Numéro 147 mars - avril 2008


 Le Conseil de sécurité doit imposer à Khartoum des forces non-africaines

Pour les NU, un accord de paix est un préalable qui rendra la mission de la force hybride moins dangereuse au Darfour A la demande de la France, les représentants du Conseil de Sécurité et les médiateurs des NU et de l'UA ont rencontré Abd el Wahid el Nour à Genève le 19 mars. Ce dirigeant historique de l'Armée de Libération du Soudan, refuse les négociations de paix sans suspension du conflit armé, ce que la communauté internationale jugeait déraisonnable. Il leur a expliqué que le non-respect par le gouvernement de deux cessez-le-feu et le non désarmement des janjawid font qu'il n'a pas confiance en Khartoum pour négocier. Ses interlocuteurs ont reconnu la nécessité de renforcer la sécurité générale au Darfour. L'un des faucons du régime, Nafi Ali Nafi, a dit aussitôt : «  Le Conseil de Sécurité ne nous arrêtera pas de combattre les rebelles, même si le monde entier hurle. Pas de conditions aux négociations de paix ». Décodé, c'est un vif mécontentement.

Le Statut (SOFA) de la Minuad (mission des NU au Darfour), a été signé avec Khartoum. Elle a droit d'abord à des stations de radio sous son contrôle exclusif pour donner des informations relatives à son mandat, ensuite à la liberté entière et sans restriction de mouvements sauf par air pour lesquels une permission de l'administration de l'aviation civile soudanaise est nécessaire, et aussi à des communications radio, portable, e-mail, entre ses différents sites, mais pas avec les troupes et véhicules en mouvement. Pour certains membres de son personnel : « Le mandat de la Minuad est plus restrictif que celui d'Amis ne l'était. ».

Cette Force doit assurer la protection des civils. Le Mouvement rebelle pour la Justice et l'Egalité (MJE), en allant soutenir le président Déby au Tchad, a abandonné sa région au nord de Geneina. Du coup, l'aviation, puis les hordes janjawid et enfin l'armée y ont attaqué les civils, tué, dont des membres d'ONG, pillé et brûlé trois villes, leurs écoles, dispensaires et agences d'aide, ont détrui t les puits, ont causé la fuite de quelques 50 000 personnes qu'ils ont empêché bientôt de se réfugier au Tchad. La Minuad a écrit un rapport accablant, mais n'a rien fait, n'ayant pas de mandat pour intervenir militairement.

Certes la Force n'a que 9 000 hommes sur les 26 000 prévus. Elle attendait en mars environ 8 000 éthiopiens et égyptiens. Pour cette force, le gouvernement soudanais ne veut, hors quelques chinois, que des africains. En effet, l'Amis créée par l'Union Africaine s'est, par incapacité, attirée l'antipathie des rebelles, des civils et même des janjawid, ce qui a bien arrangé Khartoum. Que le Conseil de Sécurité impose des troupes non africaines ! Déjà la Chine désireuse de se concilier l'opinion avant les jeux olympiques, a conseillé à Khartoum d'accepter Népalais et Thaïs.

Un espoir sur la Minucart et l'Eufor, déployées au Tchad et en RCA, a été mis pour leur impact positif sur le Darfour. En attendant, Khartoum a attaqué un de leurs véhicules égaré au Soudan, tuant un Français. L'Eufor a répondu qu'elle empêchera toute incursion au Tchad.

 

A Khartoum, témoignages d'un boom économique, les constructions de tours de bureaux, de centres commerciaux et d'hôtels pullulent, les automobiles de luxe et autres biens somptueux abondent. Qui sont ces nouveaux riches qui ne semblent pas s'inquiéter du Darfour ? Par exemple les membres du parti au pouvoir, le Congrès national (CN), qui profitent de la rente pétrolière. Curieusement, les membres du CN originaires de province n'investissent pas dans leur région d'origine. Les écarts de richesse entre prospères et pauvres dans la capitale, entre Centre et périphérie se creusent dans tout le pays. Ce dernier point fut une grande cause de toutes les insurrections.

Bételgeuse

 

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