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Numéro 145 novembre - décembre 2007
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SUD-SOUDAN
MLPS : Mouvement de libération pendant la guerre, puis parti politique au pouvoir au Sud
ALPS : Armée de libération pendant la guerre puis armée du Sud; CPA accord de paix du 09 01 05
Le MLPS suspend sa participation au gouvernement d'Unité nationale
La décision prise le 9 octobre par le Bureau politique intérimaire du MLPS, retire 21 ministres et conseillers présidentiels MLPS du gouvernement d'Unité nationale jusqu'au respect du CPA. A la veille de l'ouverture des négociations du Darfour, la date était bien choisie. Elle alertait les rebelles sur le peu de respect que Khartoum porte à ses signatures.
Liste des reproches : Sur le plan Sud, délai délibéré de la démarcation des frontières Nord/Sud, non mise en oeuvre du protocole d'Abyei, non retrait du Sud des forces armées soudanaises, manque de transparence dans le secteur pétrolier, financement inadéquat du recensement, tentative de réduire les pouvoirs de la commission d'évaluation du CPA; Sur le plan national, obstruction à la transformation démocratique, au respect des droits de l'homme, détentions illégales (de centaines) d'opposants politiques, main haute des agences de sécurité qui ont, par exemple, fait un raid sur les bureaux du MLPS, leur prenant leurs documents vitaux, approche partisane du ministre de la justice, censure de la presse, absence de réconciliation nationale, absence du remaniement ministériel demandé au gouvernement d'Unité nationale, dilution du caractère collégial de la présidence, expulsion de diplomates sans consultation, campagne hostile de la presse contrôlée par le Congrès National, Al Intibaha, Akhir Lahza, Sudan Media Center. Le MLPS demande aussi la mise en oeuvre des accords de paix du Caire, d'Abuja, de l'Est, condamne les attaques d'Hashkanita, de Mahajiriya, (lire Darfour, attaques atroces) et appelle à une enquête sur ces affaires.
Une campagne MLPS efficace dans le Sud , y compris dans une église, informa les citoyens du problème, tout en disant ne pas vouloir le retour à la guerre. L e peuple du Sud-Soudan, « à 100% uni derrière Salva Kiir » (Arman), manifesta à plusieurs reprises par milliers en divers lieux en faveur de la décision MLPS. Le Parlement la soutint fermement. Dans ses discours, Salva fut humoristique, il dit que lui-même passait plus de temps à Juba qu'à Khartoum où il ne faisait rien (où son rôle de vice-président était rejeté). Deux bémols à l'unité du Sud, des Azande de l'Equatoria occidentale, et le Front Démocratique du Sud-Soudan, un tout nouveau parti issu d'une milice pro-gouvernementale ralliée à l'ALPS, reprirent les premières critiques du CN.
Ces critiques imaginatives, pittoresques et blessantes marquèrent une escalade des tensions. Le MLPS demanda que les points principaux du CPA soient appliqués au 3ème anniversaire de sa signature le 9 janvier 2008, sans toutefois exprimer de menaces. Il remit une liste de nominations au gouvernement d'unité nationale que le CN avait jusqu'alors refusée, avec le commentaire de Malik Agar, gouverneur MLPS du Nil Bleu, que le MLPS prendrait d'autres mesures, non spécifiées, si le CN bloquait le remaniement. Un peu plus tard, Riek Machar le vice-président du Sud-Soudan menaçait de retirer aussi les parlementaires MLPS du parlement national.
Pensant que c'était finaliser le problème, sans attendre sa rencontre avec Salva comme ce dernier lui avait demandé, l e Président nomma pour remplacer Lam Akol , Deng Alor aux Affaires Etrangères, un homme d'Abyei, arabisant et formé au Caire, qui connaît bien les dirigeants américains chargés des affaires soudanaises, dont le MLPS avait déjà demandé la nomination en 2005. Il démit Telar Deng comme requis. Mais Yasir Arman, le secrétaire général assistant du MLPS, premier de la liste, ne fut pas nommé. Ceci fait, Béchir pressa le MLPS de rentrer immédiatement au gouvernement. Il lança des menaces voilées, cette décision avait forcé le gouvernement à revoir les bases sur lesquelles la paix avait été atteinte. Salva Kiir refusa, de nombreuses autres demandes n'étant pas mises en oeuvre.
Avancées Le comité politique du Cessez-le feu donne à l'armée soudanaise et à l'ALPS jusqu'au 15 décembre pour se retirer respectivement du Sud (champs pétroliers), et du Sud Kordofan (Abyei), ajoutant qu'avec les inondations il avait été difficile de se retirer. Elias Waya, le chef ALPS du comité, déclara aussi que 5 000 miliciens sudistes attachés à Khartoum avaient choisi l'ALPS et devaient retourner au Sud. Selon Golf News, le ministère du pétrole demanda au Sud de nommer des représentants pour faire partie de l'équipe de vente du pétrole (20 12). Après plusieurs contacts politiques de Salva, l ors d'une troisième rencontre, Béchir et Salva Kiir, décidaient l'installation d'u n comité technique de 6 membres, dont le premier membre MLPS est Malek Hagar, pour tracer un programme de décisions concernant le recensement, la frontière Nord Sud, et la réconciliation nationale. Ceci devait être résolu avant le 31 décembre. . Abyei n'était-il pas mentionné? Pour Béchir on n'en parlerait plus et pour Salva on le ferait après. Autre explication, pour Béchir, il fallait parler de son administration temporaire, pour Salva s'occuper de ses frontières. Béchir aurait établi que cette enclave resterait au Nord. Les membres MLPS du comité auraient eu instruction de commencer par le problème d'Abyei, insoluble. Le comité s'est arrêté de travailler jusqu'à une quatrième rencontre Béchir/Salva Kiir.
