Chacun le sait. Béchir, grâce à des recensements truqués et des élections pipées dans un grand soin des détails, a gagné les élections et se trouve à nouveau président de la République (lire l’article p. 6).
Accusé par la Cour Pénale Internationale
Elle fut une longue marche pour l’humanité. Déjà évoqué par Voltaire puis par Kant, le principe d’une Cour Pénale Internationale (CPI) fut envisagé à Versailles en 1919 pour juger le Kayser. L’idée fut abandonnée, puis reprise après la seconde guerre mondiale avec les procès de Nuremberg. Ceux-ci représentent la justice des vainqueurs, rien n’est fait en faveur des victimes, mais ces procès permettront la construction européenne. Les Tribunaux pénaux de la Yougoslavie et du Rwanda ont apporté une amélioration qui n’est que temporaire, la durée de vie des tribunaux étant limitée. La CPI, que le traité de Rome a prévue en 1998, fut ratifiée par 111 États, chiffre important mais qui ne comprend ni la Chine, ni l’Inde, ni les États-Unis. C’était quand même un aboutissement. Elle lutte contre les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité, les génocides. Sa saisie est demandée soit par l’État concerné, soit par le Conseil de Sécurité, soit par le Procureur, une indemnisation des victimes est prévue, les pouvoirs de la Cour ne sont pas limités dans le temps.
Si le Congrès National, le parti au pouvoir, fit élire Béchir en recourant à des turpitudes, ce fut pour le protéger contre une arrestation qui en aurait amené d’autres. Au Soudan, il ne risque pas grand chose. Mais si l’Union Africaine, syndicat de chefs d’État, est opposée à son inculpation, trente d’entre eux ne veulent pas le voir chez eux. Ainsi Musévéni, le président ougandais, répondit à Béchir « Tu es mon ami, tu appartiens à ma tribu, tu es invité. Ocampo appartient à une autre tribu dont je relève aussi. C’est pourquoi, si tu viens, tu seras arrêté ». Le Sud-Africain M’beki lui répondit dans des termes similaires. La Ligue Arabe a une position semblable à celle de l’Union Africaine, néanmoins elle soutient discrètement la Cour.
La France n’a pas encore adapté son droit au statut de la CPI. « Sans cette loi, (elle) est une terre d’accueil pour criminels contre l’humanité », déclare Geneviève Garrigos, présidente d’Amnesty International France. La loi sur l’interdiction de la burqa est plus importante que celle liée à la CPI que l’Assemblée Nationale n’a jamais étudiée. Le Sénat l’a fait. Mais un amendement du rapporteur, décidé en dernière minute, le sénat étant quasiment vide, rendit les poursuites impossibles en établissant quatre verrous : seules les personnes résidant en France peuvent être poursuivies; le crime doit être puni par la loi française et celle du pays où il fut commis ; les responsabilités françaises sont renvoyées vers la CPI en ne permettant d’exercer des poursuites en France qu’après avoir incité la CPI à le faire – renversant le principe de complémentarité ; les victimes ne peuvent provoquer des poursuites en se constituant parties civiles. Ces verrous doivent être retirés. La France s’est engagée à ce que les lois françaises ne laissent pas venir en toute impunité sur notre territoire, les auteurs de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocides. Les États sont compétents pour poursuivre les responsables de crimes qui se trouvent sur leur territoire. C’est le cas de la Belgique et de l’Espagne dont la réglementation va faiblissant. L’Espagne, en établissant chez elle une loi d’amnistie, a pu renvoyer qui a eu l’honneur d’arrêter Pinochet, le juge Garson, pour avoir ordonné que les morts de la guerre civile ensevelis dans des tombes communes au bord des routes, soient rendus à leur famille.
Le traité du Bassin du Nil après le 14 mai
Depuis 1999, les États en amont du Nil souhaitent partager ses eaux d’une manière qu’ils estiment plus juste en utilisant « l’Initiative du Bassin du Nil » et en s’opposant au système mis en place en 1929 et 1959 (lire p.2). Le 14 mai, il fut décidé que tous les membres la signeraient, Égypte et Soudan exceptés. Entre États en amont et États en aval, la position géographique des premiers est beaucoup plus forte. Toutefois, l’Égypte et le Soudan sont plus puissants militairement (les suites, cf. Dernières nouvelles...p.5).
Pour le Soudan, une prise de conscience grandissante commence ; l’opinion des citoyens n’a pourtant pas été requise. L’Égypte considère depuis 5000 ans le problème des eaux du Nil comme le plus important qu’elle ait. Elle lutte maintenant pour que le Sud-Soudan ne soit pas indépendant, ce qui, à ses yeux, en amenant un État-membre de plus, augmenterait ses difficultés. D’autre part, avec cette indépendance, la reconstruction du Canal de Jonglei (cf. carte p.2) dont l’Égypte et le nord du Soudan s’attendent à bénéficier de plus d’eau, deviendrait plus difficile, beaucoup de groupes au Sud-Soudan étant contraires à ce projet.
Le monde a beaucoup changé depuis 1959. La population et la sécheresse ont énormément augmenté. Les gens se sont rapprochés avec la globalisation et internet. Les 18,5% d’eau qu’obtient le Soudan seront moins importantes que celles qu’il recevrait avec « l’Initiative du Bassin du Nil ». Pour l’Éthiopie, sa position est extrêmement logique. Elle fournit 86% des ressources du grand Nil avec le Nil Bleu. En 1929 elle ne pouvait utiliser que 0,5 à 1% de ses eaux. L’Éthiopie ne peut irriguer toutes ses terres, elle souhaite construire des barrages pour développer l’électricité. L’évaporation se réduirait beaucoup. Mais l’Égypte ne veut pas entrer dans ces conversations.
Le Soudan est pour les Égyptiens, une partie de leur pays dans leur propre système d’irrigation. Ils ne souhaitent pas qu’il soit un État agricole puissant. Les Soudanais pensent qu’ils devraient être beaucoup moins sceptiques que l’Égypte à propos de l’Initiative du Bassin du Nil. Ils jugent parfois que Béchir s’est aligné sur l’Égypte pour garder son soutien contre la CPI. Comme dit le Docteur Seif al Din Mohamed, expert en eau, « le Soudan ne continuera pas toujours à soutenir l’Égypte, cela affecterait les générations à venir ».
Bételgeuse
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