|
Numéro 145 novembre - décembre 2007
|
SUD-SOUDAN
MLPS : Mouvement de libération pendant la guerre, puis parti politique au pouvoir au Sud
ALPS : Armée de libération pendant la guerre puis armée du Sud; CPA accord de paix du 09 01 05
Rompre l'impasse d'Abyei
International Crisis Group o ctobre Traduit et résumé par Vigilance Soudan Un des problèmes les pires du CPA est celui d'Abyei qui fait partie du Nord Soudan. Cette région, limitrophe du Sud, peuplée de Ngok Dinka, ethnie apparentée aux Dinka du Sud, à laquelle s'ajoutent en saison les nomades « arabes » Misseriya, fit partie du Sud sous le condominium jusqu'en 1905. Lors de la première paix du Sud de 1972, un référendum à Abyei devait décider s'il ferait partie du Nord ou du Sud. Il n'eut jamais lieu. En 2005, lors du CPA, cette décision fut prise à nouveau; c'était l'une des premières demandes du MLPS, à la tête duquel nombreux étaient des Dinka d'Abyei. Ce référendum doit se tenir juste avant le référendum d'auto détermination du Sud. Abyei devait être délimité de façon « finale et obligatoire » par la Commission internationale des frontières d'Abyei (ABC), composée d'experts. Khartoum n'a jamais accepté son rapport : la plus grande partie du pétrole du Nord venait de cette région. D'autre part il devait y avoir un statut administratif spécial et l'armée devait être des Unités Jointes Intégrée, Armée/ALPS. Rien de tout cela n'a jamais été mise en place. (VS).
Lors des négociations, on ne définit pas qui étaient les résidents d'Abyei. Ce devait l'être par la Commission de référendum à être nommée par la présidence. Le CN s'efforce toujours de faire inclure la population Misseriya dans Abyei, pensant qu'elle votera pour rester dans le Nord, ce que le MLPS refuse pour la plus grande partie d'entre eux qui sont des nomades et ont leur résidence ailleurs. Lors de la présentation du rapport ABC, en juillet 2005, Khartoum essaya de mobiliser la population Misseriya en la trompant sur ses droits de pâturage que promettait le protocole. Il supprima l'Etat du Kordofan Ouest à la fureur de la population principalement Misseriya, pour l'unir au Kordofan Sud où se trouve Abyei. Mais les Misseriya le prirent pour une offense. La communauté internationale ne donna là encore, qu'un soutien du bout des lèvres à la mise en oeuvre du CPA. En mai 2006, le CN et le MLPS créaient une commission pour discuter de ces problèmes. Ils tombèrent d'accord sur quatre options pour Abyei : arriver à un accord, ce qui manqua, porter le problème à la Cour constitutionnelle, ce que le MLPS refusa, cette Cour étant en majorité CN, appeler les membres de l'ABC pour qu'ils expliquent leur position, -le CN refusa, ils ne vinrent donc qu'au Sud-, enfin un arbitrage d'une tierce partie. Le Secrétaire Général du MLPS, Pagan Amoun, fit appel à l'arbitrage américain, refusé par le CN. La Commission d'Evaluation (AEC), sous présidence internationale, créée pour la mise en oeuvre de la paix échoua à faire avancer les choses. Khartoum proposa que l'unité administrative soit basée sur les frontières de 1995. Puis le MLPS apprit que le région d'Abyei était importante en 1995 et avait beaucoup diminué en 2000, car le gouvernement en avait exclu alors les régions pétrolières et qu'en 1995, le territoire était plus grand que celui du rapport. Une modeste amélioration fut l'établissement d'un comité pour étudier les frontières de 1974, 1977 et 1996. D'autre part, la communauté Misseriya est fâchée avec le CN ! Elle juge le Sud-Soudan un pouvoir plus amical que le gouvernement central : ce dernier commande l'exploitation pétrolière qui détruit l'environnement, n'apporte que très peu d'emplois et de bénéfices à la communauté, et a supprimé l'Etat de l'Ouest Kordofan qu'elle dominait. Entre 10 