Département d'Etat Humanitaire
Etats-Unis
Conflits sans frontières : ARS
Attaques rapportées (12 08/11 09), Déplacements, gardiens de la paix
En Décembre 2008, les armées d'Ouganda,
de République Démocratique du Congo, (RDC),
du Sud-Soudan et de République Centrafricaine
(RCA), ont mené une offensive contre l'ARS de Kony.
Depuis, l'ARS s'est divisée en groupes de plus en plus
petits qui continuent à attaquer des civils en RDC, RCA,
et au Sud-Soudan. Les missions de maintien de la paix des NU
au Sud-Soudan (Unmis), et en RDC (Monuc), ont des
capacités limitées pour les protéger. Comme les agences
humanitaires des NU et les ONG; elles doivent s'arranger
d'une pauvre infrastructure.

Cette carte est malheureusement incomplète, les villes d’Ezo et de Nzara ne sont pas marquées comme ayant été attaquées.
Les « jeunes de la flèche » contre l’Armée de résistance du Seigneur (ARS)
Ils jouent désormais un rôle crucial dans la défense de leurs villages dans l’Equatoria Ouest depuis fin 2008 contre l’Armée de Résistance du Seigneur. Leur mouvement s’est intensifié quand, en août 2009, l’ARS commence à tuer, piller, brûler des maisons et violer des femmes et qu’à Nzara, elle crucifie six paroissiens.
Certains, après trois jours de jeûne et de prière, ont marché pendant 4 kilomètres, pieds nus, vêtus de sacs et recouverts de cendres, une manifestation contre l’inaction du gouvernement.
Lors de la première prière oecuménique, l’évêque catholique s’était plaint que le gouvernement garde pour lui les soldats et les armes la nuit. Les jeunes, hommes et femmes, considèrent que leur mouvement est le résultat des prières oecuméniques demandées par les évêques épiscopaux et catholiques. Chaque nuit ces vigiles prennent sur leur dos de vieilles Kalachnikov et patrouillent. Ils donnent ainsi confiance aux gens. Cette police informelle est le seul élément qui se tienne entre l’ARS et les habitants. Une personne déplacée arrivée non loin, trouve qu’ils devraient avoir des services de renseignements mieux adaptés. La gouverneure les trouve tout à fait bienvenus. Au début ils tuaient les hommes de l’ARS armés qu’ils voyaient, appelant cela « La justice de la jungle ». Les « forces alliées » (?) leur ont appris à ne pas lyncher leurs prisonniers. Mais malgré leurs demandes, celles de formation, d’imperméables, de bottes et de Kalachnikov, ils reçoivent peu d’aide car l’armée craint qu’ils ne s’en servent pas seulement contre l’ARS. Elle voulait même qu’ils rendent leurs armes. Les « jeunes de la flèche » sont désormais bien établis dans les 10 comtés d’Equatoria Ouest (AED, 08 09 ; ST, 17/12, Richard Ruati).
Recensement
Machar a contesté les résultats du 5e recensement. Pour lui, les chrétiens représentent 70 % de la population (sic !) et non 17 % dans la mesure où ils constituent le groupe le plus fertile du pays ! Le MLPS avait recommandé que la religion des personnes recensées figure dans le questionnaire. Le GUN avait refusé, préférant les recommandations des NU (ST, 26/12).
Sécurité
• Selon Maxwell Kerley, directeur de l’UNMAS (UN Mine Action Service), le CPA a permis de nettoyer le Sud de milliers de mines anti-personnelles. Plus du tiers des 1 500 zones dangereuses ont été dégagées et, dans l’Etat du Nil Bleu, 13 000 kilomètres de routes ont pu être réouvertes rendant possible le développement socio-économique ainsi que le déplacement des réfugiés à travers des régions autrefois interdites. Les abords de l’axe vital Nimule-Juba pour l’approvisionnement de produits de première nécessité depuis l’Ouganda est en cours de nettoyage. L’UNMAS a lancé des projets d’information et d’éducation permettant aux populations vivant dans les zones dangereuses d’éviter les accidents dûs à ces mines, si bien que le nombre de décès et de blessés a chuté. Les survivants ont bénéficié de projets d’assistance financière afin de retrouver leur autonomie par la création de petites entreprises. L’UNMAS demande aux autorités locales de tout faire pour intégrer ces victimes dans le tissu socio-économique et développer l’aide aux handicapés (UNNews, 28/01).
