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Numéro 149 juillet - août 2008
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L e 5 juin, le Procureur général de la CPI annonçait qu'il allait compléter l'inculpation prononcée l'an dernier contre Haroun, ministre des Affaires humanitaires du Soudan, et le milicien Ali Kashayb. « Pour planifier et commettre des crimes de cette nature, à cette échelle, sur une période aussi longue, les criminels ont dû mobiliser et coordonner tout l'appareil de l'État , des services de sécurité à ceux de la propagande, en passant par le système judiciaire. » Le 14 juillet, il accusait le président soudanais d'avoir planifié une campagne de meurtres au Darfour et demandait à la Cour de le poursuivre pour 2 crimes de guerre, 5 crimes contre l'humanité et 3 génocides. La décision des trois juges chargées d'examiner si cette requête est recevable devrait tomber d'ici à la fin novembre. Les réactions sont à la mesure de ce coup de maître qui confère à Béchir le douteux honneur d'être le premier chef d'État en exercice menacé par la justice internationale. Comme à son habitude, il multiplie les promesses et les rodomontades. Le 13 juillet, il garantit la sécurité des représentations diplomatiques, le 14, il annonce qu'il se rendra en septembre à l'Assemblée générale des Nations Unies, le 15, il fait manifester les foules au cri de « à mort Ocampo ! ». Il jure ses grands dieux qu'aucun Soudanais ne sera jamais jugé hors du Soudan et nomme un « procureur spécial chargé d'examiner les abus contre les droits de l'homme commis en Darfour ». Car le GoS, bien sûr, ne reconnaît ni les crimes de guerre ou contre l'humanité, ni les génocides, et il garantit l'impunité à l'armée et à la sécurité. Mais les bureaux du Procureur de la CPI révèlent qu'en juin, les services soudanais ont pris contact avec eux pour examiner dans quelle mesure le Président échapperait à une mise en accusation s'il livrait Haroun et Kashayb. Béchir proclame que la déclaration de guerre de la CPI a rassemblé autour de lui tous les partis politiques. Et de fait Salva Kiir, dès le 14 juillet, lui a manifesté sa solidarité avant que son mouvement, longtemps réticent, n'en fasse son candidat aux élections présidentielles de 2009. Les analystes pensent que le vice-président du GoS, ce faisant, a voulu éviter que le pouvoir n'aille à l'opposition du Nord, contraire au référendum prévu au Sud en 2011. Le Congrès National (CN) pense que les puissances étrangères essaient d'instiller l'idéologie du Nouveau Soudan, défendue par Kiir, contre la sienne. En public, le Mahdi soutient Béchir mais en privé il se réjouit de ce qui lui arrive. Mirghani, patron du PUD, pense de même. Le CN est affaibli et les chances de l'opposition aux élections, accrues. Turabi, chef du Congrès populaire, se réjouit ouvertement des problèmes de Béchir, le gouvernement l'accuse de soutenir les rebelles (cf. p. 4) . Béchir va jusqu'à offrir aux Américains de travailler au Darfour « qui nage sur un lac de pétrole ...mais ils le veulent en entier » Rarissimes sont les Etats qui semblent douter de la culpabilité de Béchir malgré leur position. L'Union africaine (UA) et la Ligue arabe pressent le Conseil de sécurité d'intervenir auprès de la CPI. Mais l'UA craint pour ses soldats qui forment l'essentiel de la Minuad et propose une contre-enquête par un panel international d'avocats. La Ligue arabe, officiellement solidaire du Soudan, serait fort mécontente qu'il poursuive ses exactions contre les Darfouris, qui sont des musulmans. Elle avance l'idée de cours de justice africaines au Darfour, supervisées par la CPI, Khartoum ne veut pas en entendre parler. La Chine tenait à ses Jeux Olympiques, la Russie préparait l'invasion de la Géorgie, leur soutien est resté verbal (cf. p. 3) . Avant le 14 juillet, des experts occidentaux, opposés à leurs gouvernements, avaient mis en garde : l'action de la CPI entraverait le processus de paix et menacerait les humanitaires, conduirait à un vide du pouvoir et compliquerait l'application de l'accord signé en 2005 avec le Sud (cf. p. 6-7) . Mais d'une part, Béchir refuse de négocier avec les deux principaux chefs rebelles, Abd el-Wahid al-Nour, qui exige un cessez-le-feu préalable, et Khalil Ibrahim, qui l'a défié à Omdurman. D'autre part, le Soudan a deux vice-présidents, ce qui minore le risque de chaos politique. En revanche, celui qui pèse sur les humanitaires est bien réel. Dans les camps, les victimes acclament la décision d'Ocampo, elles méritent d'être entendues.
En 2005, le Conseil de Sécurité avait chargé la CPI d'enquêter sur les exactions perpétrées au Darfour. Le Procureur estime avoir réuni suffisamment de preuves pour que la justice internationale s'applique. Sur les conseils du Département légal des Nations Unies, Ban Ki Moon prend ses distances avec Béchir et souligne l'indépendance de la CPI. La justice et la diplomatie ne suivent pas les mêmes voies mais elles peuvent parfois s'accorder. Bételgeuse et Deimos |