Numéro 157 - Février 2010

 

 RÉFÉRENDUM

 RÊVE OU RÉALITÉ : PÉTROLE, TRÊVE, GUERRE OU PAIX

 

Tout le monde s’attendait à la guerre, quand, véritable révélation, le président Al Béchir a annoncé aux dignitaires du Sud et du Nord ainsi qu’aux diplomates présents, qu’il serait le premier à reconnaître l’indépendance du Sud. C’était à Yambio, lors du cinquième anniversaire de l’accord global de paix, le CPA, le 19 janvier. Ce discours succédait à celui de Salva Kiir, le président du Sud-Soudan. Tous deux se sont engagés « à ne plus jamais se faire la guerre ».
Al Béchir reconnut que son parti le Congrès National, le CN, était fermement opposé à cette position, ajoutant que cela n’empêcherait pas son gouvernement de mettre en œuvre ses décisions. Elles sont extrêmement surprenantes. Nous comprenons alors qu’il ne s’agit que d’un espoir.
Béchir a probablement consulté une vingtaine de « gros bonnets » du CN, dont Ghazzi Salah ed Dine, Nafi’Ali Nafi’et Al Jazz, ministre des finances qui conserve au sein du ministère de l’énergie et du pétrole une très grosse influence. Sans oublier Hassan el Tourabi dont il se méfie toujours mais qu’il consulte toujours. Certes, on peut difficilement gagner des élections en 2010 en annonçant la guerre pour 2011.


Est-ce la seule raison de Béchir et de ses tenants ? Peut-être pas. S’il y avait la guerre, le Nord serait handicapé. Les Nouba du centre, les Béja de l’Est, les Darfouri de l’Ouest, tous des « Africains », se battraient-ils contre les Sudistes ? Petit à petit, ils sont tous devenus les alliés objectifs du Sud. Le gouvernement devrait donc faire appel pour son armée plus aux Arabes qu’aux Africains, ce qui ne lui a pas beaucoup plu. Les Sudistes ont-ils de l’argent pour faire la guerre ? On dit qu’une partie de l’argent détourné aurait été mise de côté pour elle.
Le Congrès National et le Mouvement de Libération du Peuple Soudanais, au pouvoir au Sud, veulent tous les deux ce référendum, mais pour de mauvaises raisons. Béchir cherche à conserver le pouvoir et à garder le pétrole, les Sudistes, eux, ne trouvent pas l’unité nationale attirante. Ils ne l’ont jamais trouvée. Ils tiennent à leur pétrole et veulent appliquer l’accord global de paix.
Il faudra prendre en considération de nombreux autres facteurs importants : le nouveau statut des sudistes vivant au Nord et celui des nordistes vivant au Sud, le versement d’arriérés dus, la démarcation d’une frontière toujours floue et le partage des eaux du Nil, vicissitude importante pour ses nombreux riverains.


Bien entendu le problème crucial du Sud reste le pétrole, à tel point que l’on n’en parle pas.

 

Pour que le gouvernement de Juba accepte de perdre une partie de son pétrole, il faut que Khartoum ménage la forme. Pour l’instant il continue à régenter les régions pétrolières situées dans la « zone Nord » du Sud-Soudan. Après le référendum, le gouvernement du Sud se contenterait de 30 à 35 % de sa nouvelle part des revenus pétroliers en « zone Nord » de son territoire. Pour Béchir, ce ne serait pas une mauvaise solution. Il sait qu’aujourd’hui la part du Sud s’élève à 50 %, mais il sait aussi que grâce à des arrangements spécieux, il n’en donne que 40 %.


Il n’y aura pas de guerre, mais toute la région pétrolière continuera d’être dévastée. Les zones surélevées et sablonneuses, qui contenaient souvent les corps précieux et vénérés des Nilotiques, seront utilisées pour les constructions, les ponts ne prévoiront pas de passage pour les eaux des marécages ; ils sépareront une région désertique d’une autre totalement inondée : où peut-on vivre ? N’oublions pas la Chine et son « pragmatisme international ». Les Chinois se serviront avantageusement du bois des forêts ombreuses et les Sudistes n’auront même pas de travail.
Dans l’hypothèse de la guerre, ils trouveront les chemins pour fournir les armes, les informations satellites et l’argent au clan de Khartoum et bien entendu ils garantiront la paralysie du Conseil de Sécurité des Nations Unies.
Au cas où le Sud et le Nord se sépareraient, nous savons de source autorisée que la Chine a proposé aux Sud-Soudanais de leur offrir un oléoduc qui transporterait le pétrole par le Kenya vers l’océan indien et la Chine. Mais cet « enjeu géostratégique » d’oléoduc pèse très lourdement, (cela nous rappelle la grande histoire pétrolière au Soudan). D’autant, que Total est fort intéressé par cette proposition car il est fatigué d’attendre depuis 25 ans les possibilités d’exploitation de sa grande concession située dans la « zone sud » du Sud-Soudan. Il connaît parfaitement les ressources pétrolières près de Bor, mais il ignore encore celles proches de Rumbek ou autres.


Abyei continuera-t-il inchangé ? Il y a le pétrole mais, pour autant qu’on sache, il n’en a plus que pour quelques années. Les habitants Dinka d’Abyei choisiront peu avant le référendum s’ils suivront le Nord ou le Sud. Ils suivront le Sud. Malgré leur fureur, les Misserya, nomades arabes transitant par Abyei, n’ont pas le droit de vote d’après le texte joint au CPA.

 

Pendant ce temps, les membres du Congrès National qui sont opposés au plan de Béchir, se demandent pourquoi celui-ci, pour la première fois, renoncerait à des droits sur le Sud ? Même le pétrole au Soudan n’est pas éternel. Béchir réserve-t-il la guerre aux générations futures ? Recherche-t-il un rêve ?

 

 

Bételgeuse

 

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