• Dans l’Etat de Warrap, au moins 139 Dinka ont été tués et 90 blessés, quand des membres d’un groupe Nouer attaquèrent des vachers Dinka et volèrent 30 000 têtes de bétail.
Justice
• Les échauffourées qui ont récemment eu lieu dans l’Etat de Jonglei entre Nuer ont fait 24 morts et des dizaines de blessés. Pour une fois, il semble que Khartoum n’ait pas tiré les ficelles en coulisses. Plus simplement, la notion d’Etat de droit est étrangère au Sud et quiconque le veut, peut imposer sa propre loi et faire justice lui-même.
Ces massacres à répétition posent le problème du système judiciaire qui semble inopérant, inefficace, voire inexistant dans le Sud. La corruption de certains hauts fonctionnaires n’a entraîné ni poursuites judiciaires, ni sanctions, si ce n’est de simples renvois. Le dysfonctionnement et l’impuissance de l’institution judiciaire dissuade aujourd’hui d’honnêtes citoyens, notamment des jeunes, de travailler pour elle si bien que le problème du recrutement de magistrats et d’avocats compétents se pose déjà et va se poser avec encore plus d’acuité dans le futur.
Le Sud est en train de se « somaliser » d’après certains, ce qui se traduit par un recul, voire une disparition, de l’Etat de droit. Tant que l’institution judiciaire n’aura pas plus de force, la criminalité et la violence prospéreront dans le Sud.
Il faut rappeler sans cesse que nul n’est au-dessus des lois et que la loi doit prévaloir sur tous et partout. Les responsables et les chefs devraient se poser en modèles et entraîner leurs concitoyens, ce qui est loin d’être le cas. Chacun devrait être convaincu que quiconque enfreint la loi doit être poursuivi devant un tribunal et que nul ne peut et ne doit faire justice lui-même dans une société évoluée. La justice doit incarner et refléter un pouvoir fiable (ST, 24/01).
• Début janvier 2010, le juge suprême, John Wol Makec, basé à Rumbek, avait appelé ses concitoyens à ne pas faire justice eux-mêmes mais à s’en remettre à l’institution judiciaire. Il était jadis Vice-président de la cour constitutionnelle nationale avant d’occuper la plus haute charge judiciaire. Il a rappelé que le CPA avait instauré l’institution judiciaire et le cadre juridique du Sud qui se singularise de l’ensemble du pays. Le modèle se fonde sur le droit commun anglais lequel reprend le droit coutumier propre à l’ensemble des tribus du Sud.
Les affaires les plus courantes sont des meurtres et des conflits sur le droit à la terre, les vols de bétail et les mariages. Dans le Sud, les tribunaux traditionnels présidés par les chefs de villages (ils sont plus de
1 000) fonctionnent toujours, or ces derniers n’ont ni compétence juridique, ni pouvoir octroyé par la constitution ou le gouvernement. Ceci est courant chez les Dinkas et les Nuer où les chefs jugent des affaires d’homicides, d’adultère, de drogues et de vols de bétail. Ils peuvent être soumis à des pressions, menaces et corruption.
Selon le juge suprême, ceci n’est plus tolérable de la part d’individus qui n’ont reçu aucun mandat des autorités judiciaires. Il admet cependant que le nombre de juges dans le Sud est insuffisant (à peine une centaine) et leurs conditions de travail sont rendues difficiles par le manque d’infrastructures d’accueil, l’insécurité et le manque de personnel – détentions provisoires interminables, corruption de personnel toujours possible. Il regrette que juges et avocats sudistes n’aient pas rejoint l’institution judiciaire dès 2005 en raison notamment d’un manque cruel de logements.
