Depuis l’élection de Béchir, les Soudanais sont outrés des violations des droits de l’homme.
L’enjeu des élections au Soudan était particulièrement important : premières élections pluralistes depuis 24 ans, légitimité du président Béchir face à la Cour Pénale Internationale, paix au Darfour, etc. Le caractère sincère des élections fut plus qu’aléatoire. Comme nous l’avions signalé, le truquage des élections a commencé dès le recensement, l’impression des bulletins de vote, les menaces envers les observateurs internationaux, le manque d’indépendance de la Commission Nationale d’Élections (CNE) et la poursuite de la guerre au Darfour ce qui a entraîné le retrait de la majorité des candidats opposés à Béchir (ST 12 04).
Plusieurs groupes d’observateurs étaient là : la plateforme soudanaise réunissant des organisations de la société civile, avait formé et mandaté 500 observateurs dans les États de Khartoum, Kassala, Gedaref et de la Gezira ; l’IGAD, organisation intergouvernementale comprenant le Soudan et 6 pays voisins au Sud, 37 observateurs ; le centre Carter de l’ancien président des États-Unis, 70 observateurs ; et une mission de l’Union Européenne, environ 140 observateurs, qui s’est retirée, faute de droit d’observer (Reuters 17 04).
Tous les observateurs rapportent des irrégularités nombreuses, notamment l’African Centre for Justice and Peace Studies qui a rédigé un rapport final (www.acjps.org). C’est lui que nous choisissons de citer. Les élections ont duré quatre jours, après prolongation décidée devant l’ampleur des problèmes d’organisation dès le premier jour. La CNE a tenté d’en faire des incidents isolés alors que pour les observateurs et les représentants des candidats, les problèmes sont largement répandus. Ils se sont poursuivis pendant les quatre jours : des violations délibérément voulues pour assurer la victoire du candidat sortant.
• Irrégularités dans les listes électorales. Dans un bureau de vote, il y avait deux listes : l’une pour les élections nationales et l’autre pour les élections régionales qui comprennent 2828 noms en plus. Dans le Darfour Ouest, plus de 1000 inscrits ont été accusés de ne pas être soudanais (probablement vrai, VS). Dans la circonscription 2 d’Omdurman, une partie des listes d’inscription a été transférée d’un bureau de vote à un autre. La liste originale des inscrits a été remplacée par une copie, ce qui permet à des gens de voter deux fois. Dans un bureau de la circonscription 39, il manquait les noms des électeurs commençant par la lettre L. A Kadugli, dans les monts Nuba, le nombre d’inscrits a baissé de 38000 à la fin des inscriptions des électeurs à 29000 à l’ouverture des opérations de vote. Par contre, à Al Rashad, dans le Sud Kordofan, le nombre d’électeurs s’était accru de 63000. Dans certaines circonscriptions du Darfour Ouest, 200 noms d’électeurs furent identifiés comme appartenant à des gens morts il y a des années. A Omdurman, on a vu voter un enfant semblant avoir 11 ans. Les gens qui l’accompagnaient ont déclaré qu’il en avait 20. Dans une circonscription de Khartoum, il y a deux listes électorales. Bien qu’un audit des listes électorales ait été entrepris, les résultats n’ont pas été publiés. De nombreux bureaux de vote n’ont pas publié la liste des inscrits comme le prévoit la loi électorale.
• Irrégularités dans l’accès au vote. De nombreux retards pour ouvrir les bureaux de vote ont été rapportés. Dans le Sud Darfour, à Abashi, le bureau de vote pour 2848 électeurs n’était toujours pas ouvert le quatrième jour. Dans certains bureaux, le secret du vote n’a pas été respecté, ici à Abo Kasawi où les électeurs n’étaient autorisés à voter que pour un certain candidat. Là, l’encre dont on enduit les doigts des gens ayant voté disparaît quand ils se lavent les mains, permettant ainsi de voter plusieurs fois.
