Numéro 155 - Septembre 2009

 

SUD-SOUDAN, MONTS NOUBA

 

L'avenir du Sud – Salva Kiir, président du Sud-Soudan,  a exhorté les Sudistes à voter pour l’indépendance afin de ne pas rester des citoyens de seconde zone dans leur propre pays. La sécession est inévitable car le Nord n’a pas réussi à convaincre que l’unité peut être viable. L'Accord de Paix n’est pas appliqué notamment le tracé de la frontière entre Nord et Sud. La méfiance prévaut des deux côtés et pourrait à tout moment faire basculer le pays dans la guerre. Ces enjeux sont cruciaux pour le pays mais les moyens légaux pour y parvenir restent encore à déterminer (ST/01/11/09).

Kiir en Europe

Kiir a visité plusieurs pays européens mi-novembre : Hollande, Norvège, Belgique et France afin de les informer sur la situation du Soudan et de demander leur aide pour appliquer rapidement l'accord de Paix dans son intégralité (ST, 16/11/09). Kiir a précisé à Paris à un groupe de spécialiste, dont notre présidente qu'il appelait affectueusement maman, que le Sud recevait vraisemblablement moins des 25% de l'argent du pétrole au lieu des 50% prévus par le CPA. Le Sud se plaint du manque de transparence dans le partage des revenus pétroliers. Le Soudan produit actuellement 465.000 barils/jour dans des champs pétrolifères situés principalement dans le Sud et à la frontière nord/sud (Cf.Economie). Kiir a aussi parlé du départ des ARS vers le Darfour.


Retour d'Europe : Salva Kiir nettoie Juba avec plus de 16.000 volontaires

Etant donné le changement global et les dommages environnementaux, on se serait attendu à voir un nouveau « pays» comme le Sud-Soudan, qui a un manque total d'infrastructures dû à de longues guerres, partir du véritable commencement avec un environnement amical et une nouvelle technologie durable. Malheureusement ce n'est pas la cas. Toutes les fois que l'on voyage, les changements environnementaux sont évidents, et même augmentent : immondices jetés, eau polluée, déforestation, pour n'en citer que quelques-uns. Les plus graves sont en zone pétrolière. 
Un article parut récemment dans l'AFP, fut intitulé « les villageois soudanais et l'environnement souffrent du boom pétrolier ». Perdus à jamais pour ce boom pétrolier, les villageois sudistes maudissent ce qui provoque de nouveaux déplacements, répand les maladies et ravage l'environnement.

Le 23 novembre,  Salva Kiir, lança une initiative majeure de nettoyage à Juba, déclarant la journée vacance officielle. En ramassant les déchets sur le sol, il fut accompagné par le ministre de l'environnement, l'ambassadeur britannique, et plus de 16.000 volontaires venus faire de même. Le nettoyage s'est attiré un soutien enthousiaste de toutes les organisations majeures, l'ALPS, tous les fonctionnaires, toutes les agences de NU, aussi bien que les étudiants et les habitants de Juba. Il est conté par l'UNEP et Sudan Tribune.
Avec la rapide croissance de Juba et l'absence d'une direction durable des immondices, les gens de  la ville ont subi le choléra, les maladies transmises par l'eau et le paludisme.
Ce nettoyage fait partie d'un projet de l'UNEP (Programme des NU pour l'environnement), fondé par la Grande-Bretagne. (Tout le reste du pays est dévasté. Lorsque Salva Kiir était en Europe deux jours auparavant, il rencontra les ministres de l'Environnement. Qui eut l'idée de ce nettoyage ? Qui aura des idées pour « nettoyer » tout le Sud-Soudan?).


