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Numéro 65 - mars 1998
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| Dans cette guerre civile interminable qui oppose les forces démocratiques du Soudan au gouvernement islamiste de Khartoum, il semble que les adversaires soient à bout de souffle. A l'Est du pays, aux frontières avec l'Érythrée et l'Éthiopie, l'opposition nordiste et musulmane au régime tient toujours depuis plus d'un an une bande de terrain comprenant quelques villes d'où l'armée soudanaise n'est pas parvenue à la déloger. On doit dire qu'elle ne s'y est même pas essayée. L'opposition provoque de temps à autre quelques escarmouches et vient de revendiquer la prise de 3 villages au sud de la ville soudanaise de Guédaref. Tout ceci est bien peu de choses et les objectifs dont la prise pourrait faire vraiment mal au pouvoir, c'est à dire l'occupation d'un tronçon de la route Khartoum-Port-Soudan ou celle de la centrale hydro-électrique de Damazine bien que très proches du front, apparaissent hors de portée. Au Sud, la saison sèche qui va de décembre à mars, se termine sans l'habituelle offensive du gouvernement qui traditionnellement profitait des pistes accessibles à cette époque de l'année pour faire évoluer ses chars et ses voitures blindées. Cette année, ce furent au contraire les rebelles qui passèrent à l'attaque sans attendre la saison humide. Ils purent ainsi occuper Yei et Rumbek mais échouèrent à Wau devant l'artillerie lourde dont disposait la garnison. Pourtant le gouvernement soudanais dispose de troupes fraîches: il a enrôlé dans l'armée les lycéens à la fin de leurs études secondaires. Pourtant il semble bien que des armes modernes aient été fournies à John Garang. Peut-être les lycéens se révèlent-ils réfractaires au métier des armes ou ont-ils besoin d'un entraînement et de motivations supplémentaires? Peut-être les troupes du SPLA ne peuvent-elles se familiariser au maniement de matériels qui requièrent une haute technicité? Quoi qu'il en soit, il est un fait que les fronts se stabilisent un peu partout et que la guerre qui a repris il y a déjà quinze ans est en passe de ne jamais pouvoir se terminer. C'est en général à de tels moments, devant la lassitude des deux camps et devant leur impuissance ressentie sinon avouée, qu'une négociation a le plus de chances de s'amorcer et d'aboutir. De son côté l'Égypte dont nous énumérions dans notre dernier numéro les avantages qu'elle pourrait trouver à un Soudan uni, non islamiste et pacifié est en train de laisser entendre qu'éventuellement elle n'aurait pas d'objection majeure à proposer ses bons offices. Le gouvernement soudanais a mordu à l'appât, il parle de rendre les biens égyptiens confisqués il y a quelques années et affirme que le problème du territoire de Halaïb contesté entre les deux États ne saurait être une pomme de discorde entre deux pays frères. L'opposition du Nord est tricéphale. Il y a le parti Oumma lui-même divisé entre partisans et opposants de Sadek el Mahdi chef de la secte religieuse des Ansars, le Democratic Unionist Party rallié autour de la bannière des Mirghani chefs de la Khatmiyya, encore une secte musulmane et enfin le bloc des autres, c'est à dire ceux qui ne se réclament pas d'une obédience religieuse: républicains, baasistes, nassériens et communistes. L'opposition du Sud, quant à elle, est soudée autour de John Garang chef des rebelles et leader du SPLA. Ses rivaux se sont ralliés au gouvernement central auprès duquel ils prétendent oeuvrer pour une possibilité d'autodétermination du Sud. En réalité, ils n'ont pas voix au chapitre. L'opposition du Nord et celle du Sud réunies au sein de l'AND sont tombées d'accord pour exiger l'abolition des "houdoud" qui sont les peines prononcées par les tribunaux islamiques, et l'instauration d'un gouvernement de transition qui préparerait aussi des élections multipartites pour un retour à la démocratie. On ne voit pas ce que l'AND pourrait exiger de plus, mais c'est bien ce que l'Egypte va vraisemblablement essayer de suggérer au Nord en l'assortissant d'impunité pour les dirigeants actuels du Soudan. Tous nos voeux accompagnent les négociateurs. |
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Fomalhaut
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