Numéro 146 janvier - février 2008

 

DAR FOUR

 

CN, Congrès national, parti au pouvoir, M/ALS Mouvement armé de libération du Soudan

MJE Mouvement pour la justice et l'égalité, AWN: Abd el Wahid el Nour

 

Jour après jour

 

La Force hybride Minuad ( cf. éditorial) débuta par l'échange du béret vert, UA contre un béret bleu, NU. La Jordanie avait promis 260 hélicoptères pour le Darfour, mais à la suite d'une visite sur place, revint sur son engagement. La protection des camps de déplacés est l'un des principaux devoirs de la Force hybride. Toutefois son mandat de protection des civils est « sans préjudice de la responsabilité du gouvernement Soudanais. » La Force prépare un plan établissant dans les camps une police communautaire qui se conjugue à la police soudanaise. Elle assurerait la présence de policiers conseillers pour que les deux groupes atteignent « des standards internationaux. » Ces conseillers insisteraient sur les stratégies de protection des femmes et des enfants (ST 15 01).

 

Exactions Le Conseil des Droits de l'homme des NU a dissous le 14 décembre un groupe de huit experts chargés de surveiller les abus des droits de l'homme au Darfour après que le groupe ait accusé le Soudan, dans son rapport de décembre, de ne pas protéger les civils de viols, tortures et autres formes de violence, et, par surcroît, de les bombarder : «  Du 20 juin à la mi-novembre, au moins 15 a t taques terrestres et aériennes contre les civils ont eu lieu venant des milices et de la faction de Minni Minawi » (ex-rebelle ayant signé l'accord d'Abuja). Mais ils n'ont pu être informés sur tous les incidents à cause de « restrictions de mouvements, contraintes logistiques et insécurité ». L'Egypte, au nom du groupe africain avait fermement demandé de réduire les pressions politiques sur le Soudan qui pourra torturer tranquillement les civils. Certes Simar Samar, l'envoyée spéciale du Conseil des Droits de l'homme au Soudan, se voit confier leur travail. Que pourra-t-elle faire toute seule dans un pays cinq fois grand comme la France? C'est un compromis inacceptable.

 

Agriculture extensive au Darfour Comme l'écrivit Douglas Johnson, un des buts de la guerre du Sud fut l'exploitation des ressources par les peuples de la périphérie comme ouvriers agricoles temporaires; leur terre et leur eau devenant des actifs gouvernementaux. On le voit avec les investissements de la Ligue Arabe au Darfour pour l'agriculture extensive mécanisée, un système où la terre est propriété de l'Etat qui accorde des baux emphythéotiques sur des terres étendues à ses Amis, sans tenir compte des droits des cultivateurs conformément à la loi darfouri (Ashworth).

 

Humanitaire Le chef humanitaire des NU, John Holmes, fut vivement critiqué par le gouverneur du Sud-Darfour. Il dit que la sécurité avait empiré, le gouverneur répondit que les humanitaires peuvent aller où ils veulent. Le gouverneur semble ignorer la carte que nous avons reproduite dans le dernier bulletin. Onze travailleurs humanitaires furent expulsés cette année (Reuter 01 12). Selon les NU, le taux de malnutrition des enfants passa de 12,9% en 2006 à 16, 1% en 2007. Le seuil du taux d'urgence est 15%. Un milliard de dollars est dépensé par an; mais il y a trop d'insécurité, trop de régions où l'on ne peut aller, un accroissement des déplacements. (NY Times 27 12).

Selon le PAM, au cours du dernier trimestre 2007, 13 camions transportant son aide furent volés ou attaqués, 3 chauffeurs tués et seuls 3 camions retrouvés. Du 1er au 22 janvier, 23 camions furent volés et 19 chauffeurs introuvables. Les compagnies de transport refusent donc de prêter leurs véhicules quand le PAM transporte 40 000 tonnes de denrées par mois dont la moitié par camion. Le PAM redoute d'interrompre la distribution dans certaines zones d'ici mi-février (NU 23 01 08). Bradol, le président de MSF, souligne que les ONG sont attaquées en zone gouvernementale , le plus souvent avec l'appui des autorités .

