Numéro 153 - Mars - Avril 2009

 

DROITS DE L'HOMME

Arrestation de cinq Darfouris au Caire – La Ligue soudanaise des Droits de l'homme, basée au Caire, fait état de l'arrestation de chercheurs qui travaillaient sur la crise du Darfour pour le Centre d'études contemporaines au Caire. L'un d'eux est l'écrivain Abdelmoniem Souleiman, directeur du Centre. Maintenus en garde à vue pendant cinq jours, trois ont été menacés d'être renvoyés au Soudan, leurs ordinateurs et leurs fichiers ont été saisis. Les autorités égyptiennes maltraitent souvent les réfugiés soudanais, parfois à l'instigation des services secrets de Khartoum ( ST 29/01).

 

Le Sud-Soudan encouragé à développer ses relations avec les médias – M me Julia Duany, sous-secrétaire au ministère des Affaires parlementaires du gouvernement central, a appelé le gouvernement du Sud-Soudan à améliorer et à développer de bonnes relations entre les médias et le gouvernement pour assurer un déroulement juste et libre des élections générales prévues cette année. Prenant la parole à Juba, où elle participait à un atelier de préparation au vote, elle a déclaré que les médias étaient toujours confrontés à de nombreux interdits et censures, spécialement au nord du Soudan. Le GoS a formé un groupe de travail chargé de fournir au public ce qu'elle a appelé des informations «  précises et crédibles  » à propos des élections à venir. «  Ne vous laissez pas influencer, les hommes politiques vous feront d'énormes promesses, dont la plupart ne pourront pas être tenues. N'oubliez pas que vous allez voter pour votre avenir, il va s'agir de votre argent, donc votez avec sagesse !  » (ST 12/02).

 

Une bataille recommencée tous les jours – L'Observatoire des droits de l'homme publie sous ce titre un rapport rendant compte de la répression exercée par le gouvernement du Soudan sur ceux qui tentent de communiquer des informations sur des domaines qu'il juge confidentiels, comme les ceux des droits de l'homme, le conflit au Darfour et les investigations de la CPI. Il s'agit plus que jamais, par la censure, le harcèlement continuel, l'emprisonnement et la torture, d'empêcher par tous les moyens les journalistes et les défenseurs des droits de l'homme de s'exprimer. La sévérité de la pré-censure a commencé à s'intensifier en avril 2008, lorsqu'un journal a essayé de publier un article accusant le gouvernement d'avoir aidé les rebelles tchadiens qui avaient attaqué N'Djamena. La répression envers la presse s'est beaucoup intensifiée depuis l'automne 2008. Tous les articles comportant une critique quelconque du gouvernement ou des informations sur un sujet «  sensible  » sont supprimés préventivement du journal par les censeurs. Les autorités harcèlent toutes les personnes qu'elles soupçonnent de soutenir l'action de la CPI. Au Darfour , elles intimident les civils et les réfugiés pour les empêcher de témoigner en faveur des accusations lancées par le Procureur (HRW 18/02).

 

L'Union africaine demande au Conseil de Sécurité des NU de suspendre le mandat d'arrêt de la CPI contre Béchir. Pour l'Association africaine des droits de l'homme (ASADHO), qui cite le communiqué du 5 mars du Conseil de paix et de sécurité de l'UA, cette demande est faite en violation des engagements pris par les États africains qui ont ratifié le statut de Rome. L'ASADHO demande au Conseil de Sécurité d'opposer une fin de non-recevoir à cette demande. Elle précise que l'accepter pourrait être compris par certains dirigeants africains comme un encouragement à continuer de violer impunément les droits fondamentaux de leurs concitoyens. Cette association demande aussi à la communauté internationale d'accentuer sa pression sur les gouvernements africains pour qu'ils collaborent à la remise du président Béchir à la Cour pénale internationale (Asadho 6/03).