Les services de police ne sont pas toujours fiables, les prisons sont dans un état calamiteux et bondées pour des raisons qui échappent à la justice. En effet, trop d’instances (l’ALPS, la police, les chefs tribaux, les hauts fonctionnaires ou de simples individus) se permettent de rendre elles-mêmes la justice et d’emprisonner à tout va, souvent sans charges ni enquêtes ni procès. On trouve ainsi trop de personnes détenues sans raison ou emprisonnées par des individus qui n’ont ni compétence, ni pouvoir judiciaire. Sans parler des fortes amendes empochées discrètement, et sans vergogne. Lors d’une tournée des prisons, le juge suprême a ordonné la libération de plusieurs femmes détenues sans raison ou de personnes gardées en otages pour des crimes commis par des proches en cavale.
Le juge John Clement Kuc, président de la cour d’appel du Bahr-al-Ghazal, reconnaît le manque de magistrats. Il regrette la lenteur des procédures par manque de personnel. Les nouvelles juridictions créées par la loi n’ont toujours pas été mis en place dans les gouvernements locaux (ST, 08/01).
Le juge suprême adjoint, Chan Reec, a dénoncé les nombreuses violences faites aux femmes et aux enfants comme moyens de discipline. Ces pratiques ancrées dans la tradition figurent même dans le droit coutumier. Les décennies de guerre n’ont pas apaisé ces coutumes dont il faut se débarrasser pour adopter des pratiques pacifistes et s’en remettre au droit comme source d’autorité et de gouvernance, au contraire… Le ministère de la Justice travaille avec des agences des NU et des ONG pour combattre ce fléau et découvrir la cause des violences accrues contre les femmes. Il souhaite que le GoSS s’engage pour soutenir ces initiatives (ST, 21/01).
Education
Le « collège ouvert » de Rumbek, South Sudan Open College, vient de décerner ses premiers diplômes à 85 étudiants au terme de 2 années d’études dans les domaines des affaires, des sciences sociales, l’éducation, la santé, l’informatique et l’agriculture.
Créé en 2005 après l’Accord de paix, il offre des programmes de cours accéléré dès 2006 aux retraités et aux membres actifs du MLPS, de l’armée ainsi que de plusieurs autres institutions.
Il existe des établissements semblables à Juba, Bor, Yei, Kuacjok, Tonj, Wau et Yirol. L’idée est d’y former les cadres du Sud.
Malgré les difficultés de gestion, le GoSS tente de mettre en place un système éducatif fiable. Le ministre de l’Education a jumelé un programme d’enseignement alternatif avec ces établissements « ouverts » pour un programme de qualité improvisé, projet mené avec la coopération du Département d’éducation alternative et du ministère de l’Education, des Sciences et de la Technologie (ST, 10/12).
Celui-ci vient d’être chargé par Kiir, le président du Sud Soudan, d’élaborer un projet de loi obligeant les établissements d’enseignement supérieur à respecter les critères de qualité pour en faire des instituts d’excellence.
Le système éducatif du Sud doit être égal sinon supérieur à celui des pays voisins afin d’attirer les étudiants de toutes nationalités et d’inverser la tendance : ce sont les étudiants étrangers qui doivent venir chercher une excellente éducation au Sud-Soudan et non le contraire. Kiir a promis de faire un effort pour l’éducation et lui a donné la priorité dans le projet du budget 2010 au même titre que la sécurité et l’agriculture et s’est dit favorable à un partenariat du public et du privé pour développer l’éducation. Il a félicité tous les Sud- soudanais qui sont rentrés au pays pour s’investir dans ce secteur et a reconnu que tous ceux qui avaient reçu une formation universitaire étaient aptes aujourd’hui à prendre des responsabilités (ST, 26/12).
Comme pour répondre à cet appel, 230 étudiants de l’université de Wau viennent d’obtenir leurs licences au terme de 4 ans d’études dans les domaines de l’économie, de la santé et de l’éducation. Tous envisagent de participer à la reconstruction du Sud. Cependant, 1,5 million d’enfants ne vont pas à l’école. Le ministère de l’Education a donc lancé le projet « Va à l’école » pour pousser plus d’enfants vers l’école primaire et leur faire goûter le plaisir d’apprendre et de réussir (ST, 26/01).
Elias |