Numéro 159 - Juin 2010

 

NIL, TERRE, BARRAGES...

 

A qui appartiennent la terre ?


La loi est différente dans trois parties du pays, une partie du Soudan du Nord, le Darfour, le Sud-Soudan.


Dans sa majorité, la terre du Soudan du Nord appartient à l’État. Il peut la louer en bail emphytéotique de 30 à 100 ans ; elle sera cultivée grâce aux pluies. Il peut encore laisser des personnes y habiter et les déloger quand il le souhaite. Quand il s’agit des vastes terres cultivables louées, les anciens habitants deviennent des ouvriers agricoles à temps partiel, ou sont chassés. Ils ne cultivaient qu’une petite partie de la terre mais formaient la plus grande partie de la population rurale. Les éleveurs nomades ne pourront plus traverser ces terres.


Une petite partie de la terre, sise au Nord le long du Nil, cultivée grâce à l’irrigation, et quelques parties des villes, étaient propriété privée depuis longtemps et le sont restées. Les habitants propriétaires, déplacés par le Haut-Barrage égyptien, se sont retrouvés propriétaires dans leur nouvelle région.


Le Darfour, soudanais depuis 1916, garda une partie de ses lois dont celles concernant la terre.  Elle est en certains lieux propriété des tribus. C’est un Dar. Dans ces régions, les 3 millions de personnes déplacées et remplacées par d’autres provoquent beaucoup de problèmes.  Dans d’autres la terre appartient à l’État, dans d’autres encore, elle n’appartient à personne. Les arabes du Nord ne sont pas propriétaires de leur terre. Les habitants des Dar doivent les laisser passer avec leurs animaux, par des endroits précis, pour qu’ils les mènent pâturer au Sud en saison sèche. La propriété de l’État est peu gênante puisqu’elle se trouve en des lieux où tombe un maximum de 600 mm de pluie par an, donc où sont peu recherchés les baux emphytéotiques pour culture pluviale.


Au Sud-Soudan, les terres sont tribales à 95%. Pour les vendre ou les louer, la tribu doit théoriquement tenir une assemblée. Les 5% restants ont été achetés au temps du condominium sous pression britannique, par exemple par des propriétés agricoles (tabac et café ou plantations de tek en Équatoria). Ces terres sont souvent abandonnées depuis la guerre. Le Sud-Soudan qui fait une fois et demie la superficie de la France, n’a que 6 à 8 millions d’habitants, selon les sources.


… et l’eau du Nil ?


Jusqu’à présent les eaux du Nil étaient régies par deux traités. Celui de 1929 entre Égypte et Grande-Bretagne, représentant les colonies, dont le Soudan, donnait à l’Égypte le droit d’interdire des projets qui affecteraient sa part d’eau dans les États en amont. Celui de 1959 entre l’Égypte et le Soudan, donne à l’Égypte 55,5 milliards de mètres cubes d’eau par an et au Soudan 18,5 milliards.  A tous les deux, ils ont 85% des eaux du Nil. Si le Canal de Jonglei était construit, l’Égypte et le nord du Soudan devraient avoir encore plus d’eau par arrangement bilatéral.

 
 

VENDRE LA TERRE AU SOUDAN EST PLUS DANGEREUX QUE CONSTRUIRE DES BARRAGES

 

Professeur Ali Abdalla - 30 avril 2010

Sudan Tribune - Écrit avant le 14 mai

Traduit, résumé par Vigilance Soudan


D’un côté l’Initiative du Bassin du Nil consiste à partager et à utiliser ses eaux entre tous les pays riverains. De l’autre les droits historiques de l’Égypte, confirmés par les accords de 1929 et 1959, doivent être respectés. Ils sont défendus par l’expert égyptien Mamdouh Hamza qui n’a pas exprimé ses intentions.


Selon cet expert, la baisse du niveau d’eau de l’Omo causée par un barrage provoque la famine (l’Omo se jette dans le lac Turkana qui n’est plus relié au bassin du Nil depuis plus de 30 000 ans - Selon Pierre Bosshard, directeur d’International Rivers, la Banque Mondiale, la Banque Africaine de développement et la Banque Européenne d’investissement gardent leurs distances vis à vis de ce projet. Le barrage menace la vie de 500 000 personnes en Éthiopie et au Kenya. Il dévastera l’écosystème, les cultures et pâturages des régions, reconnus Héritage mondial de l’humanité par l’Unesco. VS).


