Insécurité – Plusieurs foyers de tension se sont déclarés récemment, faisant des centaines de victimes. Le 18 avril, les Murle du comté de Pibor ont attaqué des villages du Payam de Nyandit dans le comté d'Akobo : il y a eu au moins 253 morts dont de nombreuses femmes, enfants et vieillards, et 33 enfants enlevés. Le résultat est catastrophique avec 25 000 déplacés complètement démunis, leurs ressources détruites, des familles anéanties et de nombreux orphelins. L'Armée de libération du peuple soudanais (ALPS) n'est pas intervenue et les 35 policiers sont impuissants.On suppose que les avions qui ont survolé à basse altitude le comté de Pibor pendant la nuit ont livré des armes et du matériel de combat (Lou Press Release, Juba, 29/04/09).
Après des discussions avec de hauts responsables gouvernementaux, un convoi de 31 barges transportant 700 tonnes de denrées sur le fleuve Sobat pour le compte du Programme alimentaire mondial (PAM) a quitté Nassir (État du Haut-Nil) le vendredi 12 juin. Il était escorté par des soldats de l'ALPS.Une vingtaine de kilomètres plus loin, il a été attaqué par des membres de la tribu Jikany Nuer. Il y a eu des dizaines de morts et plusieurs blessés sont arrivés à l'hôpital. Seize bateaux en partie pillés sont retournés à Nassir,personne ne sait dans quel état sont les autres. L'aide était destinée au village d'Akobo, proche de l'Éthiopie dans l'État de Jonglei,où 18 000 personnes fuyant les violences tribales ont trouvé refuge depuis janvier. Le Sobat, affluent du Nil blanc,est la seule voie d'accès à Akobo pendant la saison des pluies.Or, les récentes violences ethniques ont compliqué la circulation sur ce fleuve qui traverse des zones sous influence des Jikany Nuer et des Lou Nuer. Ces violences surviennent après que, en mai, des combats entre des clans Lou Nuer et Jikany Nuer aient fait au moins 66morts, selon les autorités locales.Dix tonnes d'aide humanitaire ont été acheminées par air à Akobo (AFP, 14/05/09).
De violents combats ont éclaté entre Mundari et Bari au nord de Juba à propos de vols de bétail. Ils se sont déroulés à l'artillerie lourde et ont fait de nombreux morts (ST, 27/05/09). Outre les atrocités commises par l'Armée de résistance du Seigneur (ARS), l'Equatoria occidental subit une insécurité croissante : les Ambororo, nomades arabes venus du Tchad dont les troupeaux détruisent les récoltes,n'hésitent pas à tirer sur les fermiers qui se plaignent des dégradations.
Le Révérend Daniel Deng BulYak, archevêque de l'Église épiscopale du Soudan, dénonce la multiplication des conflits et s'inquiète pour l'avenir du CPA. La « prolifération des armes modernes a transformé les conflits tribaux traditionnels pour des questions de pâturages en véritables bains de sang qui ruinent aujourd'hui l'unité du Sud et le CPA. On fait état de rumeurs concernant des camions chargés d'armes qui quittent Juba pour alimenter le conflit dans l'Equatoria central. Ces querelles ancestrales sont attisées délibérément au détriment de la paix et de l'unité du peuple. L'origine des tensions reste confusemais l'Église reçoit des informations selon lesquelles l'incitation à la violence, au réarmement et à la contrebande des armes est instrumentalisée par les ennemis du CPA. » (Episcopal Church of Sudan, 04/05/09)
Riek Machar a annoncé le déploiement de troupes dans les zones de conflits des États de l'Equatoria central,de Jonglei et du Nil supérieur. Le gouvernement de l'Equatoria central a promis de poursuivre tous ceux qui participaient aux conflits entre ethnies Bari et Mundari. Un responsable du Congrès populaire (CP) a démenti l’implication de Khartoum. Une conférence pour la réconciliation entre Lou Nuer et Murlé a permis de rétablir une situation normale dans les comtés d'Akobo et de Pibor (État de Jonglei),après que 3000 personnes aient été déplacées (Miraya FM, 13/05/09).
