Numéro 156 - Décembre 2009


POLITIQUE ETRANGERE ET INTERIEURE

 

Nouvelle politique américaine

Obama ne peut à l'évidence faire une troisième guerre en pays musulman. Son remarquable discours au Caire sur l'islam l'interdit, comme la crainte d'un enchevêtrement avec l'Iran, autre pays islamique,  et aussi la Corée du Nord, ses emprunts en Chine et ses conflits ailleurs.

Selon l'idée de Scott Gratien, émissaire américain au Soudan, le 19 octobre il a tendu la main au Soudan,  tout en le menaçant du bâton. « Si le gouvernement du  Soudan agit pour améliorer la situation sur le terrain et faire avancer la paix, il y aura des incitations, s'il ne le fait pas, alors il y aura des pressions accrues imposées par les Etats-Unis et la communauté internationale ». Il réclame « une fin définitive au conflit, aux violations des droits de l'homme et au génocide au Darfour ». A cela la secrétaire d'Etat, Hilary Clinton, a ajouté que les Etats-Unis traiteraient « simultanément et en tandem » le conflit Nord Sud et celui du Darfour. Les deux « mettent en danger l'avenir de 40 millions de personnes dans ce pays, ils peuvent propager la violence et l'instabilité dans une région déjà explosive ».Les Etats-Unis n'envisagent pas de conversations directes avec le Président Béchir, sous le coup d'un mandat d'arrêt de la CPI.

Le Soudan, par la voix de Ghazzi Salah ed Dine, conseiller de Béchir, a jugé « importante » l'absence de menaces militaires contre son pays. Les Etats-Unis ont renouvelé peu après les sanctions contre le Soudan. Selon Scott Gratien, de nombreux problèmes en suspens peuvent être réglés par la décision américaine. Certes Béchir a prononcé de bonnes paroles sur les élections mais n'a rien fait d'aucune manière. Au contraire. Son gouvernement a nié que des lobbystes américains pro-soudanais existent. Peu après Gratien alla voir les centres d'enregistrement pour les élections,   à Khartoum, au Darfour et à Abyei. Il sembla avoir trouvé tout parfait. Ce n'est pas l'opinion soudanaise. Il parut changer d'avis.

 

Le 7 décembre, mesures violentes contre les protestations pacifiques à Omdurman

Le Centre africain pour les études de justice et de paix  condamne les mesures violentes prises ce matin par la police anti-manifestations et le Parti du Congrès National au pouvoir contre des dizaines de milliers de personnes engagées dans des protestations pacifiques à Omdurman (ville proche de Khartoum, VS), du Grand Khartoum  Nord et d'autres villes du Soudan. Les manifestations furent coordonnées par une coalition d'opposition politique soudanaise à Juba. Le jour précédent, le groupe avait annoncé son intention de remettre un mémorandum au Parlement soudanais avec les demandes suivantes :

Mise en oeuvre du CPA par le Parlement incluant des mesures réformant la législation d'obstruction telles que la loi sur la Sécurité nationale, le code criminel, le code de procédure criminelle, la loi sur les syndicats et l'adoption d'une loi acceptable concernant le référendum;

L'adoption d'une législation vitale qui arrête les atrocités au Darfour, lève l'impunité des auteurs et les tienne responsables;

Des mesures urgentes qui garantissent un environnement ouvert et incitatif, incluant la révision du recensement récent. De plus, le Parlement doit assurer l'indépendance, la liberté et l'impartialité des média nationaux, prendre action pour combattre la corruption systématique, la pauvreté et l'inflation dans l'économie en déclin du Soudan.

En dépit de l'annonce que l'intention des manifestants était pacifique, les autorités ont déclaré, peu après minuit, que la manifestation était illégale. La police anti-manifesttion, lourdement armée, avec bâtons et gaz lacrymogènes, furent dans les rues de Khartoum tôt le matin, bloquant les routes au Parlement et les principaux sièges sociaux de plusieurs partis politiques, y compris le Mouvement de Libération du Peuple Soudanais (MLPS). Bien que le gouvernement ait annoncé un jour de vacances pour les écoles et les fonctionnaires afin de détourner la participation du public, des milliers de personnes s'étaient réunies le matin.