 

Desmond Tutu, prix Nobel de la Paix : honte aux présidents africains qui défendent Omar El-Béchir ! – Dans une analyse publiée dans un quotidien britannique, l'ancien archevêque épiscopalien du Cap écrit : «  Le mandat d'arrêt lancé contre le président soudanais place les dirigeants africains face à leurs responsabilités: sont-ils du  côté de la justice ou de l'injustice? du côté des  victimes ou de leurs bourreaux ? Plutôt que de se placer du côté de ceux qui ont souffert au Darfour, les dirigeants africains ont pour l'instant préféré soutenir un homme coupable d'avoir transformé cette région d'Afrique en un gigantesque cimetière. [...] Au lieu de condamner le génocide au Darfour, l'UA a choisi de faire part de ses inquiétudes à propos de l'acharnement dont seraient victimes les dirigeants africains et a soutenu les efforts de Béchir pour retarder l'action de la justice. [...] Insinuer que ces poursuites sont le fait d'un complot occidental est avilissant pour les Africains et déprécie notre engagement envers la justice sur tout le continent. Il est bon de rappeler que 20 pays africains comptent parmi les fondateurs de la CPI, et que, sur les 108 pays qui ont rejoint le TPI, 30 se trouvent en Afrique. [...] Les dirigeants africains avancent que l'intervention de la CPI va ralentir les efforts de paix au Darfour. Je dis qu'il ne peut y avoir de véritable paix ni de sécurité tant que la justice n'a pas été rendue aux habitants de cette région. Si douloureuse et incommode que soit la justice, nous ne pouvons que constater que son alternative, l'impunité, est pire.

Ce mandat d'arrêt contre Béchir doit être un moment extraordinaire pour les gens du Soudan, et pour tous ceux qui, dans le reste du monde, doutent que les puissants et les gouvernements n'aient jamais à rendre compte de leurs agissements inhumains. Les dirigeants africains devraient prendre fait et cause pour cette initiative historique et non pas travailler à la subvertir.  » (IHT 12/03).

 

Renvoyé de Grande-Bretagne, assassiné au Darfour – Un demandeur d'asile refoulé par les autorités britanniques, suivi par des agents de la Sécurité soudanaise depuis Khartoum jusqu'à son village du Sud-Darfour, a été assassiné quelques jours après à l'arme à feu dans sa maison, devant sa femme et son fils de 4 ans. Les avocats des Défenseurs britanniques du droit d'asile vont s'appuyer sur ce cas pour s'opposer aux tentatives du ministère de l'Intérieur visant à lever l'interdiction du renvoi au Soudan des quelque 3000 réfugiés dont les demandes ont été refusées, en arguant qu'ils risquent la prison, la torture et la mort. Adam Osman Mohammed était un Darfouri non arabe de 32 ans qui s'était réfugié en Grande-Bretagne en 2005 en affirmant que sa vie était en danger dans son pays. Le village où il avait été cultivateur a été attaqué à deux reprises par les janjawid, le forçant à fuir avec femme et enfant, et il avait été témoin de l'assassinat de nombreux villageois. Bien qu'il ait fait appel, sa demande a été rejetée et il a été renvoyé à Khartoum. Quelques mois plus tard, estimant que la situation devenait sûre, il était rentré au Darfour.

«   Nous sommes profondément choqués et ne pouvons pas comprendre pourquoi le tribunal a renvoyé Adam Mohammed au Soudan   » ont fait savoir les Défenseurs des droits de l'homme. Amnesty International a déclaré : « l e Darfour est une région terriblement dangereuse. Le climat d'insécurité est omniprésent et les abus contre les droits de l'homme sont commis en toute impunité. Les femmes risquent le viol, les meurtres sont fréquents et cette situation oblige les populations à fuir en permanence. Personne ne devrait être renvoyé au Soudan.  » Entre 2000 et 3000 Darfouris vivant en Grande Bretagne courent actuellement ce risque. (Robert Verkaik, rédacteur juridique à The Independant [GB], 17/03).

Rigel

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