Numéro 151 - Novembre - décembre 2008

 

 

DROITS DE L'HOMME...DROITS DE L'HOMME

 

On est sans nouvelles du journaliste darfouri Nour ed Din Braima , tenu au secret depuis le 24 octobre. Selon Salah Kajam, l'éditeur de Ajraz al Hurreya (les Cloches de la liberté), il avait traduit en arabe les propos d'une déplacée à Nyala pour le ministre des Affaires étrangères du Qatar : «  le seul crime de cet homme est d'avoir aidé une femme coupable de ne pas parler l'arabe  » dit l'éditeur qui, en signe de solidarité, n'a pas imprimé son journal une journée, après que des agents de sécurité aient censuré 7 articles sur l'arrestation de Braima. Ajraz al Hurreya entretient des relations étroites avec le MLPS qui retire ses officiers des services de sécurité travaillant à la censure, activité anti-constitutionnelle depuis les accords de 2005.

Le 4 novembre, les journalistes soudanais ont suivi une grève de la faim d'une journée, tandis que Ajraz el Hurreya, Al Maidan (parti communiste) et Raya el Shahab (parti populaire); suspendaient leur parution pendant 3 jours. Ajraz el Hurreya n'est pas sorti plus de 20 fois depuis son lancement en avril dernier, à cause des censeurs. Le 12 novembre, 10 journaux refusaient à nouveau de paraître en signe de protestation. Plus de 100 journalistes ont manifesté devant l'Assemblée nationale contre la censure croissante, contraire à la liberté de la presse. Ils voulaient remettre aux parlementaires une lettre les pressant de réviser la loi mais la police a arrêté 77 d'entre eux qui refusaient de s'en aller. Ils ont été relâchés après avoir signé un papier s'engageant à se rendre au tribunal pour être jugés pour manifestation illégale contre la censure. Selon un correspondant d' Al Jezeera , les officiers de sécurité ont confisqué une vidéo qu'il avait tourné au moment des arrestations et l'ont convoqué à la Sécurité. Le chef du MLPS au Parlement a condamné l'arrestation. L'Union des Journalistes du Congrès national, le parti au pouvoir, dit désapprouver la censure mais n'a pas condamné pas ces événements. Le chef de la sécurité, Salah Gosh, a soutenu que ces mesures exceptionnelles n'étaient pas illégales mais résultaient de pratiques irresponsables qui affectent les plus hauts intérêts de la Nation. « Quelques journalistes sont en contact avec quelques ambassades et reçoivent de l'argent d'elles », dit-il à son habitude.

 

Jusqu'à présent, 50 personnes ont été condamnées à mort pour avoir participé à la bataille d'Omdurman, menée par le MJE. Le Président attend, avant de signer leur grâce ou de les faire exécuter, la décision de la Cour d'appel devant laquelle elles ont déposé un recours. Il attend aussi celle de la CPI. Si le gouvernement est autorisé à établir plus de cours anti-terroristes, faites sous influence américaine après le 11 septembre 2001 , 20 prétendus rebelles attendent une peine de mort . Pour Jazouli, ces cours sont illégitimes. Cet avocat était le défenseur de Abdel Aziz, le frère du chef du bureau politique du JEM, et il n'a pu le voir que quelques instants avant la session. Sa demande d'ajournement n'a pas été acceptée. Le rapporteur du Conseil soudanais des droits de l'homme a rejeté ses critiques.

 

Le rapport des NU sur les droits de l'homme publié le 28 novembre concerne le Soudan, à l'exception du Darfour. Dans tout le nord du pays, les services de sécurité ont usé systématiquement contre les opposants politiques de l'arrestation arbitraire et de la détention, parfois accompagnée du secret, de mauvais traitements, de tortures ou de détentions dans des endroits non officiels. La torture est utilisée pour intimider les opposants, les punir, en tirer des informations, les obliger à s'incriminer ou à en incriminer d'autres qu'eux. Dans certains cas, des menaces de mort sont proférées à l'encontre de qui parlerait des tortures qu'il a subies. Le CPA signé en 2005 limite le mandat de la sécurité à un rôle de conseiller mais, au Sud-Soudan et dans les trois zones d'Abyei, des Monts Nouba et du Haut Nil Bleu), les soldats ALPS ont longtemps arrêté illégalement des civils sur lesquels ne pesait aucune charge. Toutefois, des exemples positifs existent. Certains juges n'ont pas tenu compte de confessions arrachées sous la torture. Le GoSS a établi une commission des droits de l'homme et prépare la législation qui la concerne.

