Numéro 155 - Septembre 2009


DAR FOUR

 

Le Soudan intimide la Minuad
Des menaces accrues contre le personnel international au Darfour, des kidnappings extrêmement alarmants, une action militaire continue du Tchad, du Soudan, des rebelles, ainsi que  les limitations imposées par le gouvernement aux mouvements de la Minuad, continuent à entraver les efforts pour stabiliser le Darfour déchiré par près de sept ans de guerre. « La prise d'otages de travailleurs internationaux est un changement nouveau et profondément troublant » dit Ban Ki-Moon dans son rapport au Conseil de Sécurité. Deux d'entre eux enlevés le 29 juin sont toujours captifs. « Jusqu'à ce que leur sécurité soit garantie sans conditions par toutes les parties, les activités de la Minuad et des agences seront une entreprise risquée », poursuit-il. Ces attaques ont déjà conduit à la suspension d'activités ou de programmes.
La Minuad a atteint depuis juin 69% de ses troupes autorisées par Khartoum, mais elles manquent encore d'éléments clés dont deux unités de transport, un hôpital de niveau 2, une unité de reconnaissance aérienne et 18 hélicoptères.
Ban se plaint des combats continuels entre le gouvernement et les groupes rebelles, le Mouvement pour la Justice et l 'Egalité (JEM) et l'ALS d'Abd el Wahid el Nour, conduisant à la mort de civils. « L'interdiction d'accès pour la Minuad par des officiels gouvernementaux, y compris les camps de personnes déplacées, sont une violation directe à l'Accord des Forces », dit-il.

Ban semble fort mécontent de combats entre les forces tchadienne et soudanaise et les prie de les mieux les contrôler. Sur le front politique, le JEM et l'ALS refusent de s'engager dans des discussions avec le gouvernement. Il presse toutes les parties de s'engager à nouveau. En ce qui concerne l'humanitaire, les effort continuent à combler les vides créés par l'expulsion en mars de 13 ONG gouvernementales et la dissolution de trois ONG nationales qui ont gravement accru les niveaux de malnutrition. De plus la vaccination du bétail reste en-dessous de 20% du but planifié, la protection des ressources environnementales est insignifiante en dépit d'une dégradation continuelle, les expulsions ont laissé un vide dans l'éducation, quand 27 des 70 localités administratives sont seulement partiellement ou pas du tout couvertes, faisant perdre les gains obtenus les années précédentes. Il manque 9100 nouveaux enseignants au Darfour.

 

Réponse du Gouvernement soudanais : La paix est en vue. Les Nu devraient en coordination avec l'Union africaine  et  le gouvernement soudanais planifier une stratégie d'exit, Centre de Presse des Nu, 23 11).      

 

Les armes
Deux rapports des Nations-Unies dénoncent les flux d’armes au Soudan. Selon le Rapport sur les Petites Armes, l'armée soudanaise et l'ALPS font l’escalade avec leurs approvisionnements en petits calibres et armes légères depuis 2005. Les principaux fournisseurs du gouvernement soudanais sont la Fédération de Russie, la Biélorussie, la Chine et l’Iran. (L'ALPS a commencé à stocker des armes légères et lourdes en 2007-2008, principalement depuis l’Ukraine). Une portion significative des armes détenues par les rebelles du Darfour sont fournies par les gouvernements d’Érythrée, du Tchad et de Libye. Le rapport souligne que les missions de l’ONU et de l’Union Africaine sont incapables et surveiller et vérifier les mouvements d’armes au Darfour, ce pour quoi ils sont mandatés (ST 2 10).
Le second rapport, présenté au Conseil de Sécurité par un Panel d’Experts, a présenté une série de preuves de violations de l’interdiction de l’apport d’armes au Darfour. En plus le rapport souligner les violences faites aux femmes et le recrutement et l’emploi d’enfants soldats par le Mouvement Justice et Egalité du Darfour et par les mouvements d’opposition tchadiens opérant depuis le Darfour. Le Panel a trouvé que la plupart des équipements utilisés par les Forces Armées Soudanaises au Darfour ont été amenés après l’interdiction décidée en 2005 et en violation de cette interdiction. Selon le Panel, la plupart de ces armes et munitions ont été fabriquées en Chine. Les rebelles tchadiens basés au Darfour sont directement liés aux Services de renseignement du Soudan pour leurs approvisionnements, leur entrainement et leur structure de commandement. La principale source de 4x4 Toyota pick-up des rebelles du Darfour est basée aux Emirats Arabes Unis (EAU) où ils sont transformés en véhicules de combat. D’autres sont expédiés depuis l’Iran, la France, Gibraltar par des personnes résidant en Algérie, Egypte, Nigeria, Arabie Saoudite, EAU et Tunisie (ST 10 11).
Un avion d’entrainement suisse Pilatus PC-9 a été vu au Tchad et aurait été utilisé à des fins militaires au Darfour. Cet avion est appelé « le bombardier du pauvre » (Tribune de Genève 21 10).
                                                                                                                     

Le Darfour au barreau de Paris
Un des meilleurs papiers fut celui d'Amady Bâ (cf. éditorial).  La commission, dit-il, qui engagea le Conseil de Sécurité, a nommé une Cour Pénale Internationale (CPI), le gouvernement soudanais « ne pouvait ou ne voulait » poursuivre les crimes.  Il explique que la CPI ne juge que les crimes les plus graves pour lesquels le Président de la République est inculpé. Le principe de Complémentarité de la CPI donne un précédent aux systèmes nationaux. Dans le cas du Soudan, ce pays prétendit juger des crimes contre l'humanité, et jugea des crimes sans rapport aucun. On ne peut lui faire confiance. Les bureaux  d'Amady Bâ, signent des accords avec des non-membres de la CPI, les NU, l'Union européenne. Il attend, dit-il, l'Union africaine. Jusqu'à présent 1000 témoins ont été entendus. Beaucoup résidaient dans les Etats de la Ligue arabe, dont la plupart des membres n'ont pas signé la CPI, ce qui ne l'a pas empêchée de lui faciliter les choses. Joseph Kony, chef de l'Armée de Résistance du Seigneur, qui fait pis que pendre au Sud-Soudan, devrait être arrêté par des Etats suffisamment armés pour être déféré à la CPI à la demande de l'Ouganda.

Selon Simon Forman, Président du collectif de soutien à la CPI, le Darfour a une justice sans pouvoir parce qu'il n'a pas de police. Les Belges ont une compétence universelle pour tout crime contre l'humanité commis partout dans le monde, ce qui n'est pas le cas de la France ; pourtant les Africains ont tout autant besoin de justice que les autres, comme le rappelle Amadi Bâ.

 

Article suivant
Retour à la page d'accueil