Numéro 156 - Décembre 2009 |
Pétrole Après les accusations de manipulation des statistiques de production du pétrole proférées par Global Witness, le gouvernement du Sud Soudan a demandé à la présidence du Soudan et à la Commission Nationale du Pétrole d’établir un audit indépendant sur ces statistiques (ST 15 09). Le ministre du pétrole a demandé à la société chinoise d’expliquer pourquoi ses chiffres ne correspondent pas aux statistiques officielles (ST 25 10). Le rapport, dit-il, est basé sur des données imprécises (ST 26 09). Il semble donc accuser la société chinoise de publier de faux chiffres. (Très amusant, c'est sûrement à sa demande. Salva Kiir nous a dit à Paris que le Sud touchait vraisemblablement 25% au lieu de 50% des revenus VS) La production de pétrole a plongé à moins de 500 000 barils/jour en 2008-2009. L’objectif pour 2009 avait été établi à 600 000 barils/jour, mais de grandes quantités d’eau dans le pétrole extrait ont nécessité la mise en place de nouveaux procédés, ce qui a entrainé des retards dans la production (ST 25 10) et des catastrophes pour les habitants. La China Petroleum Engineering Construction Corporation (CPECC) a remporté des contrats pour des projets d’extension de la production dans le bloc 6 (ST 10 10). Le gouvernement du Sud Soudan projette de construire une grand raffinerie de pétrole à Akon – état de Warrap, pour traiter la production du block 5 A –Etat de l’Unité. Le coût de construction serait d’environ 2 milliards de dollars auquel il faut ajouter une conduite de plusieurs centaines de kilomètres entre les champs et la raffinerie (ST 4 10). Le ministre d’Etat de l’énergie veut une raffinerie moins coûteuse (ST 20 10).
Sanctions Une court d’appel fédérale américaine a relaxé la société Talisman, société pétrolière canadienne, de violations des droits de l’homme au Soudan, car aucune preuve n’a été apportée que Talisman avait agi (Bloomberg 02 10). Grosse perte pour les Soudanais. Il semble que les preuves ne manquaient pas. VS. Un homme d’affaires américain, Robert Cabelly, inculpé aux Etats-Unis de violation des lois américaines de sanction contre le Soudan, pour avoir fourni des services de consultant et de lobbying au gouvernement soudanais (ST 13 11).
Pénuries et inflation Coupure d’électricité pendant plus de 8 heures à Khartoum le 4 octobre à cause d’une panne au nouveau barrage de Méroé : toutes les unités se sont arrêtées en même temps. Le barrage de Méroé compte pour 65 % de la production d’électricité du pays et il doit atteindre sa pleine capacité en novembre 2009 avec 1250 mégawatts. Il y a eu aussi des coupures d’eau car la compagnie d’électricité a coupé l’électricité aux stations d’eau pour non paiement de factures. Selon les habitants de Khartoum, il y a d’autres coupures d’eau et d’électricité (ST 5 10). Le dimanche 12 octobre, une nouvelle coupure était programmée pour réparer des problèmes techniques au barrage de Mérowé. A la suite de quoi, le président Al Béchir a renvoyé le directeur de la société nationale d’électricité, comme il avait prévenu qu’il « couperait la tête de quiconque couperait l’électricité » (ST 12 10). Le taux d’inflation annuelle est monté de 10,4 % en août à 12,4 % en septembre (ST 10 10). Le prix de nombreux produits alimentaires a augmenté encore plus, par exemple la viande de 75 %, le poisson 66 %, les oignions 77 % et le riz 23 % (ASASE, 09 09). L’augmentation du prix du riz n’est pas spécifique au Soudan mais mondiale. La cause en est la sécheresse suivie d’inondations en Inde et des typhons aux Philippines qui ont détruit une partie significative de la production mondiale (Le Monde, 8-9 11). Selon Olivier de Schitter, rapporteur des Nations Unies pour le droit à l’alimentation « toutes les conditions pour une nouvelle crise alimentaire sont réunies » (Le Monde 17 11). Le Soudan va faire face à de sérieuses pénuries alimentaires en 2009-2010. Des débats à l’Assemblée Nationale ont révélé que la région d’Al-Dandar, dans le sud-est est à la limite de la famine et des milliers de têtes de bétail pourraient mourir faute d’eau. La sécheresse actuelle avec de faibles pluies a un impact négatif sur l’agriculture. Le Programme Alimentaire Mondial estime que 5,9 millions de personnes au Soudan auront besoin d’aide alimentaire cette année (ST 22 10). Les investissements étrangers dans l’agriculture sont une question de plus en plus débattue dans les arènes internationales. Le Soudan est très concerné, la Corée y accapare 600 000 hectares, et l'Egypte une quantité inconnue. Le cas de Madagascar est très illustratif : Daewoo y a acquis 1,3 millions d’hectares, ce qui a entraîné une telle opposition de l’opinion publique que le Président a été renversé. Ces investissements appelés « landgrabs » (accaparement de terre) posent de nombreuses questions, en particulier de savoir quels avantages les agriculteurs locaux vont en tirer et plus généralement quels vont être les avantages pour le pays dans des situations sans transparence sur les contrats et sans obligations précises pour les investisseurs (Les Echos 19 10, Courrier international 29 10).
Sud Soudan Le Sud Soudan est envahi d’argent contrefait (livres soudanaises et dollars) provenant de l’étranger, selon les autorités. La police a été chargée de contrôler les voyageurs à des points stratégiques (ST 26 9). Plus de 200 millions de dollars manquent dans les caisses de l’Etat. Il n’y a pas de comptes clairs indiquant comment cet argent a été dépensé. Il fut utilisé par l’ancien ministre des finances pour acheter des céréales, mais les comptes n’ont pas enregistré quels fournisseurs ont reçu l’argent (ST 3 11). Le ministre des finances demande aux Etats qui ont versé de l’argent à des fournisseurs n'ayant pas livré de se faire rembourser (ST 8 11). Le gouvernement du Sud Soudan a lancé un nouveau système de paie des salaires pour réduire la plupart des problèmes associés à la gestion des fonctionnaires, ainsi pour éliminer les salariés fantômes (ST 29 9). Une nouvelle route goudronnée de 80 km entre Yambo et Diabo (Etat de l’Equateur occidental), projet financé par l'USAID, a été inaugurée (ST 20 11). L’USAID a aussi signé un projet d’aide de 230 millions de dollars pour aider à la tenue des élections et du référendum : enregistrement des électeurs, formation des électeurs, renforcement des forces de sécurité (ST 28 10). Une agence d’information a été créée à Juba : NASS (News Agency for Southern Sudan). Le but est de remplacer l’agence SUNA, toujours basée à Khartoum. Au départ NASS sera développée à l’intérieur du ministère de l’Information et de la Radiodiffusion. Le gouvernement a le projet de créer une imprimerie à Juba pour imprimer des journaux, des manuels scolaires et des documents officiels (ST 29 10). Nouveaux investissements dans la pêche et le bois. La société Al Cardinal Fisheries a injecté 27 millions d’Euros à Bor, capitale de l’Etat Jonglei (ST 13 11). La société Earth Salvation Compagny a signé un contrat avec le comté de Nagero, Etat d’Equateur Occidental pour transformer du bois destiné au marché international. Des personnes originaires de Nagero et habitant à Wau et Khartoum ont accusé ce projet de « vendre la terre et les arbres » à des « opportunistes étrangers » ; ils ont menacé de brûler les camions transportant le bois (ST 9 11). Nekkar Docteur en Economie |