Education

L'Etat de Warrap a prié instamment les populations locales d'éleveurs de donner la priorité à l'éducation de leurs enfants. L'élevage, sur lequel se fonde leur culture, empêche les enfants de fréquenter l'école. Les parents sont priés de faire suivre au moins une éducation primaire complète à leurs enfants, et de poursuivre au-delà, bien sûr, s'ils en ont la possibilité. Le Kenya et l'Ouganda sont cités comme modèles pour avoir privilégié l'éducation. Il est conseillé de combattre l'illettrisme avec autant de détermination que le Nord pendant la guerre civile. Les grossesses prématurées sont à proscrire pour permettre aux filles de suivre un enseignement. Il est demandé aux communautés rurales de contribuer à construire des écoles secondaires et l'Etat est prêt à prendre des mesures contre les parents empêchant à leurs enfants de fréquenter l'école (ST,10/12/09). A Rumbek, le Collège ouvert du Sud Soudan (South Sudan Open College) a décerné des diplômes à 85 candidats à la suite d'une formation de deux ans. Le collège a ouvert en 2005 afin d'améliorer l'éducation de ceux qui doivent contribuer à la reconstruction d'un pays dévasté par des décennies de guerre. Il constitue un lieu d'éducation ouvert offrant certificats et diplômes dans les domaines de l'Economie, des Sciences sociales, de l'Education, l'Agriculture, l'Informatique et la Santé publique. Les programmes sont semestriels et les étudiants choisissent un parcours à plein-temps ou mi-temps, en journée, le soir, le week-end ou par correspondance. Il a ouvert en 2006 comme institut privé offrant des programmes intensifs pour les retraités du MLPS et de l'ALPS et autres institutions officielles. D'autres collèges du même type fonctionnent à Juba, Bor, Yei, Kuacjok, Wau et Yirol. Ils ont pour but de développer les ressources humaines chargées de construire le nouveau Soudan. Le GoSS tente de développer l'enseignement malgré des difficultés de gestion. Le ministre de l'Education a jumelé son programme d'éducation alternatif à celui du SSOC en tant que programme de remise à niveau en lien avec le Département d'Education alternative et le Ministère de l'Education, des Sciences et de la Technologie (ST, 10/12/09).


Dialogue Sud-Sud

Un consortium de huit partis politiques du Sud * s'est réuni à Khartoum pour une Conférence sur le Dialogue Sud-Sud afin de débattre de l'application de l'Accord de paix. La rencontre de trois jours a cherché à démontrer le soutien de ces partis à l'Accord de paix, la promotion et le renforcement de l'engagement du Gouvernement du Sud-Soudan (GoSS) à renforcer la sécurité de ses citoyens et protéger leurs biens, à assurer une gestion digne, à combattre la corruption et réunir l'élite politique dans une démarche constructive afin d'affronter les défis que doit surmonter le pays. Les deux élections à venir ont été au centre des débats. Au cours de la réunion, le MLPS a été accusé de limiter les activités politiques de membres actifs externes au mouvement par l'intimidation et l'arrestation. L'ALPS est source d'instabilité et de violence et doit se plier à une discipline plus rigoureuse à définir. Bien entendu, le MLPS a rejeté de telles accusations. La séparation entre le MLPS et l'ALPS est vivement souhaitée (Communiqué Final du South Sudan Political Parties Consensus Forum, 16/11/09 + ST, 14/11/09).

* SANU, UDSF, United Democratic Party, MLPS-DC, Sudan National Labor Party, USAP-2, South Sudan Democratic Forum, South-Sudan Democratic Front,


La violence

Des milices soutenues par le gouvernement terrorisent la population, multipliant les peurs et faisant monter la tension entre les tribus et groupes ethniques. Cette forme de terrorisme généralisé tend à  se répandre et risque de compromettre les élections à moins que la sécurité des votants se rendant aux urnes soit assurée.
Le Forum oecuménique du Sudan déplore à la suite de l’assemblée générale du 9 au 11 novembre à Juba, la montée des tensions inter-ethniques, surtout dans les Etats de Jonglei et du Nil supérieur, les assauts récurrents de l’ARS en Equatoria occidental et la violence ininterrompue au Darfour.
Dans le Sud, cette violence n’épargne ni les femmes, vieillards et enfants que l’on insulte, viole ou massacre afin de détruire le tissu social au sein des communautés et même entre elles.  
Mi-novembre, le convoi du ministre de l'Agriculture et des Forêts est tombé dans une embuscade à 60 km de Juba, dans le comté de Lainya, dans l'Etat de l'Equatoria central : il y a eu 5 morts dont son chauffeur, son garde du corps et 7 blessés. Le ministre Samson Kwaje s'en est tiré avec  une balle dans le bras. Les assaillants ont mis le feu à deux des véhicules. Cet incident illustre le climat d'insécurité qui tend à se généraliser dans le Sud. Outre  ce que l'on présente comme du banditisme (alimenté par le Nord?), les populations locales sont frustrées de constater l'inertie du gouvernement, l'incompétence des pouvoirs publics à règler les litiges, la corruption galopante, l'absence de services, de reconnaître que rien n'a changé pour elles depuis janvier 2005. Dans une culture de la violence où les armes circulent encore aisément, elles restent pour certains le dernier recours pour attirer l'attention des responsables politiques et exprimer le mécontentement. Bien sûr, les politiques expliquent le phénomène par le règlement de conflits inter-tribaux auxquels ils sont étrangers... ce qui ne règle rien et amplifie les frustrations. L'ONU avance le chiffre de 2.000 morts et 250.000 déplacés par la multiplication des conflits dans le Sud, un chiffre qui dépasserait largement celui des victimes du Darfour pour 2009. En outre, l'ONU prévient que la sécheresse et la famine pourraient aggraver les troubles dans la mesure où les éleveurs risquent de conduire leurs troupeaux affamés sur des terres ennemies (AFP, 16/11/09).