Des balles en caoutchouc et des gaz lacrymogènes furent tirés sur la foule, les agents de sécurité confisquèrent leurs caméras aux média internationaux. A Khartoum, plus de 250 personnes furent arrêtées, y compris des juristes proéminents, des étudiants, des journalistes et des parlementaires. Pagan Amun,  Secrétaire général du MLPS, Abbas Jumma, son ministre de l'Intérieur et Yassir Arman, son secrétaire général assistant, furent tous arrêtés. Arman fut sérieusement blessé alors qu'il était gardé par la police ; 13 agents de sécurité l'emmenèrent dans une salle de bains où ils le battirent. Au total, autant que nous le sachions, 42 personnes ont été hospitalisées, dont, Samia Rabih, Hussein  Al Amin, et Mouna el Tigani.

Des arrestations eurent lieu pour des manifestations semblables à travers le Soudan, à Wad Médani, à El Obeid, (42 personnes  arrêtées) et à El Hassahissa (58). Des protestation eurent lieu à Port-Soudan, Gédaref, Kassala, et El Fasher ainsi que dans les villes importantes du Sud-Soudan et des camps de déplacés du Darfour.

Salva Kiir Président du Sud-Soudan et leader du MLPS déclara que ces attaques étaient « non seulement une provocation, mais encore sans justification parce que le constitution nationale intérimaire autorisait les cortèges pacifiques et démocratiques ». La direction du CN « résiste à ses obligations constitutionnelles en utilisant leur majorité »qui « maintient implicitement le statut quo et la vieille mentalité de faire des affaires contraires à la lettre et à l'esprit du CPA ».

Le droit à la liberté d'expression, de réunion, d'association, est garanti par l'article 39 de la  constitution nationale intérimaire, par la Loi sur les droits, et par l'article 19 de la Convention internationale sur les droits civiques et politiques. Le CPA apporte une transformation démocratique et des élections. Le Centre africain pour les Etudes de justice et de paix est gravement concerné par les évènements de ce jour et sont un instantané sur la route des élections, qui mine la possibilité d'un espace politique ouvert, libre et  juste pour des élections crédibles. Les rares manifestations publiques montrent un premier test et une réponse aux défis démocratiques. Le Congrès National qui s'est pas montré désireux d'autoriser des voix dissonantes d'être entendues, ne peut encore moins accepter la responsabilité démocratique.

(Un autre article a un grand succès au Soudan, il concerne la perte de crédibilité du Congrès National, le jour du 7 décembre).

Traduction VS

Elections : Seule une action rapide et concertée peut éviter une guerre dans tout le Soudan

Le Soudan est sur le point de plonger dans une autre guerre Nord-Sud. La communauté internationale, l'Union africaine, les Etats-Unis, l'Union Européenne, la Chine, n'a pas pris assez au sérieux la mise en oeuvre de la paix. Khartoum a donc pu  nier des éléments essentiels de l'accord et  manipuler les tensions ethniques politiques et militaires à travers la région. Sans pression significative, le régime a retardé de deux ans la législation qui guidera le référendum prévu en janvier 2011 où le Sud-Soudan décidera de son union ou de sa séparation avec le pays. Si le référendum est compromis, les Sud-Soudanais retourneront à la guerre pour gagner l'indépendance. Par anticipation Khartoum peut lancer une campagne préventive.

Ce sont des nouvelles particulièrement mauvaises.

Une guerre potentielle pourrait inclure les autres régions marginalisées du Soudan, y compris le Darfour et la Nubie.  L'accord de paix Nord/Sud de 2005 s'effondrerait, les tensions élevées dans les Monts Nouba, le Nil Bleu Sud, Abyei et l'Est du Soudan, régions alliées au Sud durant la guerre, pourraient reprendre.

Cela rend le refus du Khartoum de démarquer la frontière Nord/Sud très important. Il a conduit à une escalade dangereuse et pourrait mener le Nord à contrôler toutes les réserves pétrolières du Sud.

