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Numéro 153 - Mars - Avril 2009
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SUD-SOUDAN et ABYEI
Insécurité – Une insécurité de grande ampleur, apparemment inter-tribale, a sévi ces dernières semaines et menacé davantage l'application du CPA. Mal organisée, décentralisée, la campagne de désarmement lancée le 1 er juin 2008 avant que la commission de sécurité n'obtienne un mandat légal pour la coordonner n'a pas bénéficié d'un soutien énergique du GoSS et elle n'a pas porté ses fruits. Sa mise en place s'est faite sans conviction et ses résultats sont peu convaincants, cinq des dix États du Sud ayant refusé de s'y soumettre. Comme la procédure se voulait non-violente en raison de moyens de contrôle insuffisants, de nombreux dérapages ont eu lieu et fait de nombreuses victimes, comme dans l'État des Lacs où les soldats de l'ALPS se sont adonnés à des pillages. L'armée sudiste a fait preuve de carences notables en matière de discipline, d'entraînement, de respect de la loi et des procédures de commandement et de contrôle. Malakal a été le théâtre de violents combats le 24 février, lors du retour inopiné de Gabriel Tanginya, interdit de séjour dans le Sud et sous le coup d'un mandat d'arrêt émis par Salva Kiir à la suite de violences ayant fait 150 morts à Malakal en 2006. Il est décrit comme un opportuniste qui, pour se venger de n'avoir pas pu obtenir une série de promotions, aurait déclenché cette tuerie avant de se réfugier à Khartoum, préférant prendre le grade de major-général dans l'armée du Nord plutôt que de rejoindre l'ALPS. Dès son arrivée tenue secrète, le 23 février, l'ALPS et la Minus lui ont demandé de partir, ce à quoi il s'est refusé. Il y a eu 57 morts dont 26 civils, 15 soldats de l'ALPS et 16 soldats de l'armée nationale, 94 blessés dont 21 civils. Certains pensent que Khartoum a voulu provoquer ces combats en envoyant Tanginya afin de semer la zizanie dans le Sud, perturber les élections générales de juillet prochain et torpiller le CPA (ST 03/03). Il est urgent de remplacer les unités intégrées jointes (UIJ) préconisées par le CPA par des forces nouvelles et non impliquées dans les récents combats. Une enquête rigoureuse doit être menée et les parties se soumettre aux conclusions du rapport qui en résultera. La commission de sécurité du Sud demande que Tanginya soit poursuivi et exige des explications sur les raisons pour lesquelles il s'est rendu à Malakal sans prévenir les autorités et les forces armées qui y étaient basées. Elle va redemander le déploiement de nouvelles UIJ dans des casernes à plus de 5 km de Malakal, celles qui ont participé aux combats devant quittant l'État. D'autres mesures préconisent la rencontre du CN et du MLPS à Malakal pour étudier les aspects concernant la sécurité et les moyens de compenser les pertes subies dans les secteurs privés et publics. Il faut aussi se demander qui a tiré les ficelles de cette provocation, aussi bien depuis Khartoum que Juba.
Pibor – Selon le commissaire du comté de Pibor, Akot Mazi, les combats entre Murle et Lou-Nuer à propos de vols de bétail ont fait 453 tués, 106 disparus et 20 blessés chez les Murle. Des incendies ont détruit 17 centres administratifs ( bomas ), 600 000 têtes de bétail ont été volées et près de 10 000 personnes déplacées. Les Lou-Nuer auraient attaqué les Murle sur leur territoire en les accusant d'avoir mené des raids dans les comtés d'Urrol et d'Aboko entre le 2 janvier et le 13 février, tué 40 personnes et volé 50 000 bêtes. Une équipe de sécurité venue de l'État de Jonglei a pu voir de nombreux cadavres et les villages désertés. Le bétail constitue un atout essentiel dans le quotidien des communautés de Jonglei et son vol est la première cause de nombreux conflits depuis l'Accord de paix de 2005. Cependant, on n'a jamais vu un nombre aussi élevé de morts (plus de 750 selon les derniers chiffres) dans un seul accrochage de ce type depuis 1991. Il ne reste plus rien du village de Lekwangole dont les habitants ont été massacrés ou enlevés. Le GoSS a tenté de désarmer les communautés depuis 2006 mais il n'a pas réussi à arrêter les conflits et semble incapable de juguler la violence. On peut se demander d'où proviennent les armes utilisées, qui a intérêt à monter les communautés les unes contre les autres pour déstabiliser la région et pourquoi l'ALPS a laissé faire. Cela risque d'inciter les populations à se défendre elles-mêmes et laisse présager une escalade de la violence qui jouerait en faveur de Khartoum. La confiance dans le CPA est en vif déclin, la méfiance entre forces armées antagonistes censées cohabiter s'exprime de plus en plus par les armes et l'échec de l'accord de paix avec l'ARS n'ont guère été des conditions propices à la campagne de désarmement (ST 18/03).
