ALS/AWN: Armée de libération du Soudan (Abd elWahid el Nour) ; ALS/Khamis Abdullah Abakr ;
ALS/MM : Armée de libération du Soudan (Minni Minawi) ;
FRU : Mouvement de la résistance unie (Abu Gharda) ; MJE : Mouvement pour la justice et l’égalité (Khalil Ibrahim) ;
UFR : Union des forces de la résistance (rebelles tchadiens de Timane Erdimi) ;
Cour pénale internationale (CPI) – Bahr Idriss Abu Gharda, accusé de crimes de guerre liés à l’attaque d’Hashkanita, où 12 Casques bleus ont trouvé la mort en septembre 2007, se présente volontairement devant la CPI. Sa défense restemuette pendant l’audiencemais le chef du FRU affirme son innocence dans la conférence de presse qui suit la comparution, ce que VS avait envisagé. L’audience de confirmation est prévue le 12 octobre (ST, 21/04/09 ; 18/05/09). Réunis le 9 juin à Addis Abeba, les ministres de la justice des pays africains membres de la CPI ont refusé de quitter cette institution. Avec une quarantaines de personnalités, les prix Nobel de la Paix Wangari Maathai et Desmond Tutu ont interpellé les chefs d’État de l’Union africaine réunis au sommet dans cette même ville, le 25 juin : « profondément préoccupés par la violence, le déplacement et la répression au Soudan », ils les exhortent à soutenir la CPI. Convaincus que « la population du Darfourmérite plus que les chefs de guerre qui se pardonnent entre eux la violence – y compris la violence sexuelle brutale – qu’ils ont perpétrée principalement contre les femmes, les enfants et les autres non combattants », ils s’avouent « profondément découragés par la réponse du gouvernement du Soudan à la décision de la CPI rendue le 4 mars 2009 de lancer un mandat d’arrêt » contre Béchir. (www.operationspaix.net : juin ; afrik-com 25/06/09).
Doha – Les deux principaux groupes rebelles, l’ALS d’AbdelWahid el Nour et le MJE de Khalil Ibrahim, ne croient pas aux promesses de justice faites par Béchir.Rodolphe Adada, chef de laMinuad,etMinni Minawi, président de l’Autorité régionale de transition au Darfour, ayant annoncé le 8 avril qu’ils allaient renforcer leur mécanisme de liaison, leMJE rétorque que 90%des effectifs de l’ALS/MMont rejoint ses rangs.Khalil Ibrahimaffirme à Djibril Bassolé,médiateur conjoint ONU/UA, qu’il ne reprendra pas les négociations si le GoS ne tient pas les engagements pris en février et ne revient pas sur l’expulsion des ONG. Toutefois, malgré la reprise des combats autour d’Umm Baru, le porte-parole du MJE annonce la libération de 50 prisonniers dans le cadre des pourparlers de Doha.Avec celui de Minni Minawi, quatre autres micro-groupes nés par scission des précédents – Khamis Abdullah Abakr, Bahr Idriss Abu Gharda, Idriss Azrag ainsi que l’ALS/Juba – décident au contraire de faire délégation commune. Revenu discuter avec lesmédiateurs qataris, le représentant duMJE déclare le 21 juin que « le gouvernement n’est pas sérieux sur la question de la paix ». Il n’a pris aucune décision stratégique et ne veut qu’une seule chose : « un cessez-le-feu pour pouvoir poursuivre ses autres objectifs au Soudan et au Darfour. » (www.operationspaix.net : avril,mai, juin ; AFP 21/06/09).
