille furent dispersées avec brutalité par la police anti-émeutes. Quelques manifestantes furent interpellées, conduites au poste et condamnées à recevoir une vingtaine de coups de fouet après une jugement sommaire. Une manifestation entièrement composée d’avocates connut le même sort. Celle du 1er décembre 1997 eut lieu devant les bureaux des Nations-Unies où les manifestantes voulaient déposer une lettre au Secrétaire général. La présence de fonctionnaires internationaux n’eut pas l’air de gêner les forces de sécurité qui réagirent avec leur brutalité coutumière. 
La police  se mit à traquer dans la rue et dans les marchés, les adolescents en âge d’être incorporés et à les expédier dans des camps d’instruction. 
Un de ces camps, à Alyafoun, près de Khartoum sur la rive occidentale du Nil Bleu comptait 2100 conscrits. Sur ces entrefaites survint la fête du mouton (Eid el Kébir). Durant cette fête qui dure quatre jours (tous fériés), il est de tradition de se rendre visite mutuellement. Les pensionnaires du camp dont la famille habitait la capitale demandèrent une permission à leur commandant qui la leur refusa. On lira dans ce bulletin ce qu’il advint selon l’opposition soudanaise et on trouvera plus loin  la version gouvernementale
Le président Béchir annonça immédiatement que la conscription des lycéens était suspendue et que les jeunes gens n’effectueraient leur service militaire qu’après leurs études universitaires. Il se prive ainsi de 60.000 recrues par an. Ce n’est certainement pas de gaieté de coeur, mais il n’a sans doute pas voulu prendre le risque d’un soulèvement populaire.
Fomalhaut
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