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Numéro 64 - février 1998
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Accord de guerre
| C'est ainsi, nous disait il y a peu un spécialiste de la Corne
de l'Afrique, qu'il convient de qualifier les "accords de paix" passés
en avril dernier entre le gouvernement soudanais et plusieurs chefs rebelles
mineurs dont certains sont parfaitement inconnus. Le pouvoir qui avait
classiquement joué sur les divisions tribales faisait ainsi d'une
pierre plusieurs coups:
* Il semblait se rendre aux voeux de l'opinion mondiale en manifestant un désir de paix * Il coupait l'herbe sous le pied de la conférence de l'IGAD qui voulait le forcer à adopter un régime laïque ou à accorder l'autodétermination au Sud * Il ravalait John Garang, animateur du SPLA, la principale force rebelle, au rang des petits chefs qui avaient fait leur soumission en l'invitant à se rallier comme les autres * Et surtout sur le terrain, il retournait contre le SPLA les troupes des chefs ex-rebelles C'est pourquoi, cet accord de paix devrait plutôt être qualifié d'accord de guerre. De plus, la subtilité machiavélique qui avait présidé à sa conception et à son élaboration vient de se voir cruellement démentie. Nous nous étions étonnés dans notre dernier éditorial du manque de réactions de la part du SPLA devant les nouvelles de Khartoum annonçant triomphalement le ralliement avec armes et bagages d'une dizaine de milliers de rebelles de la région du Bahr-el Ghazal. En fait, ce retournement n'en était pas un. Le gouvernement central avait été joué par un des chefs rebelles qui s'étaient apparemment soumis. Kerubino Kuanyen un chef Dinka des environs de Wau, avait été nommé récemment vice-président du Conseil de coordination du Sud et avait été invité à se rendre à Khartoum pour être officiellement investi de cette dignité. Il avait apparemment décliné le périlleux honneur de s'y rendre craignant sans doute d'y être retenu, de perdre sa liberté de mouvements et de n'être plus qu'une marionnette entre les mains de la junte islamiste. Le vice-président soudanais, le général Zubeir Mohammed Saleh offrit de se rendre à Awil pour lui conférer les insignes de son grade, mais Kerubino éluda également cette offre. Il annonçait d'ailleurs en même temps que grâce à des tractations menées depuis un certain temps avec les autorités locales du SPLA, il avait réussi à obtenir la défection de plusieurs milliers de combattants qui lui avaient fait personnellement allégeance et qui devaient venir renforcer ses propres unités. C'est sous ce couvert que plusieurs milliers de combattants du SPLA purent pénétrer avec leurs armes dans Wau et, avec l'appui des propres troupes de Kerubino, occuper la ville et l'aéroport. Une contre-attaque des troupes soudanaises du Nord appuyées par de l'artillerie finit par les déloger de leurs positions. Mais la ville est encerclée. Il ne semble pas que l'aéroport puisse être utilisé étant sous le feu du SPLA. Wau, l'une des trois capitales régionales du Sud*, est située dans le Bahr el Ghazal, à l'ouest du Sud-Soudan. C'est le terminus d'une longue ligne de chemin de fer la reliant au réseau soudanais. Awil, à une soixantaine de kilomètres au nord de Wau serait occupée par le SPLA coupant ainsi les communications ferroviaires de Wau avec le reste du pays. Toute cette région qui était relativement calme s'est tout d'un coup embrasée et la population civile en proie à la famine, tente de se réfugier où elle peut. Le gouvernement soudanais a interdit le survol de la région par les avions du Sudan Lifeline** censés apporter quelque nourriture à ces malheureux. Avec la défection de Kerubino, la loyauté des autres chefs sudistes ralliés à Khartoum devenait suspecte. Dans la capitale, leurs gardes prétoriennes furent désarmées. Le vice-président soudanais, le général Zubeir instigateur du ralliement de ces chefs sudistes se rendit sur place pour tâcher de soutenir les bonnes volontés défaillantes mais il périt à Nasser, ville à l'Est du Sud dans un accident d'avion dû à de mauvaises conditions atmosphériques. A Khartoum même, le club catholique déjà fermé autoritairement, était occupé manu militari. On trouvera plus loin dans ce numéro un résumé des commentaires que cette situation a inspirés à l'archevêque catholique, Mgr Gabriel Zubeir Wako. * Les autres étant Juba capitale de l'Equatoria et Malakal, capitale
du Haut-Nil
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Fomalhaut
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