Minuad – La Minuad, déployée à 67 % le 1er avril, a reçu depuis le renfort de 500 Bengalis, d’une cinquantaine de Sierra Leonais, d’une quarantaine de Jordaniens et de 140 Zambiens. Le 30mai, le Sud-Africain Mbutyana Duma Umisani a remplacé au poste de commandant adjoint le Rwandais Emmanuel Karenzi, inculpé par le juge espagnol Fernando Andreu Merelles pour « crimes de guerre, crimes contre l’humanité,génocide » commis entre 1992 et 2002 en République démocratique du Congo. Le 19 avril,un incendie a ravagé le quartier général de laMinuad à El- Fasher : les dégâts matériels sont évalués à 5 millions de dollars. Le 7 mai,des bandits ont tué un Casque bleu et volé son véhicule près de Nyala (Sud-Darfour) ; le 12, trois policiers soudanais tombaient au même endroit et un quatrième était blessé. Le 9 juin,Henry Aniyodo, représentant spécial adjoint de la Minuad, s’est rendu au village de Donki Dreisa où 1500 déplacés sont récemment revenus. Selon les déclarations du général Rodolphe Adada devant le Conseil de sécurité, le conflit est entré dans une phase de « basse intensité » mais il est du type « tous contre tous », et le processus politique est complètement gelé (www.operationspaix.net : avril, mai, juin ; ST, 17/05/09).
Soudan/Tchad/MJE – Entre le Soudan et le Tchad, la guerre n’en finit jamais. Khartoum soutient Timane Erdimi et la nouvelle alliance de l’UFR qu’il a constituée contre son cousin Idriss Déby ;Ndjamena aide le MJE de Khalil Ibrahim à devenir le premier mouvement armé du Darfour. Le bilan de chaque gouvernement est calamiteux. Pourquoi l’accord qu’ils ont signé à Doha le 4mai a-t-il volé en éclats deux jours plus tard ? Parce que, pour modifier à son avantage le rapport des forces sur le terrain, chacun devait attaquer avant la saison des pluies. L’armée tchadienne a stoppé les colonnes blindées de l’UFR au moment où le MJE affrontait les FAS et l’ALS/MM autour d’Umm Buru, à une centaine de kilomètres de la frontière. Idriss Déby a menacé de rompre les relations diplomatiques et de coopérer avec la CPI sur les accusations de crimes de guerre au Darfour ; le ministre soudanais de la Défense a accusé le MJE de planifier une attaque contre El Fasher avec l’appui du Tchad. Le 18 mai, son homologue tchadien justifiait les raids aériens et terrestres contre « les nids de rebelles » par un « droit de poursuite » dans le territoire soudanais : ils ont permis de détruire sept points de recrutement et de faire une centaine de prisonniers. Le gouverneur du Nord-Darfour accusait le MJE d’avoir pris Kornoi avec l’appui de l’armée tchadienne ;pour soulager ses positions autour d’UmmBuru, le même MJE attaquait une base des FAS et prenait en partie le contrôle de la ville avant de s’en retirer, faisant 20 morts parmi les soldats et 43 parmi les rebelles. Le 3 juin, les FAS bombardaient la localité voisine de Furawija, en visant spécifiquement les puits, ainsi que Bahai et Karyare au Tchad.Après avoir reçu Béchir à Tripoli pour la conférence au sommet de la Communauté des États sahélos-sahariens, Mouammar Kaddafi lançait un appel à la réconciliation entre les deux pays et Rodolphe Adada essayait,en juin,de convaincre Khalil Ibrahim qu’aucune solution militaire n’était envisageable. Le MJE revendique maintenant tout l’ouest du Soudan jusqu’au Nil, Omdurman incluse. Il envisage la création « d’États-Unis » qui inclueraient le Nil Bleu au sud et s’étendrait jusqu’à la Nubie au nord. Ses responsables font état de la défection par centaines de combattants de l’ALS/AWN et prédisent le regroupement prochain de tous les rebelles sous son égide– mais AbdelWahid el Nour les accuse de faire régner la terreur dans les camps de déplacés et d’enrôler de force les jeunes garçons. Les NU,en tout cas, imputent auMJE des « actionsmilitaires qui mettent directement en danger la vie des civils et sapent sérieusement les efforts pour parvenir à une solution pacifique » (http://english.aljazeera.net 04/09 ; www.operationspaix.net : avril, mai, juin ; Africa Report n° 149, 15/04/09 ; Le Monde, 10 et 11/05/09 ; www.parismatch. com : 15/05/09 ; Jeune Afrique, 10-16/05/09 ; Africa Confidential 18/05/09 ; ST, 6, 17, 18, 19, 20/05/09).