Près de la ville de Meiramau Sud-Kordofan,3000 cavaliers et combattants transportés par 35 ont fait une centaine demorts en attaquant les forces de sécurité envoyées pour empêcher de nouveaux conflits entre Misseriya et Rizeigat. Des civils et des policiers ont été tués. L'insécurité prédomine dans cette région frontalière du Darfour ravagé par la guerre et du Sud-Soudan où les tensions sont vives,quatre ans après la fin de la guerre.Depuis des années, les deux ethnies se battent pour l'accès à l'eau et aux pâturages,et le conflit est sans cesse alimenté par des livraisons d'armes. Les multiples tentatives de réconciliation sont restées vaines et la nomination récente d’Ali Haroun – homme de confiance de Béchir recherché par la CPI – au poste de gouverneur de l’État ne va sûrement rien arranger (www.rfi.fr 08/05/09 ;Thompson Reuters, 27/05/09).
Le rapporteur spécial de l'ONU sur les Droits de l'homme au Soudan, Sima Samar, s'est inquiétée de lamultiplication des foyers de violence inter-ethnique dans le Sud.Elle regrette que le système judiciaire soit peu performant par manque de policiers, juges et avocats qualifiés (ST, 06/06/09).
Recensement – Les résultats tant attendus du 5ème recensement national – le premier soi-disant complet pour le Sud depuis 1956 – ont été publiés le 21 mai. Le MLPS avait annoncé au préalable qu'il rejetterait ces chiffres en raison des difficultés rencontrées pars les enquêteurs :du 22 avril au 6 mai 2008, ils ont dû affronter de nombreux obstacles dans le Sud, au Sud-Kordofan et au Darfour, où les forces rebelles ont demandé son report jusqu'à la fin du conflit. Dans le Sud, ils n’ont pu accéder à de nombreuses régions du fait de leur éloignement, des intempéries et d'un réseau routier défectueux.
La population nationale est estimée à 39 154 490 personnes dont 8 260 490 au Sud, soit 21%de l’effectif total.5 074 321 personnes vivent dans l’État de Khartoum, suivi du Sud-Darfour avec 4 039 594 habitants. L'État d'Al Jazeera arrive en troisième position avec 3 575 280 âmes, puis le Nord-Kordofan avec 2 920 992 habitants. 520 000 Sudistes vivraient dans le Nord.
Dans le Sud, l'État de Jonglei arrive en tête avec 1 358 602 habitants ; l'Equatoria Central en compte1 103 592, l'État deWarrap 972 928, le Nil Supérieur 964 353, l'Equatoria Oriental 906 126, le Bahr El-Ghazal 720 898, l'État des Lacs 675 730, L'Equatoria Occidental 619 029, l'État de l'Unité 588 801 et le Bahr El Ghazal occidental 333 431.
Salva Kiir ne veut pas tenir compte de ces chiffres pour le partage des richesses et du pouvoir défini par le CPA. Il estime que le Sud représente un tiers de la population nationale. L’année qui s’est écoulée entre le recensement et la publication officielle des résultats amène les Sudistes à penser qu'ils ont été grugés par un gouvernement peu fiable (ST, 22/05/09).
