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Numéro 153 - Mars - Avril 2009
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Réunis en sommet à Addis Abeba le 2 février, les chefs d'États africains ont élu Mohammed Kadhafi à la tête de l'Union africaine (UA). Au même moment, la Ligue arabe offrait sa protection à Béchir, lui demandait de rester calme et d'accepter l'asile de l'Arabie Saoudite ou de l'Égypte, au cas où cet avis serait négatif. Le 3 mars, le Président soudanais invitait le gratin diplomatique à inaugurer le barrage de Méroé – en chargeant bien sûr la police d'empêcher les fellahs de manifester. Le 4 mars, suite à la requête présentée par le Procureur le 14 juillet 2008, les juges de la Première chambre préliminaire ont délivré contre lui un mandat d'arrêt pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre. Les premiers sont des meurtres, tortures, viols, déplacements forcés, etc., commis contre des civils de manière généralisée ou systématique ; les seconds sont des violations graves des lois de la guerre. En revanche, s'ils ont reconnu que les ethnies Four, Massalit et Zaghawa avaient été les principales cibles de l'armée soudanaise et des janjawid, les juges ont estimé que l'élément intentionnel du crime de génocide n'était pas suffisamment étayé. Le Conseil de sécurité des Nations Unies avait saisi la CPI le 31 mars 2005. Khartoum a refusé d'exécuter les mandats d'arrêt lancés en avril 2007 à l'encontre d'Ahmad Haroun et d'Ali Kushayb, qui vient d'être libéré pour « manque de preuves ». La Cour est-elle l'instrument d'une justice néo-colonialiste ? Dans Jeune Afrique , Monseigneur Desmond Tutu, ancien archevêque épiscopalien du Cap et Prix Nobel de la paix, reproche vertement aux dirigeants africains de soutenir les manœuvres dilatoires de Béchir : « Sous-entendre que cette justice résulte d'un complot de l'Occident est avilissant pour les Africains et porte atteinte à la soif d'équité qui se manifeste sur tout le continent . » Aujourd'hui, 30 États africains ont ratifié le Statut de Rome et trois ont eux-mêmes saisi la CPI d'une situation en cours d'examen à La Haye. Le Soudan , non signataire, est partie prenante de l'Acte constitutif de l'UA qui prévoit son droit à « intervenir dans un État membre […] dans certaines circonstances graves, à savoir : les crimes de guerre , le génocide et les crimes contre l'humanité ». Qu'ils vivent au Soudan ou en exil, les Darfouris exultent. Abel Wahid al-Nour, qui dirige depuis Paris l'Armée de libération du Soudan, demande aux organisations régionales africaines et arabes de privilégier maintenant la formation d'un grand mouvement démocratique. Khalil Ibrahim , commandant du Mouvement pour la justice et l'égalité, déclare Béchir déchu de sa légitimité présidentielle. Ban Ki Moon insiste sur l'indépendance de la CPI et appelle le Soudan à continuer à travailler avec les NU et leurs partenaires. Les USA, le Canada, l'Union européenne, la Grande-Bretagne ou la France lui conseillent de coopérer. En Afrique, quatre ONG mauritaniennes – Conscience et Résistance, SOS Esclaves, l'association mauritanienne des Droits de l'homme et l'association des Femmes chefs de familles – saluent « une victoire des tenants de l'universalisme face à l'atomisation des normes de respect de la dignité de l'homme ». À l'inverse, pour le représentant permanent du Soudan aux NU, ce « verdict » est « une insulte à la justice ». Dans les heures qui ont suivi la promulgation du mandat d'arrêt, treize organisations humanitaires ont vu leur autorisation révoquée. L'UA regrette les risques de déstabilisation du processus parrainé par le Qatar tout en exhortant les autorités soudanaises à faire preuve de retenue . À Khartoum, des centaines de « manifestants contraints » ont brandi, des heures durant, des portraits du Procureur en diable et du Président en martyr. Le 18 mars à Nyala (Sud-Darfour), des milliers de nomades Missaraya l'ont assuré de leur soutien, ce qui laisse craindre une recrudescence du conflit. Aucune nouvelle des janjawid d'autres tribus...
A u Sud-Soudan, plusieurs incidents graves se sont produits ces dernières semaines faisant des centaines de morts et de blessés à Malakal et Pibor, ce qui laisse craindre le pire. Il est difficile de croire encore la version officielle selon laquelle ces violences à grande échelle sont exclusivement liées à des représailles inter-tribales consécutives à des vols de bétail. Les atrocités commises par l'Armée de Résistance du Seigneur se sont multipliées entre la République démocratique du Congo et l'Equatoria occidental. Ailleurs, plusieurs points de friction se sont manifestés. Bien que ces incidents n'aient apparemment aucun rapport entre eux, ils créent un climat d'instabilité qui augure mal de l'avenir. Le Comprehensive Peace Agreement signé en 2006 est loin d'être appliqué, les résultats du recensement ne sont toujours pas annoncés, la décision finale sur le tracé de la frontière nord-sud n'est toujours pas rendue par la Cour permanente d'arbitrage à la Haye, les élections générales de juillet 2009 risquent d'être suspendues. Plus que jamais, l'avenir est sombre. Deimos et Elias |