000 et 15 000 hommes du Mouvement Shahama (des combattants Misseriya alliés au MJE dont le Président Khalil Ibrahim recherche le pouvoir à Khartoum; ils ont participé à l'attaque au Kordofan de Wad Banga VS) campèrent à Deebab dans l'attente d'une petite délégation ALPS pour discuter de son intégration en son sein. Cette délégation fut cernée avant son arrivée par une importante force de l'armée soudanaise qui l'accusait de transporter ses armes au Nord. Seules les NU obtinrent un arrangement. Cette insertion est empêchée parce que, selon le CPA, si elle l'était, les Shahama devraient vivre au Sud. Toute autre solution amènerait un clash. L'armée soudanaise a maintenu à Abyei des forces importantes, dont 15 000 hommes à Heglig, sa capitale pétrolière. L'ALPS a mis ses forces au Sud d'Abyei et le long de la frontière Nord Sud en zone pétrolière. L'une des faiblesses du protocole est que les partis représentent les populations. L'Unité Intégrée Jointe n'a pas en fait été intégrée. Quand Khartoum a interdit aux NU de voyager au nord de la ville d'Abyei, Juba l'a interdit au Sud.
Le pétrole est un facteur très important de la politique soudanaise. Il lui permet de mener sa guerre au Darfour et de financer son principe, diviser pour régner. Abyei est dans une concession GNOPC (CNPC chinois, 40%, Petronas malaisien, 30 %, ONGC indien, 25%, Sudapet, soudanais, 5%). En 2003, plus du quart de la production pétrolière venait d'Abyei en Nile Blend. Mais la production décline. Elle est passé de 82874 barils/jour en 2004 à 66296 en 2006, vraisemblablement à 48787 en 2007 et 31279 en 2009. La production du bassin de Melut augmente, alors qu'Abyei ne semble plus avoir que 200 millions de barils de réserve. Si ces réserves sont minimes, en 2011 Abyei peut être un sujet de dispute moins important entre Khartoum et tout gouvernement indépendant éventuel du Sud. Abyei est traversé par une structure d'oléoducs et il se peut qu'il y ait des frais de transit. Le partage des revenus pétroliers spécifiques à Abyei devait être 50% pour le gouvernement, 42% pour le gouvernement du Sud, 2% chacun pour l'Etat du Bahr el Ghazal, celui du Kordofan Ouest, désormais le Kordofan Sud, les peuples Dinka et Misseriya d'Abyei. Comme Khartoum n'explique pas ses comptes, on ne peut savoir s'il inclut une partie pour Abyei dans l 'argent remis au Sud.
Les efforts pour créer une administration locale resteront probablement vains tant qu'il n'y aura pas d'accord sur les frontières. Il y a eu peu de pressions internationales à cet endroit et cela doit changer rapidement. Au niveau local, les NU devraient faire plus pour créer un espace de dialogue entre les leaders de communautés Ngok Dinka et Misseriya. Les relations semblent stables mais un déversement de population depuis le Darfour pourrait être arriver si l'impatience et la colère des Misseriya augmentent. Ce peuple semble toujours nourrir la crainte alimentée par le gouvernement soudanais de perdre ses droits de pâturage, quoique l'accord protège ces droits. Le MLPS a montré quelque flexibilité dans le partage des revenus pétroliers avec une offre officieuse de les partager en cas de référendum favorable au Sud. L'expertise pétrolière apportée par les Etats-Unis et la Norvège pourrait être étendue à un partage des revenus pétroliers à plus long terme. Les NU devraient proposer une zone démilitarisée à Abyei qui pourrait s'étendre à toute la frontière Nord/Sud. Ce qui arrivera à Abyei déterminera si le Soudan consolidera la paix ou retournera à la guerre. Le Congrès National a besoin de pressions internationales pour accepter les recommandations « finales et obligatoires » du rapport, mais il a aussi besoin d'une réflexion créatrice qui l'aide aux paiements dus pour le pétrole d'Abyei.
|