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Numéro 65 - mars 1998
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A la commission des Droits de l'Homme
La 54 ème session de la Commission des Droits
de l’Homme à Genève a vu l’intervention le 20 mars 1998,
de Mgr Jean-Louis Tauran, Secrétaire pour les relations avec les
Etats, en d’autres termes, Ministre des Affaires étrangères
du Vatican. Nous en donnons ici de larges extraits
| En m'envoyant vers vous, le pape Jean-Paul II entend souligner l'importance
qu'il attache au travail persévérant de la Commission des
Droits de l’Homme qui veille sur la personne humaine, hélas
toujours menacée dans sa dignité, ses droits et ses libertés.....
1998 marque le cinquantième anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme dont les idéaux inspirent la majorité des pays du monde. le Saint Siège la considère comme "un des plus beaux titres de gloire des Nations Unies".... En réalité, cette Déclaration est le fruit de la tragique expérience de la seconde guerre mondiale durant laquelle, aux horreurs des combats se sont ajoutées les exactions abominables d'une idéologie païenne qui a écrasé l’Homme. Le document du 10 décembre 1948 traduit ce qui était alors - et demeure - le cri de l'humanité tout entière : "Plus jamais cela" ! L'impact de cet instrument international, les conventions qui l'ont suivi et les activités des organisations gouvernementales et non gouvernementales qui se sont consacrées à la défense des droits humains ont créé une dynamique des droits de l’Homme qui mobilise l'opinion publique pour dénoncer la peine de mort, l'exploitation de l'enfant et des femmes, le sort des réfugiés, l'usage de la torture, la relégation des prisonniers de conscience, le sous-développement ... pour ne citer que quelques-unes des causes les plus connues. En 1993, la Conférence de Vienne déjà citée a permis de rappeler, une fois encore, "la nature universelle de ces droits et libertés qui ne saurait être remise en question" (Préambule). Car ce qui caractérise la Déclaration de 1948, c'est justement son caractère "universel". Dans le passé, d'autres documents de ce genre ont accompagné la vie des sociétés : la "Magna Carta" de 1215 en Angleterre, la Déclaration d'indépendance des Etats-Unis en 1776 ou encore la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789 en France. Mais celle de 1948 ,est qualifiée d"universelle", parce qu'elle se fonde sur la conviction que tout être humain est le sujet de ces droits qui découlent de l'appartenance de chacun à l'espèce humaine..... La conséquence logique est que ces droits qui si justement tiennent tant au coeur de l’Homme moderne sont antérieurs à la société et à l'Etat. Ils sont indivisibles et ne dépendent pas des différents rôles sociaux de la personne. La dignité et la valeur de la personne humaine, qui ne peuvent être liées à une aire géographique ou à une expression culturelle déterminées, porte en elles l'universalité et l'indivisibilité des droits fondamentaux.... A cet égard, je voudrais souligner l'apport que les croyants peuvent offrir à cet effort de cohérence. Les valeurs spirituelles, en effet, élèvent l’Homme et l'aident à maîtriser ses instincts. Parce qu'universelles, elles l'incitent à la solidarité fraternelle, et pas seulement avec ses coreligionnaires. Du moins, c'est ainsi qu'il faudrait qu'il en soit. En outre, beaucoup ont souligné tout ce que les concepts contenus dans la Déclaration de 1948 doivent au christianisme et à sa pratique. C'est donc tout naturellement que les chrétiens considèrent comme un devoir et un droit de participer au dialogue public dans les sociétés où ils sont insérés. Par leur fraternité, leur vigilance et leur volonté de réconciliation, ils peuvent être comme un germe fécond dans le service de l’Homme concret et la poursuite du bien commun. Car ce que les chrétiens réclament pour eux, ils le mettent au service de l’Homme et de la société. A cet égard, la Délégation du Saint-Siège ne peut éviter de remarquer que, trop souvent encore, cette contribution des croyants est entravée de manière systématique quand : - ils se voient dans l'impossibilité totale de professer publiquement leur foi et de se réunir dans un lieu de culte ; - ils sont l'objet de discrimination grossière qui vont jusqu'à la destruction de leurs maisons, de leurs écoles, de leurs temples et même de leurs cimetières ; - on leur propose de renier leur foi pour obtenir du travail ou une aide sociale ; - des mesures administratives leur sont imposées dans le but de limiter leurs possibilités de s'organiser et d'agir selon les lois de leur pays et les règles de leur religion ; - ils sont empêchés de communiquer avec leurs coreligionnaires ou leurs chefs spirituels qui résident à l'étranger. Non seulement toutes ces situations discriminatoires sont profondément injustes et blessent les personnes dans ce qu'elles ont de plus cher - leur religion qui inspire leurs choix les plus fondamentaux - mais elles les empêchent d'accorder totalement leur confiance aux Autorités publiques et de prêter leur collaboration sereine aux grandes tâches politiques et sociales de leur pays. |