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Numéro 63 - janvier 1998
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Hassan el Tourabi le machiavel soudanais ?
| Plus grand pays d'Afrique, le Soudan est aussi le premier du continent
à vivre sous un régime islamiste. Un régime décrié
pour sa guerre contre le Sud chrétien et animiste, mais aussi parce
qu'il passe - avec quelques autres Etats - pour l'organisation d'un terrorisme
qui frappe jusqu'au sol américain. Depuis 1989 et le coup d'Etat
qui l'a amené au pouvoir, Hassan al-Tourabi, idéologue suprême
du régime, a toujours caché sa soif de pouvoir, derrière
un projet "civilisationnel" qui devait faire du Soudan le modèle
d'une révolution pour la planète musulmane.
Huit ans plus tard, l'expérience islamique soudanaise est loin d'être un succès. Le pays est plongé dans une misère noire, pillé par une nouvelle bourgeoisie affairiste profitant d'un néolibéralisme enturbanné. Et depuis 1996, le "bon docteur" Tourabi - diplômé en droit des universités de Londres et de la Sorbonne - a connu une série de revers. Si ce sexagénaire élégant, drapé dans une longue abaya immaculée et coiffé du chèche blanc, conserve ses yeux rieurs et un ton très urbain, il sait qu'il n'a plus les moyens de colporter sa "bonne parole" à travers le monde. En fait, il est trop occupé à assurer la survie de son propre régime. A la suite de l'attentat raté contre le président égyptien Moubarak et de l'explosion du World Trade Center à New York, les Etats-Unis ont décidé d'isoler le Soudan de Tourabi sur la scène internationale. Et les ennuis intérieurs s'accumulent. Fin 1996, Sadek al-Mahdi, chef de la confrérie religieuse d'Al Ansar, ancien premier ministre - renversé par son beau-frère Tourabi -, échappe à la surveillance de ses geôliers et rejoint Asmara pour diriger l'opposition armée nordiste contre le général Omar al-Bachir. Pour Tourabi, ce machiavel de l'islam, l'heure est venue de composer. Après tout, au cours de sa longue marche vers le pouvoir, le Front national islamique (FNI) a toujours su s'adapter aux "cas de nécessité", selon le grand précepte ("Fiqh al-daroura") de son idéologue, passé maître dans l'art du réalisme et de la souplesse. A l'intérieur du pays, il lâche du lest sur les revendications des sudistes à qui il accorde le droit à l'auto-détermination. Personne ne peut prédire combien de temps encore ce jeu d'équilibriste peut durer. Seule certitude pour l'africaniste Roland Marchal (chercheur au CNRS-Ceri) : "Tourabi et les islamistes soudanais ont manqué leur moment historique". |
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Laurent Bifeard
Le Nouvel Observateur, 12-21 janvier 1998
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