Milices d'auto-défense contre l'ARS

Les civils organisent l’auto-défense contre les attaques répétées de l’ARS dans l’Equatoria Occidental où 188 personnes auraient été tuées et 70.000 déplacées depuis le 15 décembre 2008. Des milices constituées de jeunes gens seulement armés d’arcs et de flèches surveillent les abords des villages dès la tombée de la nuit. Yambio fut attaquée dès mars 2006 lors de l’échec des pourparlers de paix entre le gouvernement de Kampala et l’ARS. L’Equatoria occidental a du mal a défendre ses 600.000 habitants sur un immense territoire en bordure de la RDC et de la République centrafricaine où se cache désormais l’ARS. Une opération militaire lancée conjointement le 14 décembre 2008 par l'Ouganda, le Sud Soudan et la RDC pour déloger Kony et sa bande a échoué : les camps de l'ARS dissimulés dans la jungle de Garamba en RDC, en lisière de l'Equatoria occidental, étaient désertés, Kony ayant été prévenu de l'offensive militaire par les amis de l'ARS, qu'ils soient à Khartoum ou à Londres, favorables à sa stratégie suicidaire. Le résultat a été pire que le mal: les rebelles, divisés en petits groupes, poursuivent leurs exactions hors de tout contrôle selon leur stratégie classique: attaques et pillages de villages et de centres de distribution d'aide alimentaire, massacres de civils, viols de femmes et enlèvements d'enfants dans un cycle infernal de barbarie.  Les 200 soldats de l'ONU basés en Equatoria oriental sont totalement inefficaces vu l'étendue du territoire. Les milices d'auto-défense ont également un impact limité, encore qu'elles auraient abattu une vingtaine de rebelles. Les populations locales se sentent abandonnées par la communauté internationale et par le GoSS. L'ARS détruit le tissu social de la région et déshumanise ces populations (ST, 20/10/09).
Cinquante-six rebelles de l'ARS se sont enfuis et ont rejoint l'APLS près de Yambio : leurs témoignages rapportent que le groupe fonctionne, comme toujours, sur des principes de terreur et de cruauté. Plusieurs dizaines se sont rendus ces derniers mois. Ils auraient été conduits en Ouganda pour être intégrés dans les rangs de l'armée sur la terre Acholi de leurs ancêtres. L'ARS se réorganise et s'éparpillerait le long de la frontière de la République centrafricaine et se dirigerait vers l'ouest du Bahr-al-Ghazal et le sud du Darfour (ST,13/11/09).  C'est la fuite de l'ARS vers le Darfour par le Tchad, annoncée par Salva Kiir à quelques Français et reprise par Temmerman (Newvision) qui reprend les informations du Lt-Colonel Charles Arop, prisonnier de guerre en Ouganda, selon lequel ils devraient se rendre à l'armée soudanaise conformément aux ordres de leur chef, Joseph Kony.


Pêche

Le gouverneur de Jonglei a accueilli les conserveries de pêche Al Cardinal avec l'espoir d'employer des autochtones, explorer les abondantes eaux du Nil et exporter le poisson vers les marchés locaux jusqu'ici dominé par les importations étrangères.