Aide humanitaire – Le 21 avril, Ban Ki Moon s’inquiète du sort des déplacés qui affluent autour d’El Fasher dans le camp de ZamZam,au Nord-Darfour : depuis février, près de 36 000 personnes dont 7000 enfants, en majorité Zaghawa, ont fui Muhajeriya et les villages alentour, au Sud-Darfour. Les ressources en eau, les abris et les équipements sanitaires de base (latrines communes) sont notoirement insuffisants (ST, 22/04/09). Le 24 avril, l’ambassadeur du Soudan aux NU affirme que les 16 ONG expulsées en mars n’assuraient que 4,7 % de l’aide humanitaire. En réalité,elles en délivraient près de lamoitié aux quelque 4,7millions de personnes qui en ont besoin, selon les estimations les plus crédibles. Le conseiller présidentiel Nafie Ali Nafie, reçu à Paris par une délégation franco-britannique pour « normaliser les relations avec l’Occident »,déclare qu’elles «oeuvraient contre les intérêts du pays ». Le 30 avril, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des NU indique que 10 des 13 centres thérapeutiques d’alimentation sont opérationnels mais doivent d’urgence reconstituer leurs stocks. Au terme d’une visite de cinq jours, John Holmes, secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires des NU, reconnaît que la plupart des services ont repris sous une forme réduite ; il précise que les ONG encore présentes au Darfour et au Sud n’ont pu se préparer comme elles l’auraient souhaité avant la saison des pluies,et obtient qu’elles puissent étendre leurs opérations grâce à « unmécanisme de surveillance efficace aux niveaux provincial, national et international » et « un système renforcé de distribution »,acceptés par le gouvernement. Le 14 juin, celui-ci dit avoir enregistré des ONG affiliées mais distinctes de celles expulsées en mars, comme Mercy Corps Écosse, Care International Foundation et Save The Children Suède. (Xinhuanet 16/04/09 ; ST, 21 et 22/04/09 ; AFP 23/04/09). Le HCR lance un programme d’identification auprès des quelque 100 000 adultes Darfouri réfugiés au Tchad pour leur fournir un « passeport de réfugié » qui leur donnera accès à plusieurs services et leur permettra de circuler librement.
Aide alimentaire – En 2008, le Programme alimentairemondial a secouru 3,7 millions de personnes au Darfour, sur une population estimée à 6 millions. Les trois principaux groupes concernés sont les déplacés vivant dans les camps (2 millions en 2006) ou accueillis par d’autres communautés et les populations rurales non déplacées. La délivrance de l’aide est tributaire de trois structures parallèles – l’administration locale, l’administration tribale et les organisations humanitaires – qui ont des liens entre elles et avec les comités d’aide alimentaire (CAA) chargés de la distribution. Dans les principaux camps, l’enregistrement des bénéficiaires et l’attribution de cartes d’approvisionnement sont contrôlés par les sheikh.Mais alors qu’au village, le sheikh appartenait au monde des gouvernants, dans les camps il n’est plus qu’un organisateur et voit son autorité concurrencée par d’autres leaders plus jeunes,mieux éduqués et plus politisés. Dans le Darfour-Ouest par exemple, le leadership de Zalingei,Mornei ou Geneina est tenu par les familles des chefs rebelles. En revanche, dans les camps plus petits, ou quand les déplacés vivent dans des villes ou de gros bourgs, le leadership traditionnel subsiste et entretient des liens forts avec l’administration civile : ainsi, à Ardamatta et Kerenik, toujours dans le Darfour-Ouest, des individus proches du gouvernement dirigent le camp et le CAA. L’aide alimentaire est inséparable de la sécurité et de la protection,et elle se doit d’être impartiale.C’est particulièrement important au Darfour, où favoriser un groupe contre un autre ne ferait qu’exacerber le conflit. Mais cela peut conduire à distribuer de la nourriture aux