Abyei – Le Parlement du Sud a voté des résolutions sur Abyei afin de les faire appliquer par la présidence nationale. Il s'agit notamment de l'aide au retour des déplacés et de l'octroi à Abyei des 2 % des revenus pétroliers prévus par le CPA, un point sur lequel l'administrateur d'Abyei devrait s'expliquer. Le ministre des Affaires présidentielles a été prié de tenir le Parlement informé de la situation et des efforts fournis par l'administration pour venir en aide aux déplacés. Abyei est soumis à une feuille de route et le tracé de la frontière est encore à l'étude par la cour permanente d'arbitrage à la Haye. Ce territoire est convoité par le Nord et le Sud et, par conséquent ,le centre de tensions extrêmes qui pourraient dégénérer et remettre en question les timides progrès du CPA. Son avenir demeure un enjeu national et il a été rappelé aux Sudistes de rester vigilants afin de le maintenir dans le Sud. L'élite issue d'Abyei est appelée à rencontrer et à informer les habitants qui n'ont jamais eu le droit de se prononcer sur le statut de leur territoire (ST 11/03). Le MLPS a décidé que tous les comtés devraient bénéficier équitablement du fond de développement aux circonscriptions ( Consituency Development Fund , CDF), une instance propre aux pays de la corne de l'Afrique gérée par le Kenya. Ce fond bénéficie d'un budget de 141 millions de livres soudanaises pour aider des projets locaux sous le contrôle des législateurs, la question étant de savoir si un comté peut recevoir autant que son voisin s'il a moins de représentants. Il est important de développer des projets de résolution de conflits inter-tribaux ainsi que des programmes de désarmement alors que les armes légères foisonnent dans la région. Le bureau pour la sécurité et le contrôle des armes légères existe dans le Sud depuis août 2008 Il a permis de récupérer 5.200 armes dans les États de Jonglei et du Bahr al Ghazal mais son budget de 5,4 millions de livres soudanaises a été réduit de moitié en raison du déficit pétrolier (ST 26/03).
Réfugiés – Devant l'insécurité générale, plusieurs convois transportant au total 1 000 réfugiés en provenance de l'Ouganda ont récemment été annulés. L'Organisation internationale des migrations estime que près de 1 ,7 million de réfugiés sont rentrés depuis le CPA mais que les crises actuelles, notamment à Malakal, Jonglei et Pibor, envoient des signes négatifs à ceux qui hésitent à rentrer tant que les conditions de sécurité minimum ne sont pas réunies. En effet, de janvier à novembre 2008, 187 000 personnes ont été déplacées par les conflits inter-tribaux au Sud – chiffre à comparer avec les 310 000 déplacés dans la région du Darfour en proie à la guerre. En outre, l'ARS a provoqué la fuite de plus de 100 000 personnes dans les États de l'Equatoria central et occidental depuis décembre 2008. Quatre ans après la signature du CPA, ces faits ne reflètent guère une situation de paix et de reconstruction (IRIN 26/03).
