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Numéro 64 - février 1998
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Qu'est-il arrivé au Club Catholique ?
| C'est sous ce titre que Mgr Gabriel Zubeir Wako, archevêque
de Khartoum, a fait la genèse des ennuis suscités au club
catholique par le gouvernement, ennuis qui aboutirent les 1O et 11
février de cette année à l'occupation du club par
des forces de la police anti-émeutes.
Le club catholique a été bâti au début des années en bordure de la route de l'aéroport sur un terrain alloué par le gouvernement pour cet usage aux termes d'un bail emphytéotique de 32 ans renouvelable par tacite reconduction. La plupart des clubs de Khartoum, entre autres les clubs syrien, arménien, italien se trouvent dans la même zone et leurs terrains furent attribués à la même époque et dans les mêmes conditions. Leurs baux expiraient nominalement le 31 décembre 1995. Il n'y a pas d'exemple qu'un terrain alloué pour un but déterminé et non détourné de sa destination première ait été repris par l'Etat. 99% des terrains du Soudan sont sujets à des baux emphytéotiques. Le club catholique est autoritairement fermé depuis 1992. Une nuit de mai de cette année, des hommes appartenant à la Sûreté firent irruption dans le club. Ils enfoncèrent les portes bien que les clefs fussent disponibles sur place. Ils emportèrent 22 machines à écrire anglaises et arabes qui étaient utilisées pour l'enseignement de la dactylographie aux jeunes gens. Ils emportèrent aussi la somme de 60.000 livres soudanaises. Aux protestations de l'archevêché, il fut répondu qu'il existait des présomptions de crimes à l'encontre du club et que celui-ci resterait fermé jusqu'à ce que la justice ait statué. L'archevêque tenta en vain de connaître quelles étaient ces présomptions. On finit par lui répondre que les officiers qui avaient investi le club n'étaient plus disponibles et qu'en conséquence personne ne connaissait la raison de ce qui était arrivé. Cependant le club devait continuer à être fermé. En prévision de la visite du Pape, en février 1993, et de la messe qu'il devait célébrer, l'Eglise demanda l'autorisation d'utiliser temporairement les locaux du club comme sacristie. Permission refusée. De même en novembre 1994, lors du congrès eucharistique soudanais, une permission similaire fut demandée aux autorités qui la refusèrent également. Par la suite, d'autres tentatives se soldèrent par le même échec alors qu'à maintes reprises, il était demandé à l'archevêque de renoncer à ce club. Le 24 décembre 1997, l'archevêque reçut copie d'une lettre circulaire datée du 6 décembre, adressée à tous les clubs de la zone pour les informer que leurs baux ne seraient pas renouvelés. Les demandes d'audience de l'archevêque aux autorités concernées ne reçurent aucune réponse. Le 3 janvier 1998, un groupe de fonctionnaires vint demander les clefs du club au gardien qui dit ne pouvoir les remettre sans ordre de ses supérieurs. Le 5 février, arrivèrent 3 camions pleins de membres armés de la police anti-émeutes. On donna une semaine au gardien et à sa famille pour décamper. Une douzaine de gardes armés restèrent sur place pour interdire l'accès du club. Le 8 février, les 3 camions revinrent et leurs occupants se mirent à jeter à l'extérieur le mobilier du club et les affaires du gardien. La femme de celui-ci fut battue. Le 11 février, 4 camions bourrés de policiers anti-émeutes entourèrent le club. Ils avaient des fusils et des lanceurs de grenades lacrymogènes. Une troupe équivalente prit place à proximité de l'église St Pierre et Paul sans que l'on sache pourquoi. Dans le même temps l'archevêque fut convoqué dans le bureau du ministre de la Planification sociale. Celui-ci commença à reprocher à Mgr Zubeir d'avoir avisé l'agence Comboni de Rome qui avait diffusé les nouvelles concernant le club catholique. L'archevêque nia son rôle mais demanda si le ministre pensait sérieusement que ce qui était arrivé au club catholique pouvait rester ignoré. Le ministre parla alors d'un rapport qu'il avait devant lui et qui était la copie de notes préparées par l'archevêque dans la perspective d'entretiens à propos du club avec différents bureaux gouvernementaux et en particulier avec le bureau du Président de la République. En effet, lors d'un entretien avec le ministre de l'engineering, celui-ci avait dit à l'archevêque que l'ordre de prendre possessiondu club venait du Président. Le ministre de la Planification sociale demanda alors à l'archevêque pourquoi il se mêlait de ce qui ne le regardait pas et en particulier de dire que l'ordre de non-renouvellement des baux concernait tous les clubs de la zone, mais que seul le club catholique avait été pris manu militari. Il demanda à l'archevêque si celui-ci avait un document pour prouver ses assertions car autrement, cela risquait de lui coûter fort cher. L'archevêque répondit que tout cela avait été dit de vive voix mais qu'il avait plusieurs témoins. L'archevêque dit alors qu'en dehors du fond, il objectait surtout sur la façon dont les autorités gouvernementales s'étaient emparées du club sans aucun dialogue et avec un déploiement considérable de force armée. Le ministre lui promit pour bientôt un terrain équivalent situé dans une zone pas trop éloignée de la première. Cependant l'archevêque réserva son acceptation de cette offre jusqu'à ce qu'il puisse l'estimer ainsi que la compensation financière pour les bâtiments. Dans sa lettre, l'archevêque exhorta ses fidèles à prendre eux aussi en mains la défense des intérêts de la communauté laissant à l'archevêque davantage de temps pour s'occuper du soin des âmes. Il leur rappela les paroles de Jésus à ses disciples: "Le monde vous fera souffrir. Mais gardez courage ! J'ai vaincu le monde" (Jn. 16:33). Jésus, ajoute-t-il, a vaincu le monde non pas par la force des armes ou par la colère mais par la force de la vérité, par l'amour et par le pardon. |
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(Traduit de l'anglais et condensé par Vigilance
Soudan)
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