Scission au sein du Mouvement de libération du peuple soudanais (MLPS) – La réunion de 64 responsables politiques sudistes à Kenana du 1er au 3 avril a permis demesurer l’ampleur des divisions au sein duMLPS,vivement critiqué pour sa gestion calamiteuse.On y a souligné ses positions ambiguës sur le mandat d'arrêt de la CPI contre Béchir, la question du pouvoir exercé par le Sud au niveau national et le délicat problème du référendum de 2011 sur l'indépendance. Tous ces points ont révélé de profondes divisions au sein des cercles politiques sudistes. Dans leur déclaration finale, les participants parlent d’une « situation qui se dégrade constamment aux niveaux administratif, sécuritaire et politique depuis que le Sud a acquis son autonomie le 9 janvier 2005 ». Le MLPS s’est vu reprocher de ne pas tenir compte des avis externes au mouvement,même si sa légi- Sud-Soudan, Monts Nouba Vigilance Soudan - N°154 - mai-juin 2009 7 timité à conduire les affaires au cours de cette période transitoire après avoir mené la lutte depuis l'indépendance a été reconnue. Sa brutalité est critiquée : la population, qui refuse de se soumettre aux diktats d’un gouvernement fondé sur la peur, attend des autorités qu'elles lui offrent la sécurité, un état de droit et des services fiables (ST, 6/4/09).
Lam Akol, l’ancien ministre sudiste des affaires étrangères dans le gouvernement d'unité nationale, vient de fonder son parti d'opposition, le MLPS-Changement démocratique (MLPS-DC). Écarté de son poste par Béchir en 2007 à la demande de Salva Kiirmais connu pour son opportunisme, Lam Akol attendait de prendre sa revanche. Il se présente comme un recours face à un parti « en faillite qui sombre dans l'abîme ».Cette scission,annoncée depuis longtemps,est la première depuis 2005.Elle révèle au grand jour les dissensions jusqu'ici contenues qui agitent le MLPS sur de nombreux points – la sécurité, le récent remaniement au sein du GoSS, la direction de l'ALPS, les divergences sur les résultats du recensement –, ce qui signifie que la situation est grave et peut nuire au CPA déjà affaibli. Khartoum n'est sans doute pas étranger à la création de ce nouveau parti,même s'il n'y a pas directement contribué. Sa stratégie a toujours été de « diviser pour régner ». Sima Samar, rapporteur spécial de l'ONU, et Derek Plumbly, responsable de la commission sur la progression et l'évaluation du CPA, ont clairement reconnu que « rien n'était plus comme avant ».
Protection de l’enfance – Le vote de la loi sur la protection de l'enfance reconnaît aux enfants le droit à l'éducation, à la santé, à l'information et à la protection contre les abus, le manque de soins et l'exploitation. Une commission spéciale sera chargée d'enquêter sur les violations de ces droits que le gouvernement s’engage à reconnaître, respecter et protéger.Les parents doivent déclarer les naissances, protéger leurs enfants contre toute forme d'abus, de discrimination ou de violence, leur fournir les soins et la protection nécessaires et leur garantir une éducation scolaire à plein temps. Réciproquement, les enfants ont le devoir de respecter leurs parents, leurs supérieurs et les personnes âgées, servir la communauté, renforcer la solidarité nationale et sociale, défendre les valeurs positives de la société et maintenir des liens positifs avec leurs concitoyens. Il est interdit de recruter et d'utiliser des enfants pour combattre,de les torturer ou de leur faire subir des traitements inhumains, y compris des châtiments corporels dans les écoles, les prisons ou les institutions publiques,de les contraindre à des mariages forcés, à la prostitution et à la pornographie. Les enfants demoins de 12 ans ne pourront pas être poursuivis pour activité criminelle ni emprisonnés. Un système de justice réparatrice seramis en place pour ceux qui ont plus de 12 ans et sont poursuivis pour divers délits,afin de favoriser la réconciliation, la restitution et la réparation sans les priver de leur liberté. La loi prévoit la prise en charge des orphelins par la communauté dans des familles d'accueil.Les victimes d'abus,de violences,demauvais traitements et d'exploitation ont droit à être soignées et réhabilitées (ST, 09/04/09).
