Numéro 154 - Mai - Juin 2009

DROITS DE L'HOMME…

Expulsion d'un journaliste – Le Tunisien Zouhir Latif, réfugié politique en Grande-Bretagne, vivait depuis deux ans à Khartoum et couvrait le conflit du Darfour.Arrêté pour « avoir dépassé son mandat », il a été expulsé au bout de 48 heures.
Zouhir Latif s"était rendu au Soudan pour pallier à l′absence presque totale de couverture du conflit par les médias et ONG arabes. Bien qu′il ait été soumis comme tout lemonde aux tracasseries administratives pour obtenir la permission de se rendre au Darfour, les autorités ont d′abord vu d′un bon oeil la présence d'un « journaliste arabe » qu'elles considéraient comme un « cousin ».Contrairement à ses collègues occidentaux qui se rendent au Darfour à partir du Tchad, il y est allé depuis Khartoumet est entré en contact avec presque tous les rebelles, tant soudanais que tchadiens. Il a pu montrer qu'une bonne partie de ces derniers vivant sur le territoire soudanais est appuyée par Khartoum et que tous les Soudanais arabes ne soutiennent pas le régime de Béchir. Il est resté trois semaines dans la ville de Mouhajirya lors des combats entre l′armée soudanaise et le MJE, a filmé plusieurs massacres et révélé que l′aviation militaire soudanaise ne ciblait pas seulement les rebellesmais aussi les civils.Au fil de ses articles, il a commencé à gêner le GoS qui, sous un faux prétexte, l'a arrêté puis expulsé (Tribune des droits humains,mars 2009).

Harcèlement des étudiants
– Le Front du peuple uni et le Conseil central des étudiants ont émis un communiqué suite à l′inculpation du président Béchir par la CPI. Après avoir rappelé la triste histoire du Soudan depuis son indépendance en 1956 et dénoncé la politique de la dictature militaire au pouvoir depuis 1989, qui rêve « de faire du Soudan le plus grand bastion fondamentaliste islamiste d′Afrique et dumonde arabe », cesmouvements déclarent que « depuis l′émission du mandat d′arrêt contre Béchir, son parti, le Congrès national, est politiquement déboussolé, il s′est installé dans les universités avec des dispositifs de sécurité et des milices lourdement armées dans le but complètement inutile de faire taire la voix des étudiants qui appellent de plus en plus fort Béchir à se rendre à la Cour pénale internationale et à répondre aux accusations dont il est l′objet. » Le CN attaque les étudiants dans toutes les universités, certains sont battus et arrêtés de manière arbitraire (ST, mars 2009).

Émeutes à Khartoum
après la pendaison de neuf Darfouri – Cinq experts auprès des Nations Unies ont fermement condamné leur exécution. Membres de la tribu des Four, les condamnés portaient des signes visibles de torture lors de leur passage devant le tribunal qui les a reconnus coupables, en novembre 2007, de l′assassinat de Mohamed Taha Mohamed Ahmed, le rédacteur en chef du journal Al Wifaq décapité un an plus tôt. Il avait publié des reportages minimisant les viols au Darfour et dépeignant les femmes darfouri sous un jour peu flatteur,mais il avait aussi irrité les islamistes par ses écrits sur le prophète Mahomet et ses critiques contre le parti du Congrès national. Près de 5000 personnes ont défilé lors des obsèques des condamnés. Certaines scandaient des slogans en faveur des rebelles de l'ALS/AWN.Malgré une importante présence policière, troismagasins et une dizaine de véhicules ont été incendiés et d′autres ont été endommagés (AFP, 12/04/09 ; Reuters, 14/04/09 ; NU-NewYork, 17/04/09).