Les conserveries Al Cardinal vont injecter 27 Millions € dans la compagnie de pêche du Sud Soudan et aura son siège à Bor. La capacité annuelle de production devrait atteindre 900 millions de tonnes par an. Bor devrait devenir le premier lieu de la pêche en Afrique selon un responsable d'Al Cardinal et le bénéfice se concrétiser en développement social. Les locaux vont apprendre à pêcher  pour améliorer leur mode de vie. Plus de 300 personnes devraient trouver du travail. Les travaux de construction des conserveries sont sur le point de commencer. Le gouvernement s'engage à commercialiser les ressources et les investisseurs fournissent les moyens pour pêcher à grande échelle. Le développement de la pêche pourrait attirer les investisseurs étrangers, l'Etat deviendra partenaire des conserveries. Les locaux, en revanche, attendent peu de ces promesses qu'ils jugent vides, car au fond, le mode de vie des Sudistes n'a pas changé (ST, 13/12/09).


Diplomatie

A l'instar de 20 autres pays dont la France, la Russie va ouvrir un consulat à Juba car les entreprises russes envisagent de s'installer au Sud. L'envoyé de Medvedev a aussi officiellement soutenu la candidature d'Al Bashir à l'élection présidentielle de 2010 car il ne voit pas d'autre alternative. Cette déclaration a soulevé un tollé parmi les partis d'opposition (ST, 09/12/09).


Les Monts Nouba

Tensions et frustrations dans les monts Nouba sont palpables. Bien que située dans le Nord, dans l’Etat du Sud Kordofan, la région est politiquement dominée par le MLPS comme pendant la guerre. La méfiance domine entre Nord et Sud tant que les différences majeures au niveau politique, idéologique et religieux ne seront pas réglées. La sécurité reste un problème essentiel et les violations récurrentes entre les ennemis d’antan et d’aujourd’hui – MLPS et CN.
Le pire reste à venir sans doute à l’approche des élections, avant comme après. Pendant la guerre , les Nouba ont subi les bombardements aériens, l’isolement, les privations, les expropriations et les mouvements forcés de population. Contrairement à Abyei et au Sud qui pourront se prononcer sur leur statut politique lors du référendum sur l’indépendance, l’Accord de paix limite le champ d'action des Monts Nouba à un partage du pouvoir transitoire et à une consultation populaire dans les Etats du Sud Kordofan et du Nil Bleu. Abyei, les Monts Nouba et le Nil Bleu sont mentionnés comme les « trois régions » – des zones contestées, provisoires, situées à cheval sur les lignes de démarcation Nord-Sud à la fois politiques, militaires et culturelles.
Le Sud et Abyei se prononceront sur un référendum d’indépendance garanti par la présence de l’ALPS sur le terrain et ont même l’option d’une séparation unilatérale si le processus de paix est voué à l’échec. Les officiers de l’ALPS dans les Monts Nouba ont souvent été des Nouba mais ces forces ont été retirées en vertu de l’Accord de Paix ne laissant derrière elles que les unités spéciales jointes Nord-Sud.
Les tensions se sont récemment exacerbées à la suite de récentes déclarations de responsables sudistes en faveur de la séparation, Salva Kiir lui-même priant ses concitoyens de ne pas rester des êtres de seconde classe.
Les Nouba craignent la séparation du Sud car ils deviendront alors une minorité isolée dans le Nord et pourraient se trouver en première ligne en cas d’un futur conflit Nord-Sud. Il est à craindre qu’ils reprennent les combats car aucune option ne leur offerte si ce n’est cette vague « consultation populaire » qui n’a ni sens ni direction. Les Nouba, qui se sentent plus proches des Sudistes que des arabes du Nord, maintiennent que les tensions persistent et pourraient déboucher sur un conflit plus large à propos des droits à la terre et aux pâturages. Ils prétendent que les arabes sont bien plus armés qu’eux et que le gouvernement central attise la violence. Les arabes estiment au contraire que les Nouba sont responsables de la violence et des vols commis dans la région. Une récente étude établit que les protagonistes envisagent un retour à la guerre, ce que International Crisis Group annonçait comme un nouveau Darfour en octobre 2008.

Elias

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