Kofi Annan, nytimes.com 30/06/09 Traduction VS
« Il y a onze ans, en ouvrant la conférence de Rome qui conduisit à la fondation de la Cour pénale internationale (CPI), j'ai rappelé aux délégués que les yeux des victimes des crimes passés et des victimes potentielles des crimes futurs étaient fixés sur eux. […] Maintenant, cet héritage important repose une fois de plus dans les mains des dirigeants africains qui vont se retrouver en Libye. Ce sommet de l'Union africaine (UA) aura lieu pour la première fois depuis que la CPI a émis un mandat d'arrêt contre le président du Soudan,Omar el Béchir, poursuivi pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre au Darfour.
L'UA a répété que son engagement à combattre l'impunité serait respecté. Quelques pays pourtant ont pris l'initiative de dénoncer la CPI et deminer son action.Au cours des récentsmois, certains dirigeants africains ont prétendu que la justice internationale serait imposée, et donc trahie dans ses principes,par l'Occident développé.Àmon avis, cette position nie le désir ardent de dignité humaine commun à tous les Africains. Elle représente aussi un pas en arrière dans la bataille contre l'impunité.
[…] Les atrocités commises au Rwanda et dans l'ancienneYougoslavie ont poussé le Conseil de Sécurité à établir deux tribunaux ad hoc, sur lemodèle des tribunaux de Nuremberg et de Tokyo. Ils ont démontré qu’une justice internationale efficace était possible mais ils n’ont pas suffi. L’opinion internationale veut savoir où et quand les pires atrocités ont été commises – génocides, crimes contre l'humanité, crimes de guerre –;et elle demande le jugement des responsables,qu’ils appartiennent à une hiérarchie gouvernementale ou à une chaîne de commandementmilitaire.Ce principe doit être appliqué sans exception, du soldat le plus modeste au dirigeant le plus élevé.
[…] Les opposants africains à la CPI prétendent qu'elle se focalise sur l'Afrique, les quatre cas en cours concernant le continent. Il faut commencer par se demander pourquoi les dirigeants africains s’opposent à une telle reconnaissance de crimes commis contre des Africains. Préfèrent-ils vraiment s’aligner aux côtés des auteurs d'atrocités de masse, plutôt que de leurs victimes ? Le fait que la Cour ait manqué de répondre aux appels des victimes extérieures à l'Afrique est-il un argument pour ne pas entendre ceux des victimes africaines ? De plus,dans trois cas sur quatre,ce sont les gouvernements eux-mêmes qui ont sollicité l'intervention de la CPI – la République démocratique du Congo, la République centrafricaine et l'Ouganda.Quant au cas du Darfour, la CPI en a été saisie par le Conseil de Sécurité des NU. Il faut se souvenir aussi qu’elle n’intervient qu’en dernière instance : elle agit seulement quand les systèmes nationaux ne veulent ou ne peuvent rendre justice. Le jour où les gouvernements africains feront la preuve qu’il sont capables de juger les coupables d'atrocités de masse, elle aura moins besoin d’intervenir.
La CPI représente l'espoir pour les victimes et envoie ce message : personne n'est au-dessus des lois.L'espoir et lemessage serontminés si l'UA la condamne parce qu'elle a émis un mandat d'arrêt contre un chef d'État africain.L'UA ne doit pas abandonner sa promesse de combattre l'impunité. Si elle soutient les accusés de crimes de guerre en raison de leur rang,d'autres pourraient vouloir devenir leurs émules, et le peuple africain souffrira. Il y a peu d'espoir d'empêcher les pires crimes commis contre l'humanité ou de rassurer ceux qui craignent leur retour, si les dirigeants africains cessent de soutenir la justice simplement parce que l'un des leurs est sur le banc des accusés.
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