 

Après la publication de ce rapport, la zone de Mandela , près de Khartoum, habitée par des Sudistes et des Darfouris, a été démolie de force pour un « planning urbain » pendant la saison froide , comme presque tous les ans. Cette destruction s'est accompagnée de violations de droits de l'homme et les gens ont été relogés dans des endroits lointains, dépourvus de tout service de base.

 

Trois activistes des Droits de l'homme ont été arrêtés pour des questions liées à la CPI. Cinq jours plus tard, Amir Suleiman, président du centre de Khartoum pour les droits de l'homme et le développement environnemental, et Moneim El-Gak ont été relâchés. Le troisième, Osman Hummida, est un des fondateurs de SOAT. Citoyen britannique, il est accusé d'espionnage au profit de la CPI et risque la peine de mort (Al Rayyam). On ne sait pas où il est emprisonné. HRW et Amnesty ont protesté. Pas de commentaires à Khartoum. La presse est censurée.

 

Les résidents au Soudan pourront désormais obtenir la nationalité soudanaise après 5 ans de séjour , contre 10 ans auparavant. La citoyenneté sera aussi donné à tous les enfants de mères soudanaises. Les personnes concernées sont le plus souvent originaires du Mali et du Tchad d'où elles sont parties à cause de la sécheresse, ou bien de l'Éthiopie et de l'Érythrée, qu'elles ont quittées pour des raisons économiques. Dans quel sens cette décision modifiera-t-elle le résultat des élections ? (ST 29/10/08 ).

 

Mo Ibrahim, un Britannique d'origine soudanaise, a gagné 5 milliards de dollars grâce à l'industrie du téléphone portable. En 2006, il a établi en 2006 une fondation qui attribue un prix annuel à un ancien chef d'État, (5 millions de US$ pendant 10 ans et 200 000 après). Cette année, le prix a été décerné à Festus Mogae,l'ancien président du Botswana, pour avoir maintenu l'inflation à un taux très bas et su attirer les investissements étrangers. Le précédent bénéficiaire était Joachim Chissano, ancien président du Mozambique.

 

La police égyptienne a abattu un Soudanais qui essayait d'entrer illégalement en Israël. Elle a arrêté, interrogé, battu et torturé 23 Darfouris arrêtés à El Arish, dans la péninsule du Sinaï, avant qu'un avion affrété par l'ambassade soudanaise ne les ramène au Soudan, entravés par des menottes. Après enquête, HRW a publié un article sanglant et dénoncé le fait que ni l'Égypte ni Israël ne respectaient pas leurs engagements en matière de droits de l'homme. (ST 22/10/08 , 08/11/08 ).

 

Le Tunisien Adnen Hasnaoui a porté plainte contre l'Iranien Ahmadinejad qui, le 23 septembre, a prononcé un discours d'incitation à la haine jugé terroriste par la loi tunisienne (Communiqué de presse tunisien le 28 10 08 ) . Le roi Abdallah d'Arabie Saoudite a décidé de tenir une conférence inter-religieuse sous les auspices des NU. Décision courageuse et hardie.

 

La victoire de Barack Obama a valu aux habitants du Sud-Soudan un jour de congé, pour selon Salva Kiir, marquer leur solidarité avec le Kenya (dont son père était citoyen) et rappeler que le CPA doit beaucoup aux Américains. Les jeunes et les rebelles du Darfour, Abd el Wahid el Nour, Khalil Ibrahim et même Minni Minawi, ont manifesté leur enthousiasme : Biden, l'assistant de Barack, n'a-t-il pas dit en 2007 que, si nécessaire «  2500 Américains, si nous n'obtenons pas les 21 000 troupes des NU, peuvent arrêter le génocide maintenant » ? (ST 03/11/08 , 04/11/08 ).

 

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