 

Conflits Selon le MJE ( ST 25 12), de nombreux arabes l'auraient rejoint, 7 émirs et 22 commandants importants dont des janjawid ou des garde-frontière. Il devient la plus grande menace à l'armée soudanaise . En décembre, il attaqua la station pétrolière chinoise de Al Defra, (Kordofan), fermant sa station de pompage. Il veut que les Chinois dont le gouvernement utilise l'argent du pétrole pour la guerre, partent. Au Darfour Ouest, il dit avoir coupé la route Géneina/Zalingei, capturant 29 soldats, 32 véhicules et des armes lourdes et avoir descendu un avion militaire Antonov, tombé près de Nyala, (Reuter 16 12/ 0 12) ce que l'armée a nié. Mais elle n'a pas fait de commentaires sur le reste du communiqué. Le MJE enjoint à tous de lui demander une autorisation de vol 24 heures à l'avance, les avions militaires soudanais étant peints en blanc (ST AFP Reuter 27 12). Il prétend avoir capturé le 20 12 la garnison de Silaiaa près de Geneina, et avoir descendu un Mig 29 qui bombardait le Gebel Moon, ce que le gouvernement nie (ST 01 01).

 

Position des insurgés quant aux négociations Neuf ou onze petites factions rebelles ont formé à Juba un nouveau mouvement unifié ALS sous la direction d'Abd el Shafi. Leur approche d'Abd el Wahid fut inefficace. Khartoum pense que là, Sudistes et Darfouri se liguent contre lui, les médiateurs, soumis, cherchent à organiser des pourparlers ailleurs sous leur houlette. Ce qu'Abd el Shafi rejette. Il s'inquiète aussi de la politique partisane de la communauté internationale à l'égard de l'obstruction de Khartoum envers la Force hybride et souhaite que les insurgés soient traités sur un pied d'égalité avec le gouvernement soudanais (ST 19 01).

Abordons les insurgés importants.

Les 6 représentants du MJE à la commission du cessez-le feu furent arrêtés par la sécurité en décembre malgré l'intervention de l'UA (ST 30 12). Le MJE refusa de parler négociations avec Eliasson tant qu'ils n'étaient pas relâchés. Ils le furent, mais Khartoum refuse désormais leur présence à la commission.

Après leur libération, les NU ont interdit à Eliasson de rencontrer Khalil Ibrahim, l'aviation soudanaise ayant bombardé un lieu proche deux jours auparavant. Khalil Ibrahim lui a dit par téléphone qu'il ne participerait aux négociations que si les NU signaient un protocole sur le rôle de la médiation, le lieu et la date des pourparlers, et le nom des groupes invités. Il répète quotidiennement que l'équipe de médiation travaille à le marginaliser en invitant tous les rebelles. Il s'éloigne de l'ALS/AW en partageant le Darfour pour diviser les Four.

AWN avait exigé avant toute négociation la présence de la Force hybride. Elle n'a ni le mandat ni la force de désarmer les janjawid. Il demande donc maintenant une suspension de conflit. Il souligne que si la médiation souhaite que les négociations prennent le traité d'Abuja comme base et cherche à établir un document complémentaire, seuls les mouvements présents à Abuja (SLM/AW et MJE) seront présents. Les factions dissidentes seront sous leur protection. Si certaines refusent, elles pourront alors attendre la période suivante et participer au Darfour-Darfour dialogue (prévu à Abuja). Comme le MJE, il accuse la médiation de chercher à les marginaliser pour les punir de ne pas avoir signé Abuja. Il s'est indigné des tentatives de la médiation de le séparer de ses commandants par des déclarations trompeuses (cf. éditorial).

Le 18 janvier Eliasson soulignait à Juba que la reprise des combats était néfaste aux négociations, et le 19, à Khartoum, il leur montrait un optimisme prudent (AFP 18 01; ST 19 01).

 

 

 

 

 

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