Les élections nationales compliquent elles aussi la situation politique. Selon Eric Reeves, les délais délibérés de Khartoum les rendent impossibles en avril 2010. Ces élections ne seront ni libres, ni justes, elles seront pour le régime une occasion d'utiliser son contrôle de la machine électorale et son vaste patronage pour retenir le pouvoir et regagner sa légitimité internationale. L'interférence électorale a véritablement commencé. Le Centre Carter cite un grand nombre d'exemples ; dans de nombreux Etats, les citoyens tardent à se faire enregistrer surtout dans le Sud, les fonds manquent, le matériel d'enregistrement n'a pas atteint les Soudanais éligibles, l'éducation civique est inexistante, les moniteurs de l'élection n'ont pas été accrédités pour observer si l'enregistrement des électeurs est légitime. Khartoum compte à l'évidence sur des élections truquées au Sud.

Quoique le Sud-Soudan ait commis des fautes, il n'est pas responsable de la mauvaise foi massive que nous voyons de Khartoum.  Un exemple (cité dans Sudan Tribune), les plaintes et rumeurs de fraudes arrivent de toutes part dans les journaux. Le gouvernement du Sud-Soudan déploie des forces de Sécurité dans et autour de ces centres pour surveiller ceux qui achètent des enregistrements de vote.

 

Que devrait faire la Communauté internationale ?

La Secrétaire d'Etat Clinton a annoncé le mois dernier la fin du conflit, des abus des droits de l'homme et la mise en oeuvre de l'accord de paix global  qui conduise à un Soudan pacifique, unifié ou partagé. Cette politique semble magnifique en principe mais l'idée que les Etats-Unis puissent trouver une manière de changer la conduite du régime et d'éviter la guerre semble dangereusement naïve. Les pressions américaines doivent être accompagnées de mesures. L'embargo sur les armes dans tout le Soudan en est une première, la Chine est le principal fournisseur d'armes qui viole clairement l'embargo sur le Darfour.

L'Union Européenne devrait faire plus contre ses investissements qui ne bénéficient qu'au Nord. Les Etats qui participèrent à la négociation devraient servir de garants à sa mise en oeuvre. Malheureusement, l'Union Africaine a été inefficace en la matière. Elle doit voir combien serait désastreux un conflit recommencé. Seule une action énergique et concertée, dans l'idéal coordonnée par le Conseil de Sécurité des Nations-Unies, pourrait améliorer le possibilité que l'accord de paix survive en évitant un autre glissement vers la guerre.

On se décourage en constatant que les troupes soudanaises et les janjawid ont tué sept personnes déplacées dans le camp de Délej, (Nord-Darfour). Elles étaient fidèles à Abd el Wahid el Nour et refusaient d'être enregistrées. La Minuad, présente, n'intervint même pas. Or l'enregistrement n'est pas obligatoire. L'armée doit-elle tuer des gens désarmés, non coupables, sans jugement ? (Reeves, 25 11, Carter Center, 30 11,  Sudan Tribune).

*

Foot :  Egypte contre Algérie et Soudan

 Un combat de foot a opposé en finale l'Egypte et l'Algérie, pour la qualification au Mondial 2010.  A leur arrivée au Caire les Algériens furent caillassés. L'Egypte le nie. Le 14 novembre, l'Algérie a gagné de 1 à 0 au premier tour. La fureur égyptienne fut inexcusable. Mêmes les Algériens vivant en Egypte eurent des problèmes. Le Soudan proposa que le second tour soit chez lui. Il mit 15 000 policiers pour surveiller les joueurs et ceux qui les soutenaient. Ce ne fut pas assez. Mais l'Algérie gagna à nouveau.

L'explosion de joie en Algérie partout, en France, à Dakar, au Canada, fut incroyable. L'indépendance en 1962 en avait soulevé moins. L'Algérie n'avait pu participer à cette compétition depuis 25 ans. « L'Egypte fera preuve de fermeté envers ceux qui font du mal à ses ressortissants » dit  Moubarak.  Entre beaucoup d'autres articles, un professeur à l'université d'Oran, Djamel Guérid, (24 11. le journal des Stars) cite Clausewitz et de Gaulle, le foot et la guerre que la famille Moubarak, violente, a perdue. Des dizaines d'Algériennes mariées à des Egyptiens seraient répudiées. Les autres ne sortent pas de chez elles. Leurs enfants sont bousculés, tabassés. Les Egyptiens appellent au boycott sportif de l'Algérie, et les Algériens de l'Egypte. L'ensemble des journalistes soudanais  refusent la morgue et la prétention des Egyptiens à leur égard. Cela devrait satisfaire leur périphérie. Combien de temps cela durera-t-il ? 

 

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