Numéro 156 - Décembre 2009

 

 C'en est assez !

 

« Un candidat pour une Nation ! » - tel est le slogan adopté par les jeunes militants de Khalas, interjection qui signifie C'en est assez ! repris sur des milliers de tracts orange éparpillés dans la capitale, au mépris de l'interdiction de toute propagande anti-gouvernementale. La jeunesse soudanaise, appelée pour la première fois de sa vie à voter, fait campagne pour le changement. Mobilisée par Internet et dans les rues, elle avance masquée ou à visage découvert. Certains trompent la surveillance des forces de l'ordre en jetant leurs tracts dans les bus avant de s'enfuir en courant à toutes jambes, d'autres œuvrent ouvertement en revendiquant haut et fort le libre exercice de leurs droits constitutionnels. Avec l'aide de certains expatriés, beaucoup contribuent financièrement à l'achat du papier et aux frais d'impression. Depuis leur naissance, ils n'ont connu qu'une dictature et ils appellent l'opposition atomisée à s'unir contre le président Omar Hassan al-Bashir, qui s'est emparé du pouvoir il y a vingt ans par un coup d'État, et le Congrès national. Bien décidés à voter pour les premières élections pluralistes de leur vie, ils s'étonnent de voir que la plupart des candidats sont des « vieux chefs », compromis dans un jeu politique exécrable. Rejoints par des camarades de leur génération adhérents à l'un ou l'autre de la myriade de partis qui existe au Soudan, ces jeunes activistes adressent un message simple à leurs concitoyens : « Inscrivez-vous sur les listes électorales pour voter, faute de quoi vous risquez d'attendre longtemps l'avènement de la démocratie ! » Le 7 décembre, une grande manifestation devait unir tous les opposants qui souhaitent que les lois soudanaises soient en conformité avec la constitution (cf. p. 5 ).

Pourtant, encore, les élections du printemps 2010 et le référendum d'autodétermination promis au Sud en 2011 semblent mal partis. Boycotté par les Sudistes depuis le 19 octobre, le Parlement n'a pas voté les lois promises sur la Sécurité nationale, le Code de procédure criminelle, la Liberté d'expression et de la presse et d'autres concernant l'ordre public. Le Mouvement de libération du peuple soudanais voulait porter devant l'Autorité intergouvernementale de développement  (IGAD) pour qu'elle arbitre les différends opposant Juba et Khartoum et fixe la frontière entre le Nord et le Sud, mais le Congrès national lui a opposé un refus au motif que « l'Accord de paix est très clair et prévoit des mécanismes d'arbitrage quand il y a dispute. » !!
Au Sud, la situation se dégrade de manière inquiétante et la reprise de la guerre est plus qu'une rumeur. Au Darfour, le Commissaire aux déplacés, a annoncé la décision gouvernementale de fermer les camps.  La déclaration des NU l'arrêtera-t-elle? « Cette action est interdite par les lois internationales. »  Comme à son habitude, le régime joue de main de maître les cartes qu'il a dans son jeu – la corruption, la coercition, la manipulation de tout un chacun à tous les niveaux, qu'il soit ami ou ennemi. Il argue de sa souveraineté, soumet à un contrôle tatillon l'action des forces de paix et entrave leurs efforts, comme viennent de l'établir les experts des Nations Unies et ceux de l'Union africaine (cf. p.4).

Jusqu'à présent, une minorité établie dans un triangle autour de Khartoum a accaparé la richesse et le pouvoir à son profit, au mépris des peuples qui composent la nation, de leurs croyances et de leurs coutumes. Mais, sans reconnaissance de cette diversité fondatrice, il ne connaîtra jamais l'unité. Quelques  nouvelles l'y aideront-elles en ce moment ?
Le gouvernement sud-soudanais ayant fait appel aux l'Eglises pour qu'elles oeuvrent en faveur de la paix, l'Eglise catholique a organisé un forum avec l'appui de Pax Christi pour persuader les dirigeants d'articuler sur le système de gouvernance, l'antique institution des monyomiji. Elle encourage en effet toute la population, jeunes et vieux, hommes et femmes, à défendre leurs communautés, à maintenir l'ordre dans leurs villages, à prévenir les catastrophes naturelles mais aussi les abus de pouvoir de leurs chefs – qu'ils  déposent si besoin est. Au Darfour, le Panel de l'Union africaine a enquêté. Selon lui, avant de se réconcilier, les gens demanderaient que justice soit rendue – et le meilleur moyen de le faire serait de mettre en place des tribunaux mixtes, associant des juristes étrangers et soudanais. Beaucoup de critiques et de groupes rebelles accusent ce panel de chercher à circonvenir le travail de la Cour Pénale Internationale, après que l'Union africaine ait issu une résolution en juillet demandant à ses membres de ne pas coopérer avec elle. De plus, les Darfouris ne se méfient-ils pas des juristes soudanais, totalement inopérants après six ans de guerre, et ne veulent-ils pas que Béchir soit jugé ? 

Il le sera, a déclaré à Paris Amady Bâ, chef de la section de coopération internationale auprès de la Cour Pénale Internationale. Il le sera car il ne va que chez ses voisins. Il se rendra en Egypte au sommet France Afrique et rencontrera le Président Sarkosy. Ce dernier ira-t-il ? L'opinion française y est opposée. Béchir n'est pas allé au Sénégal, il aurait été arrêté par la police. Il n'est pas allé en Turquie, son avion aurait pu être forcé à descendre sur les eaux internationales ou en Israël. Il n'est pas allé à Copenhague parler avec ses pairs du réchauffement climatique, le Danemark, dit-il, a publié des dessins contre le prophète Mohammed. Son problème principal  est de négocier l'espace aérien indispensable pour ses déplacements. Il n'est souvent invité qu'un mois à l'avance. Il n'a pas le temps nécessaire.

 

Bételgeuse

 

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