Le Kenya et l’Éthiopie ont signé un accord de partage d’énergie des réseaux électriques. Cela permettra au Kenya d’avoir accès à de l’électricité bon marché. Un front stratégique majeur à la frontière Nord du Kenya permettra d’étendre ses routes commerciales et de renforcer les liens sécuritaires. La famine existe-t-elle? L’expert égyptien ne le prouve pas. L’Égypte soupçonne toujours des tentatives de rapprochement des États riverains du Nil, ce qui faciliterait leurs capacités de négociation.
Selon l’expert, l’Éthiopie a construit 10 barrages au cours des 12 dernières années dont il attend la défaillance car ces projets furent mal étudiés. C’est une accusation absurde. L’Égypte n’a jamais été en faveur de la construction de barrages. Au Soudan, pendant près de 40 ans, il ne fut pas possible de surélever le barrage de Roseires du fait de tactiques subtiles de l’Egypte (lesquelles VS ?). Ces tactiques empêchèrent le Soudan de mettre en réserve de l’eau et de développer son agriculture. Le présent gouvernement put construire le barrage de Mérowé (4ème cataracte, ce qui n’empêche pas une plainte criminelle contre les constructeurs du barrage déposée par les habitants tout à fait récemment, cf. p.7 VS) pour produire de l’électricité et recevoir des fonds arabes pour le barrage de Roseires. Dire que les barrages furent mal étudiés est une injure pour ceux qui les firent. Faut-il rappeler l’effet hautement dommageable du haut barrage d’Aswan sur les Soudanais, les seuls 15 millions de Livres Soudanaises données en compensation, et la perte de patrimoine historique submergé par les eaux. L’Égypte souhaite que le Soudan soit un État faible et soumis.


Le danger pour l’Égypte ne vient pas des barrages mais de la terre louée ou vendue, selon l’expert.


Or la terre doit être cultivée ; de nombreux pays dépendent de nourriture importée (déclaration à notre avis très fausse; l’État l’arrache à des cultivateurs sans travail). Si le Soudan n’a pas suffisamment de ressources, il doit essayer de les obtenir là où elles se trouvent. L’expert semble ignorer le nombre de sociétés égyptiennes qui ont investi au Soudan, ce qui utilise les eaux soudanaises et non égyptiennes. Sans parler de la Chine et de l’AAIA.


Point crucial pour l’expert, d’où ces terres vendues ou louées tireront-elles leur irrigation ? (Ces terres ne sont à notre connaissance jamais irriguées. VS).


Les 19 milliards de mètres cubes d’eau du Nil accordés au Soudan (18.5 VS), y sont jugés très injustes. La dictature militaire d’Aboud n’avait pas demandé l’avis de la population. Les Éthiopiens, qui ont 1% des eaux du Nil Bleu, peuvent subir la famine, pas les Égyptiens. Maintenant que les peuples sont déterminés à prendre les armes pour défendre leurs droits, arrêteront-ils la position égyptienne ?


L’expert donna un avis très sérieux à son gouvernement mais n’eut pas le courage de lui dire les mesures qu’il devrait prendre. Le Premier ministre égyptien a dit à l’Éthiopie d’arrêter de construire les cinq barrages prévus. Un autre expert égyptien déclara que son pays ne ferait pas la guerre à l’Éthiopie à l’instant mais qu’il utiliserait ses relations avec les ennemies de son ennemie, l’Érythrée et la Somalie. 


L’opinion sincère de l’auteur serait que le Soudan augmente son intégration avec l’Éthiopie pour créer une entité de 120 millions d’habitants, 110 si le Sud décidait malheureusement de créer un État séparé. Ce qui constituera définitivement un État homogène. (opinion surprenante, l’Éthiopie étant largement chrétienne). Elle serait aussi d’accroître ses relations avec la Chine et l’Inde ; il s’agirait d’un arrangement plus sûr et meilleur que ce qui fut proposé récemment entre le Soudan, la Libye et l’Égypte.

 

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