LesMonts Nouba – L'expulsion de six ONG du Nord crée des tensions propices à la reprise de conflits et affecte gravement la population des Monts Nuba. La mortalité féminine et infantile augmente par manque de soins et d'ambulances, les employés humanitaires licenciés se retrouvent sans ressources pour nourrir leurs familles. Le MLPS desMonts Nouba souligne l'incohérence de la décision du gouvernement central où siègent des Sudistes, même s’il apprécie que Kiir ait proposé aux ONG expulsées de s'installer dans le Sud et d'opérer à partir de là.Oubliés de la guerre civile qui a opposé Nord et Sud pendant 50 ans, les Nouba sont abandonnés par le GoS depuis 2005 et une administration parallèle a dû semettre en place pour leur venir en aide (ST, 07/04/09).
Le Soudan ayant autorisé le 11 juin le retour au Darfour de certaines ONG occidentales expulsées en mars, elles vont pouvoir reprendre leurs activités et les étendre probablement à l'ensemble du Nord, y compris aux Monts Nouba. Ngundeng Bong, prophète Nuer – Le Britannique Douglas Johnson, qui a publié une histoire des prophéties faites aux XIXe et XXe siècles dans le Nil Supérieur, vient de remettre au Sud le sceptre de Ngundeng Bong. Après avoir assassiné son fils Guek Ngundeng, des soldats britanniques l’avaient dérobé en 1929 à Bieh, sa ville natale. Johnson l’a racheté en 1999 à une famille d’anciens colons pour le restituer à ses descendants. Les petits-fils du prophète contestent les prétentions de RiekMachar à s'occuper du sceptre divin. Ils lui reprochent d’avoir politisé la culture Nuer et d’en refuser les signes identitaires : en 1987, il s'est opposé à la scarification et à l'arrachage des incisives dans le Nil supérieur, deux éléments majeurs de la culture Nuer. Selon leur porte-parole James Thiciot, il n'a pas connu les rites de passage à l'âge adulte car il ne porte pas les scarifications distinctives sur son visage. Machar a promis que le sceptre rejoindrait les archives nationales du Sud dès qu'un lieu spécifique serait construit (ST, 19/5/09).
Santé – Lesmédecins de l'État des Lacs sont en grève depuis le 2 juin pour protester contre le non-paiement de leurs salaires par le GoSS depuis octobre 2008, et ils menacent d’étendre ce mouvement à tout le Sud-Soudan. Ils regrettent que leministère de la Santé de l'État des Lacs n'ait pas pris en compte leurs revendications depuis des mois alors qu'ils lui demandaient de faire remonter leurs griefs au plus haut niveau jusqu’à Juba (ST, 08/06/09).
Armée de résistance du Seigneur (ARS) – L'ARS sévit toujours en Equatoria occidental,pillant etmassacrant des villageois et jetant sur les routes des milliers de déplacés qui cherchent refuge à Yambio. L’entreprisemilitaire lancée le 14 décembre 2008 contre les bases de cemouvement par l'armée ougandaise,avec le soutien de l'ALPS et de l'armée congolaise, a échoué. Des dizaines de jeunes ont répondu à un décret du gouverneur de l'État incitant les civils à se défendre contre les attaques de l'ARS. Ils se sont engagés dans des milices équipées seulement d'armes traditionnelles, notamment d'arcs et de flèches empoisonnées, d'où leur surnom de « arrow boys ». Ils se déplacent de nuit en des lieux où l'armée ne pourrait pénétrer. Postés par groupes de 35 dans 18 localités des comtés deMaridi, ils agissent indépendamment de l'ALPS. Ils ont chassé l'ARS du village d'Andari et tué trois rebelles le 12 mars, et sont intervenus le 28 mars dans le comté Nzara.Cependant, l'ARS continue de terroriser les populations en les empêchant de cultiver leurs terres. Dans le comté d'Ibba, des centaines de déplacés survivent sous les manguiers avec très peu de nourriture, sans eau potable ni toilettes. Depuis février, 1 300 personnes provenant du groupe de villages de Nambia, pillé par l'ARS qui a enlevé plusieurs enfants, auraient gagné le village d'Ibba. (UNMIS, mai 2009). Début juin, 1 800 personnes futant la République démocratique du Congo se seraient réfugiées au Sud-Soudan (Irinews, 10/06/09).
Elias |