Elections en avril 2010
Il n’y avait pas eu d’élections libres et relativement multipartites au Soudan depuis 1986.
En avril 2010, les élections ne serviront à rien. L'opposition, malgré son soutien populaire et ses alliances, agit avec sa perspicacité habituelle. L’opposition, malgré son soutien populaire et ses alliances n’aura que peu de voix. Curieusement, le président Béchir assure vouloir cette fois-ci encore organiser des élections justes, comme toutes les autres fois.
Le 10 décembre 2009, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et le gouvernement soudanais ont signé un accord de financement d’un montant de 91 M$ US pour l’organisation des prochaines élections et pour permettre de renforcer les capacités de la commission nationale électorale du Soudan (bulletins de vote, urnes, campagne de sensibilisation au vote etc.).
Abel Alier, président de la commission nationale électorale a déclaré que « grâce au soutien financier des bailleurs de fonds, la commission est prête à organiser des élections libres, démocratiques et transparentes ». Le budget global des élections au Soudan s’élève à environ 330 M$ et couvrirait les élections générales en 2010 et le référendum en 2 011.
Le vote est délicat et pourra apporter son lot d’erreurs pratiques. Les électeurs doivent choisir le président de la république, les députés, et les représentants régionaux, inscrits tous sur une même liste, longue et complexe pour ceux qui ne savent pas lire.
Les partis d’opposition sont revenus sur leur décision antérieure de boycotter les élections à cause de la répression exercée par l’Etat. Finalement Béchir est le premier candidat aux élections présidentielles. Malgré l’opposition courtoise de certains membres du Congrès National (CN) qui envisageaient de le sacrifier, il suit son intérêt d’autant qu’il est poursuivi par la Cour Pénale Internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
On aurait alors étudié les candidatures du second vice-président, Ali Osman, mais il serait malade ; de Nafi Ali Nafi, mais il est source de trop gros scandales et de Ghazzi Salah ed Dine. Le MLPS (Mouvement de libération du Peuple soudanais), ancien groupe rebelle sudiste au pouvoir au Sud, présentera Yassir Arman, un de ses membres originaire du Nord, musulman laïc marié à une Dinka, ténor du MLPS, cible autrefois des islamistes, pour l’unité du Soudan. Son origine musulmane lui donnera sans contestation une autorité certaine lors du référendum. Salva Kiir, favorable quant à lui à la sécession, se présentera à la vice-présidence du Sud-Soudan. Il est intéressant de noter que le même MLPS a choisi deux hommes opposés pour le référendum. Au Sud, Lam Akol, un Shillouk ancien ministre des Affaires Etrangères, choisit l’unité et se présente à la vice-présidence du Sud. C’est à Salva Kiir et non à lui que Khartoum ne s’opposera pas en ne présentant personne contre lui. Angelina Tény, ministre d’Etat du pétrole, se présente en indépendante comme gouverneur de l’Etat d’Unité ; c’est une épouse de Riak Machar, vice-président du Sud-Soudan. Le MLPS refuse les candidatures indépendantes de son parti. Ces deux candidatures appuient notre éditorial.
Saddiq el Mahdi, ancien premier ministre, se présente maintenant aux élections, pressé par son parti. D’après ses dires, il se retirerait néanmoins de la course s’il sentait que l’intégrité manquait au processus. Saddiq est le descendant du grand Mahdi qui a défait les forces de la colonisation « turque ». Il veut démanteler le totalitarisme et rétablir la paix, dit-il. Nous comprenons qu’il juge Béchir dangereux pour les Affaires Etrangères puisqu’il est poursuivi par la Cour Pénale Internationale.
Le parti unioniste démocratique présente Hatem al Sirr, le parti communiste, Ibrahim Nugud, et celui de Turabi, un Sudiste, Abdallah Deng Nial. Les grands groupes rebelles au Darfour, ALS (Armée de Libération du Soudan) et MJE (Mouvement pour la Justice et l’Egalité) ne se présenteront pas et refusent que leurs partisans votent pour les mêmes raisons.
A la corruption, la coercition, l’arrestation, le frein mis à la presse, la manipulation de chacun à tous les niveaux organisées par le gouvernement, s’ajoutent la taille du pays, les infrastructures, la saison des pluies, le taux élevé d’analphabétisme et le manque d’habitude de voter. Des problèmes importants qui ternissent le cadre électoral. Malgré les dispositifs en place, le découpage des régions est catastrophique. Le Sud reconnaît ses difficultés mais tente de les cacher parce que le Nord refuse de montrer ses chiffres ; il y aurait 16 scrutins manipulés au Nord. Le Nord aurait multiplié par 5 le nombre de sudistes au Nord et de 25 à 35 % le nombre des Arabes darfouri, résultat visiblement inexact car ils ont très peu d’enfants contrairement aux Africains darfouri.
Simon Inazuma
La loi sur le référendum
Quant au référendum de 2011, en 2009, une loi accepte qu’il soit décidé par 51 % de la population, mais s’il n’y a pas 55 % de votants, le référendum est caduc. Sous l’influence des Etats-Unis et de l’Europe, la loi fait une différence entre les personnes habitant au Nord nées avant le 1er janvier 1956 qui doivent retourner voter au Sud, et celles nées après, qui doivent voter au Nord. Nous nous demandons vraiment quel en est l’intérêt.
Le sommet France-Afrique
Il devrait se tenir une année sur deux en France, l’autre en Afrique. Prévu à Chakhm-el-Cheikh, en Egypte, en février 2010, il allait accueillir Béchir, inculpé par la Cour Pénale Internationale d’un mandat d’arrêt pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. La France a obtenu que le sommet se tienne chez elle en mai. Béchir n’est pas invité.
Deux films européens sur le Darfour
• Le CanardPC.com publie une interview de l’Allemand Uwe Boll par Bebealien. Le cinéaste est connu, depuis 1999, pour ses adaptations de jeux vidéo et pour de nombreux films, très violents. Darfour est un des films non encore disponibles et présentés seulement en festival avec d’excellents échos.
B. : Votre prochain film Darfour, présente une facette méconnue de vous : votre engagement dans l’humanitaire. Ne craignez-vous pas que votre film soit méconnu en raison de votre image ?
U.B. : Aujourd’hui je travaille avec Amnesty International, qui co-présente le film avec moi. J’ai rencontré pas mal d’a priori mais quand les gens ont vu le film, en général ils en ressortent avec une impression très positive. Jusqu’ici je n’ai eu que de très bons retours.
• La réalisatrice danoise, Suzanne Bier, travaille sur un long métrage consacré au génocide du Darfour. Suzanne Bier est tombée des nues quand elle a entendu parler des critiques envoyées par son homologue soudanais au ministre des Affaires étrangères danois, l’accusant de racisme et d’anti-islamisme. Si l’intrigue du film est située dans un camp de déplacés au Darfour, il n’a aucun contexte religieux et renvoie au conflit familial entre un père et son fils. Le film, très attendu par les cinéphiles, devrait sortir en Europe en août (Paris-Match, 17/10).
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