Condamnations à mort
– Début juin, un tribunal d'exception a condamné 12 rebelles duMouvement pour la justice et l'égalité (MJE) à la peine capitale, portant à 103 le nombre des condamnés à mort pour l′attaque de la capitale enmai 2008.Parmi ces hommes faits prisonniers lors de la bataille d'Omdurman, 50 ont été jugés en juillet et août 2008, 32 en avril 2009 et 9 en mai.. Selon le porte-parole du MJE, ils sont détenus dans des prisons secrètes de la Sécurité nationale où ils subissent un traitement épouvantable. « Jusqu'à 8 détenus sont enfermés dans des cellules de 2 m sur 1,5 m, prévues pour un seul homme ; elles sont mal aérées et un seul détenu à la fois peut dormir. La nourriture est infecte et l′eau à boire sale. Il en résulte de graves problèmes de santé, comme par exemple des infections rénales. » Dans une lettre publiée le 4 juin, leMJE précise que « des prisonniers ont été torturés par des chocs électriques, des coups de fouet et des barres de fer, des morsures de chiens et d'autres formes de mauvais traitements. » Des avocats soudanais et des militants des Droits de l′Homme affirment que les procès se sont déroulés de façon inique, les accusés n′ayant pas vu d′avocat avant de comparaître et ayant été forcés d′avouer sous la torture.
Cette forme d'aveu est admise au Soudan par l′article 106 de la loi sur les preuves,qui indique que « une preuve n′est pas refusée seulement pour avoir été obtenue par des moyens douteux, si le tribunal considère que ces moyens sont indépendants et recevables ».Amnesty International rappelle que les tribunaux spéciaux qui ont jugé ces hommes avaient été supprimés par une loi de 2001 et qu'ils contreviennent donc aux dispositions de la Constitution provisoire de 2005. Pendant la période qui a suivi l′attaque demai 2008,des compte-rendus ont fait état d′arrestations arbitraires, d′exécutions extrajudiciaires, d′exécutions sommaires, de procédures judiciaires discutables,de violences racistes et de restrictions de la liberté de la presse, tout ceci imputable à la Sécurité Nationale (ST, avril 2009 ,minuad, 20/05/09, 04/06/09).

Viols – Les réfugiées darfouri au Tchad vivent sous la menace permanente de viol, selon une enquête menée en 2008 auprès de 88 femmes dans le camp de Farchana. Situé à 55 km de la frontière, ce dernier abrite 20 000 déplacés sous la garde de 2000 soldats tchadiens.
Parmi les femmes rencontrées, 29 ont subi un viol – 17 au Darfour, 15 au Tchad – trois ont été violées deux fois et cinq ont assisté à des viols collectifs. Les auteurs de ces forfaits sont rarement poursuivis ni dénoncés, les victimes craignant d'être exclues par leur communauté et pourchassées par le gouvernement.
Entre octobre 2004 et février 2005, Médecins sans Frontières a traité 500 victimes de viols au sud et à l'ouest du Darfour et,en 2007, le Haut commissariat aux réfugiés a recueilli 52 témoignages dans 12 camps au Tchad – chiffre qu'il estimait manifestement sous-évalué. Le Dr. Lin Piwowarczyk déclare : « Toutes celles que nous avons interviewé sont dans un état profond de grande souffrance.À cause des souvenirs de ce qui leur est arrivé au Darfour, et pendant leur fuite du Darfour. À cause des problèmes continuels dans les camps où elles vivent, comme les tentatives d′intimidation, les violences sexuelles lorsqu′elles sortent du camp pour aller ramasser du bois destiné à la cuisson des aliments, les agressions physiques, l′insécurité alimentaire, les soucis liés aux enfants et l'impossibilité de les inscrire à l'école. » (ST,mai 2009 ; Presse canadienne, 31/05/09).

Rapporteur spécial des Droits de l'homme – Créé en 2005, lemandat du rapporteur spécial des NU sur les droits de l'homme au Soudan n'avait été reconduit que pour sixmois en janvier, sous la pression de Khartoum. Le Conseil des droits de l'homme a nommé un expert indépendant à une très courte majorité – 20 pour, 18 contre et 9 abstentions. Les pays africains se sont divisés, les paysmusulmans votant contre, les autres se réfugiant dans l'abstention (AFP, 18/06/09).

Rigel

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