• Irrégularités dans les bulletins de vote. Un candidat indépendant dans la circonscription 2, n’a pas pu trouver son nom et son symbole sur des bulletins électoraux, il a suspendu le vote. Fait observé ailleurs. à Berber, les symboles de deux candidats ont été permutés sur les bulletins de vote... un bureau de vote à Um Al Hassan a été transféré à Aldabba, sans prévenir, et les symboles d’un candidat manquaient sur les bulletins. Dans la région d’Ausar, dans l’Est, cinq bureaux n’ont pas reçu le matériel de vote.
• Irrégularités dans la manipulation des bulletins. Dans de nombreuses zones, les urnes firent transférées sans accompagnements d’officiels chargés de le faire. A Halfa, État du Nord, circonscription 12, dix urnes vides ont été trouvées au domicile d’une personne de la Commission. Urnes non livrées aux bureaux de vote de Kawda et de Buram, Sud Kordofan. Dans la circonscription 8 à Jabra, Khartoum Sud, des militaires sans responsabilités électorales, ont été vus manipuler les urnes par dessus un mur. A El Geneina, une voiture sans plaques d’immatriculation a été vue emmener dix urnes sans être accompagnée de responsables.
• Intimidations, harcèlements et arrestations. De vastes zones du Darfour ont été exclues des élections à cause de l’insécurité et de la présence d’agents de sécurité armés. Dans des camps au Darfour (Abou Shouk et ZamZam) les élections furent boycottées. A El Geneina, les Janjawid ont attaqué un bureau de vote, empêchant les citoyens de voter. Des candidats ont été enlevés et battus à El Geneina à Al Dueim (État du Nil Blanc) et à Omdurman. A Al Ghaba, circonscription 12, État du Nord, la police a arrêté 6 partisans d’un candidat indépendant et les a déclarés « nuisance publique » ; ils furent condamnés à 15 coups de fouet. Deux candidates du parti du Congrès Populaire dans la circonscription 5, zone de Wad Bahai, furent arrêtées afin qu’elles ne puissent observer les votes. Deux activistes ayant été interviewés à la BBC ont été aussi arrêtés dans le Darfour Ouest. Au centre de Touti deux représentants d’un candidat ont soulevé de nombreuses violations des règles de vote, leurs appareils photo ont été cassés. Dans le même bureau, deux représentants des candidats ont été arrêtés. Dans la région d’Haya, dans l’Est, 12 représentants de candidats ont déclaré avoir été enlevés par un policier.
Des groupes nationaux d’observateurs, accrédités auparavant, furent prévenus qu’ils ne pouvaient participer. A Oumdurman Oumbada, une observatrice a été témoin que le CN avait donné l’ordre à la police de battre les électeurs. Elle fut battue et emmenée à la police où elle fut accusée d’être journaliste et d’avoir enlevé le représentant de la CNE. Un observateur soudanais accrédité dans l’État de Khartoum fut empêché d’entrer dans un bureau de vote et battu. A Atbara Naher, État du Nil, les observateurs furent empêchés d’entrer dans le bureau de vote, on leur demandait une lettre de la commission électorale régionale.
Le site internet Sudan Vote Monitor, initiative indépendante, a été bloqué.
La mission de l’UE était partie. Le Centre Carter a souligné entre autres, que la Commission a changé des résultats de façon arbitraire, sans explication, et que de nombreux bureaux de vote ont eu un taux de participation supérieur à 100 % (The Carter Center 17 04). Deux grands partis d’opposition, le Parti du Congrès Populaire d’Hassan al-Tourabi et le Parti Unioniste Démocrate d’Hatim al-Sir ont dit ne pas reconnaitre les résultats des élections (AFP 17 04). Des éditorialistes arabes ont décrit ces élections comme une tradition pour les arabes leur permettant de rester au pouvoir notamment Al-Jazeera TV (ST 28 04).
Le gouvernement français s’est contenté de prendre acte des résultats (AFP 27 04).
Les résultats de l’élection présidentielle publiés le 27 avril sont : premier, Béchir 68,24%, second, Yasir Arman , MLPS, 21,69%. Yassir ne se présentait plus aux élections mais son nom resta sur les listes.
Les Soudanais sont outrés des violations des droits de l’homme, depuis le résultat de cette élection et furieux contre l’absence américaine. Les États-Unis optent ainsi peut-être pour un référendum pacifique au Sud.
Nekkar
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