agresseurs potentiels – nomades et rebelles – pour prévenir les attaques contre les convois. Depuis 2004, les éleveurs arabes pétitionnent régulièrement pour être inclus dans la distribution, et ils ont vraiment besoin de nourriture pour leurs écoles ou d’eau pour leur bétail. Les alentours d’Um Kumya, au Sud-Darfour, sont contrôlés par un des rebelles qui ont exigé d’être inscrits sur les listes pour laisser passer les camions. Détenir une carte d’alimentation ouvre droit à tous les autres programmes humanitaires.Or, la délivrance de l’aide alimentaire repose en premier lieu sur l’enregistrement fait en 2005, en second lieu sur le statut (déplacé, résident, réfugié, retourné,nomade),pas sur le besoin. Il est très difficile demodifier cet état de fait, le « droit à la nourriture » des déplacés étant devenu un signe de leur identité, indissociable de leur revendication d’une protection plus générale. Pourtant, il existe des différences significatives dans le degré demalnutrition et de sécurité alimentaire entre les trois États du Darfour, comme il en existe entre les camps installés près des villes et les camps situés dans un environnement rural. (HelenYoung, Daniel Maxwell, Targeting in Complex Emergencies : Darfur Case Study, Feinstein International Center, 04/09).
Appartenons-nous au Soudan ? Cette question, un villageois d’Ain Siro (Nord-Darfour)membre de l’ALS/AWN l’a posée au panel constitué par l’UA – il comprend les anciens présidents de l’Afrique du Sud, du Burundi et du Nigeria ainsi que deux éminents juristes zambien et nigerian.La question se rapportait aux élections :bien des Darfouri déplacés, réfugiés ou vivant dans des zones tenues par les rebelles n’ont pas été recensés et ils n’ont aucune chance de voir reconnus leurs droits civiques ni leur qualité d’électeurs.Mais le statut du Darfour au sein du Soudan ne se pose pas seulement en termes de représentation politique, il touche aux services essentiels et à la répartition des richesses sur une base équitable. Les villageois veulent que la communauté internationale leur rende justice pleine et entière. Ils se montrent critiques envers l’UA et ses contorsions sur la CPI ; ils demandent aussi que leurs droits élémentaires soient reconnus. Les leaders d’Ain Siro disent savoir comment se réconcilier avec leurs ennemis et n’avoir pas besoin de conseils. Ils en donnent pour exemple lamanière heureuse dont a pris fin le conflit qui les opposait à leurs voisins arabes : « nous ne sommes pas hostiles aux Arabes. Nous avons cherché à comprendre nos voisins arabes.Nous voulions démentir la propagande du gouvernement qui réduit la guerre du Darfour à un conflit entre tribus. Les Arabes ont été nos ennemis dans un passé récent, quand le gouvernement les a armés contre nous. Nous avons été victimes d’incendies, de meurtres, de viols.Mais qui les poussait à cela, sinon le gouvernement ? » Ils avaient besoin de pâtures et d’eau pour leur bétail, les deux communautés se sont entendues pour partager les ressources et ont laissé le passé derrière elles. Le directeur du Darfour-Darfour Dialogue assure que les chefs du village sont arrivés à souder ensemble les hommes et les femmes, les jeunes et les anciens.Mais tous ont des besoins et leur satisfaction ne peut attendre la paix. Ain Siro a été presque entièrement détruit en 2004. Aujourd’hui, le village est en grande partie reconstruit et des services modestes sont assurés sur une base volontaire. L’école et la clinique devraient être soutenues, l’alimentation en eau, l’agriculture et les soins vétérinaires devraient être renforcés. La seule manière, pour le gouvernement, de prouver qu’il recherche sérieusement la paix serait qu’il s’engage dans la reconstruction et le développement à long terme du Darfour tout entier (d’après Alex De Waal, www.ssrc.org/blogs/darfur/2009/06/16). |