Numéro 148 mai - juin 2008


A qui profite le crime ?

Le peuple soudanais vient de subir une série de catastrophes dramatiques. La défaite du Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE) à Omdurman a entraîné l'arrestation de 3000 Darfouris innocents vivant autour de Khartoum et elle complique encore la tâche de la Mission des Nations Unies au Darfour (Minuad). La ville d'Abyei a été incendiée et ses habitants ont pris la fuite. L'Armée de résistance du Seigneur a rompu les négociations de paix. Après trois jours de combats, Khalil Ibrahim, le chef du MJE, a ordonné à ses troupes de se replier, laissant les Darfouris de la ville sans défense face aux tortionnaires du gouvernement. Abd el Wahid el Nour déplore cette attaque qui aggrave encore la situation des réfugiés. Alors que Khalil avait déjà gagné le Tchad, la police a promis une récompense de 250 000 livres à qui permettrait son arrestation. Bien des gens trouvent bizarre que 2000 hommes aient pu arriver sur la rive ouest du Nil après une équipée de 1000 kilomètres à travers le désert, dans un pays où la Sécurité surveille même les mouches. Le ministre de la Défense accuse Abdallah Gosh, le patron des services de Sécurité, d'avoir gardé pour lui les renseignements dont il avait connaissance pour s'attribuer tout le mérite de la victoire. Interpellé au Parlement, le ministre a expliqué la désorganisation de l'armée par la mauvaise qualité de l'armement dont elle dispose : « Nos bombardiers remontent à la Seconde Guerre mondiale », s'est-il écrié – alors qu'en septembre, il se félicitait d'être le troisième pays du continent, après l'Égypte et l'Afrique du Sud, en matière d'équipement militaire.

 

Début avril, 9000 seulement sur les 26 000 Casques bleus africains prévus étaient déployés au Darfour. « La force de paix veut renforcer les zones sûres, bâtir la confiance dans les zones ‘grises' et travailler avec ténacité au cessez-le-feu et à la protection des populations civiles », menacées par la famine pour la première fois depuis 2005, a affirmé devant la conférence des donateurs réunie à Oslo, Rodolphe Adada, patron de la Minuad. Mais l'attaque du MJE contre Khartoum compromet sérieusement les efforts de cette organisation, l'armée lui interdisant maintenant l'usage de ses hélicoptères. Récemment, 53 cavaliers vêtus de treillis militaires et armés de fusils, de lance-roquettes et de mitraillettes ont dressé une embuscade contre le bataillon nigérian près du nouvel aéroport d'El Geneina et l'ont dépouillé de ses armes, munitions, téléphones et argent.

 

Luis Moreno-Ocampo, procureur général de la Cour pénale internationale (CPI), a présenté au Conseil de Sécurité son rapport semestriel sur le Darfour. Ses accusations touchent des anonymes plus haut placés encore que Ahmed Haroun, ministre des affaires humanitaires déjà inculpé , qui persiste dans ses agissements criminels, sape les efforts de paix et fait obstruction au déploiement de la Minuad. Lors d'une interview, Ocampo dit avoir manqué de peu l'arrestation d'Haroun en décembre. Ce dernier, muni d'un faux passeport souhaitait se faire soigner en Arabie Saoudite, mais Khartoum l'en a empêché. Avec l'appui légal international, la CPI aurait détourné son avion vers La Haye (Wasl Ali, 5 juin).

Bételgeuse

 

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