Impact des décisions de la CPI sur l'application du CPA – La position du GoSS est ambiguë : il veut s'opposer à la décision de la CPI par des voies diplomatiques mais cherche à coopérer avec cette juridiction. S'il approuve en coulisses le mandat d'arrêt délivré contre Al Beshir, il craint la non-application du CPA et la reprise des hostilités avec le Nord (ST 07/03).
Corruption – Awut Dent Acuil, ministre du Travail, des Services publics et des Ressources humaines, rappelle que les responsables doivent mettre un terme à la corruption et développer une politique d'intégrité afin de gagner la confiance de la population. Son ministère a été créé après des détournements massifs de fonds publics dans le Sud. En avril 2008, il avait enregistré 14 000 affaires de corruption mais les coupables n'ont pas été poursuivis en raison de l'incompétence de la justice. Aujourd'hui , on se félicite que la situation ait changée puisque la loi anti-corruption a été votée. Awut prétend que 3,8 millions de livres soudanaises ont été récupérées dans un ministère l'an dernier, sans préciser lequel. C'est peu ! Les réformes du service public lancées à Bor indiquent la nouvelle direction prise par le GoSS : il s'agit de clarifier la situation et de distinguer les véritables employés des employés fictifs, les doubles emplois et les recrutements faits dans les milices après le CPA. L'argent du Sud ne doit aller qu'aux salaires dûs. L' É tat de Jonglei a donné l'exemple en 2008 en revoyant le statut de ses employés, récupérant ainsi des millions de livres soudanaises : 80 % des employés ont été congédiés car ils n'étaient pas enregistrés. Les gouverneurs se sont engagés à combattre les abus au niveau de chaque État. Le gouverneur de Jonglei, Kuol Manyang Juuk, a promis de réduire la main d'oeuvre de 16 % en renvoyant 1091 employés sans qualification. Il a menacé du même sort les hauts fonctionnaires incompétents et inefficaces de son administration. Il a promis d'engager de jeunes diplômés pour éviter les conflits. Il s'agit de pratiquer une politique qui privilégie la qualité à la quantité. Il est urgent de diminuer le personnel dans tous les ministères à Juba et d'abolir les barrières qui limitent l'échange d'experts entre les États (ST 07/03). La loi anti-corruption a été votée à l'unanimité par 89 députés avec le soutien du ministre des Affaires légales et du Développement constitutionnel, chargé d'appliquer la politique de tolérance zéro décidée par Salva Kiir en 2006. La loi donne pouvoir à une commission de responsables anti-corruption de pénétrer sans préavis dans les locaux des institutions gouvernementales afin d'enquêter sur les hauts responsables soupçonnés de détourner des fonds publics. Il a été demandé aux députés d'adopter une attitude exemplaire, et aux responsables et à leurs adjoints en charge de fonds, de se soumettre à un audit. Le problème demeure dans l'application des lois au-dessus desquelles les législateurs ont tendance à se placer. En réalité, on n'hésite pas à reprocher à l'Assemblée de générer et d'entretenir la corruption. Ce fléau continuera de gangrener le Sud tant qu'aucune mesure draconienne n'aura été prise et défendue par les autorités. Il est souhaitable que la toute jeune commission anti-corruption puisse travailler hors de tout népotisme ou favoritisme. Il est important que les députés viennent s'exprimer devant l'Assemblée ; sinon, ils se contenteront de gagner de fortes sommes d'argent sans représenter leur parti et sans se sentir redevables devant leurs électeurs (ST 24/03).
