Numéro 152 - Janvier - Février 2009

 

POLITIQUE INTÉRIEURE

Encore la corruption – Peu de temps avant l'arrestation de son mari Hassan el Tourabi, le chef du parti du Congrès populaire, Wisal el Mahdi, qui est aussi la soeur de l'ex-premier ministre Saddiq, a accusé le Congrès national d'avoir « faim de pouvoir et de richesse » et donné des exemples de corruption d'officiels : « Allez à Kafouri (petite zone très riche sise à Khartoum Nord), vous verrez 21 propriétés possédées par le Président de la République ou ses parents. Puis allez à Al-Raqi voir les maisons d'Al Béchir, d'Ali Osman de Mustafa Ismail » . Al Jaz, ministre du pétrole, a acheté 30 appartements à Dubaï dans les îles du Palmier et en aurait voulu plus, mais l'émirat lui a demandé la source de ses revenus qu'il a refusé de donner. Bien sûr, il s'agit du pétrole soudanais. Selon Transparency International, le Soudan est l'un des trois pays les plus corrompus d'Afrique avec le Tchad et la Guinée (ST 30/12/08 ).

 

Le MJE et le Mouvement d'association du Kordofan sont tombés d'accord pour renverser le gouvernement. Le Mouvement a été fondé en Belgique en 2006. En 2007, le gouvernement a tué son chef au Kordofan. Les deux groupes disent vouloir se coordonner avec tous les mouvements et personnalités, au Soudan et à l'étranger, qui croient dans un partage équitable du pouvoir et des richesses (ST 01 01 09 ). Rappelons que le président du MJE a un passé sulfureux et qu'il a torturé des Sudistes pendant la guerre .

 

Saddiq el Mahdi s'est plaint que le CN n'ait pas mentionné ses propositions à l'initiative du peuple du Soudan du Darfour. Saddiq a rencontré une opposition sérieuse de son parti pour y avoir participé et avoir auparavant signé l'Accord de réconciliation national avec le CN. On peut se demander s'il dit la vérité ou s'il veut rattraper ses erreurs (ST 11/01/09 ).

Abdallah Gosh, chef de la Sécurité, admet que malgré l'appui arabe et africain, la politique de l'Union européenne risque de l'emporter. Selon lui, le mandat d'arrêt délivré contre Béchir risque de susciter des attentats contre des Occidentaux qui devront quitter le pays, bien qu'il nie la présence d'Al Qaïda au Soudan. Est-ce l'adieu de ses fidèles à Béchir ?

 

L'enseignement religieux au Nord-Soudan

Au Nord du Soudan, l'arabe est la langue officielle. Tout l'enseignement repose sur le Coran, selon le seul programme et avec le seul livre autorisés par le ministère. En lecture, jusqu'à 80% sont des textes coraniques : ainsi, en 4ème primaire, deux chapitres sont consacrés à l'histoire de Marie rapportée par la « sourate de la Vierge ; en calcul, voilà un problème posé aux élèves de la même année : « Si Ahmed habite à 75 mètres de la mosquée, quelle distance devra-t-il parcourir quotidiennement pour faire les cinq prières réglementaires ? » En morale : « Ce que ne doit pas faire une petite fille en rentrant de l'école ? - Laisser voir ses cheveux ou ses bras, parler aux garçons ou s'attarder dans la rue avec ses amies ». . Les enseignants doivent commenter ces textes selon la méthode du ministère, les élèves les mémoriser mot pour mot et les commenter pour passer dans la classe supérieure. En histoire, les mille ans de l'histoire du Soudan avec les Royaumes chrétiens ont disparu du programme. Le système influence les enfants et en fait des « chrétiens à mentalité islamique ».

L'enseignement religieux est obligatoire à tous les niveaux, universités incluses depuis 2004. Les élèves ont le choix entre islam et christianisme. L'animisme, considéré comme une atteinte aux droits de l'homme, est exclu. Les Églises ne semblent pas voir qu'elles en nient ainsi l'existence, les Sudistes refusant massivement l'islam lié à l'esclavage. Les programmes chrétiens ont été établis par une commission mêlant catholiques, orthodoxes et pasteurs protestants. Le ministère imprime les livres après avoir contrôlé l'enseignement dont il oblige parfois à modifier des expressions « incompatibles » avec la religion dominante. Le choix est théorique. Il n'y a pas de professeurs chrétiens disponibles dans la majorité des écoles gouvernementales. Les élèves apprennent donc l'islam. Pour ceux qui apprennent le christianisme, les enseignants, formés à une lecture fondamentaliste du Coran, l'appliquent à la Bible et refusent toute exégèse, certains catéchistes n'ayant pas intériorisé celle de l'Évangile. Les différentes Églises n'ayant pu s'entendre sur une traduction, les livres scolaires citent seulement des références, pas des citations. Tous les examens sont éliminatoires, ce qui transforme les cours en séances de bachotage. Malgré leur bonne volonté, beaucoup d'enseignants sont incompétents et bien des lacunes sont dues aux différences entre confessions.

Un accord amiable a été trouvé entre les Églises et l'État. Les premières organisent dans des centres paroissiaux des cours de religion enseignés par des bénévoles, suivant les programmes officiels, elles communiquent les résultats d'examens aux directeurs d'école. Mais l'homologation des centres est soumis au bon vouloir de chefs locaux; enseignants et élèves se déplacent sur de grandes distances, trop grandes pour les petits qui apprennent donc l'islam, les transports sont très chers; les livres introuvables, parfois seul le professeur en a un qu'il doit copier au tableau noir pour que les élèves recopient ;et quand il n'y a pas de paroisses, il n' a pas d'enseignement de la religion chrétienne. 2005 a apporté la paix. Toutefois rien n'a changé dans l'enseignement au Nord.

 

Retour au sommaire
Retour à la page d'accueil française
Retour à la page d'accueil