Femmes et éducation – La Journée internationale de la femme a été marquée, le 8 mars, par des manifestations à Bor sur la place de la Liberté, où de nombreux groupes de femmes ont participé aux festivités . Un haut pourcentage d'illettrisme de l'ordre de 80 % les a toujours empêchées de revendiquer leurs droits. Selon les pratiques ancestrales, la femme devient la propriété de l'homme par le mariage et doit assumer les tâches domestiques et le problème taboo de la nourriture. Chez les Dinka, Murle, Mudari, Toposa et Nuer du Sud, ils choisissent une épouse et doivent fournir 30 vaches minimum pour sceller le contrat, qui est parfois un mariage forcé. Chez les Dinka, ce sont parfois les pères qui choisissent un mari pour leurs filles. Chez les Zande, Acholi, Kaku et d'autres ethnies, la dot est moins élevée mais les femmes n'ont aucun choix de leur époux. Elles sont confinées aux tâches ménagères et le travail harassant auquel elles sont soumises s'apparente souvent à de mauvais traitements. Garçons et filles fréquentent l'école primaire sans discrimination mais le pourcentage de filles tombe en-dessous de 30 % dans les grandes classes. La tradition veut qu'elles s'adonnent aux tâches ménagères et rend la vie plus difficile aux femmes éduquées qui ont tendance à faire de l'ombre aux hommes : bien des filles éduquées finissent dans la prostitution. Le GoSS – pù les femmes sont mal représentées – doit prendre le problème à bras le corps et promulguer en priorité des lois rendant l'école obligatoire pour tous, filles et garçons, sous la responsabilité des parents. Bien que le Sud ait déjà opté pour la politique de l'école pour tous, la pratique se heurte à des cultures profondément enracinées et hostiles à l'émancipation féminine. Dans l'État de Jonglei, il n'y a que deux écoles primaires de filles à Aguei et à Anyidi, dans le comté de Bor. Une représentation de femmes du MLPS a réclamé une représentation féminine d'au moins 25 % dans les institutions du Sud, dans rien dire sur les violations des droits des femmes, les mariages forcés, les grossesses imputées aux instituteurs dans les écoles et tant d'autres abus sexuels. Un changement s'impose avec le soutien sans faille du gouvernement (ST 10/03).
L'Armée de Résistance du Seigneur (ARS) – L'offensive conjuguée des forces militaires de l'Ouganda, de la République démocratique du Congo (RDC) et du Sud-Soudan contre les rebelles de l'ARS retranchés dans les forêts de Garamba en RDC en décembre est loin d'être concluante. Non seulement les unités de l'ARS sèment la terreur dans la région en procédant à des massacres, enlèvements, viols, pillages et incendies de villages, mais elles ont considérablement élargi leur terrain d'action. Des dizaines de milliers de personnes fuient vers Yei, devenu un centre important de réfugiés et déplacés, et dans tout l'Equatoria occidental. Les forces ougandaises (UPDF) refusent d'intervenir la nuit, quand les attaques sont les plus fréquentes. La route Maridi-Yei est souvent le théâtre d'embuscades montées par l'ARS. Les populations ont demandé au commissaire du comté de Yei le droit de se défendre et ont constitué de milices d'auto-défense armées d'arcs, de flèches et de lances qui initient à leur maniement les jeunes gens appelés « arrow youths » (ST 06/03).
ALPS – L'article 16(1) de la loi sur l'ALPS votée le 14 janvier par l'assemblée du Sud stipulait que le ministre des Affaires de l'ALPS et le sous-secrétaire de ce même ministère soient exclusivement des civils. Kiir veut l'amender pour que ces postes puissent être attribués à d'anciens militaires ou à des personnes occupant encore une fonction militaire (ST 27/03). Les anciens combattants et blessés de guerre de l'ALPS ont manifesté pour réclamer leur solde impayée depuis six mois. Les postes frontières ont été fermés vers l'Ouganda et le Kenya, empêchant tout transport de marchandises et bloquant des centaines de camions. De nombreuses émeutes se sont produites. Salva Kiir s'est rendu à Yei pour calmer 2000 soldats exaspérés. Ils ont touché deux mois de salaires, des compensations en nourriture et on leur a promis de leur verser les trois mois de retard. La grogne s'est répandue vers l'Est où plusieurs villes sont bloquées, comme Nimule, Kapoeta et Narus dans l'Equatoria oriental. Pour appuyer leurs revendications, les anciens combattants de l'ALPS ont pris des étrangers en otages. Ils espèrent ainsi une réaction immédiate du GoSS et le paiement des indemnités qui leur sont dues (ST 26/03). Elias |