La liste de plaintes du MLPS était connue depuis longtemps de la communauté internationale, mais il n'y eut quasiment pas de pressions, chacun se préoccupant plus du Darfour. La première réaction des NU fut que le commandant de leurs forces au Sud-Soudan dit que sa force est aveugle pour juger la force militaire gouvernementale parce que l'accès lui est refusé. Puis, par la voix d'Ashraf Qazi, leur envoyé spécial, les NU réitéraient leur engagement à aider les signataires à mettre en oeuvre le CPA. A l'appel du MLPS, le Conseil de Sécurité vota à l'unanimité la mise en oeuvre entière du CPA et la poursuite de la mission NU au Soudan (Sud). A la demande du MLPS, l' Ethiopi e membre important du médiateur l'IGAD, s'engagea à l'aider. La France puis l'Italie proposèrent bien inutilement une conférence internationale. La Chine, l'Egypte firent part à plusieurs reprises de leur souci. Béchir avait refusé l'intervention diplomatique des Etats qui s'étaient portés garants de l'application du CPA. Le premier; c'est les Etats-Unis. Lors d'un discours public en province il avait expliqué que si les étrangers intervenaient c'est qu'ils cherchaient une guerre entre le Nord et le Sud.
Sur ce Salva Kiir se rendit aux Etats-Unis. A la fureur de Béchir il ne passa pas par l'ambassade du Soudan. Selon lui, sa visite était « prévue de longue date ». Son but était de demander aux NU et aux Etats-Unis de faire pression sur Khartoum pour l'application du CPA. Il le remplit malgré la gaffe des gaffes américaine. Les Etats-Unis proposaient de renégocier le CPA à la suggestion de « soi-disant experts américains ». Est-ce le parti des Américains favorables à l'alliance anti-terroriste avec Khartoum, celui de ceux qui souhaitent la chute du régime ou celui de ceux qui sont capables de vendre le Sud en échange du Darfour ? Certes, Salva savait que la fragilité du CPA venait de ce qu'il n'entrait pas dans certains détails. On avait compté sur Ali Osman Mohammed Taha et Garang pour les finaliser. Ils n'étaient plus là, l'un sans pouvoir, l'autre sans vie. Pour Salva, à notre sens, renégocier pouvait durer 13 ans, comme d'Abuja 1 en 1992 à 2005 ; de plus le régime était plus riche, grâce au pétrole, et avait donc plus de pouvoir ; avec l'affaire de l'Irak d'un côté, celle du Darfour de l'autre, l'intervention des Etats-Unis serait de surcroît moins appréciée. Selon Wasil Ali (Sudan Tribune) cette offre infirmait le leadership de Salva et humiliait les Sudistes. Salva répondit donc aux Etats-Unis que c'était ouvrir une boîte de pandore, le CPA était mis en oeuvre à 90% et des modifications compliqueraient le référendum. Il rejeta tout de go la venue des « experts ». Lors d'une conférence au Woodrow Wilson International Conference , Salva Kiir dit qu'il n'y avait pas encore de percée, que le MLPS resterait en-dehors du gouvernement tant que toutes ses demandes ne seraient pas obtenues, que l'effondrement du CPA déstabilisearait la région en nourrissant l'instabilité, l'extrémisme et l'islamisme, que le CPA est un exemple pour les autres problèmes soudanais ; il pense que les Etats devraient faire plus de pression sur le Soudan. Le CPA doit aussi être appliqué dans sa dimension nationale démocratique. Il tint un discours semblable au parti démocrate. Sa différence d'appréciation de l'application du CPA surprit les Américains.
Béchir ne prit la proposition américaine de renégocier ni comme un abandon du CPA, ni comme un affaiblissement du Sud. Pendant le voyage de Salva, il appela les Forces de Défense Populaires, qui avaient longtemps combattu au Sud, à se rengager et ordonna la réouverture de leurs camps pour être prêts en cas de guerre avec le Sud. Le Darfouri Abd el Wahid el Nour s'indigna, le Darfouri Abdallah Yahya mit ses troupes en alerte maximum. Puis Béchir adoucit le ton et déclara que pour Abyei il acceptait la frontière de 1905. Est-ce le fond de sa pensée? Il sait que là le pétrole est presque épuisé mais tient à la terre. Salva rentra à Juba après un petit crochet par Nairobi où il demanda à l'IGAD, médiateur du CPA, de faire pression. A Juba devant un rallye monstre MLPS, il s'engagea à rencontrer Béchir et déclara que le Comité devait continuer à travailler Mais aujourd'hui ses membres MLPS sont toujours à Juba. Lors d'un discours depuis son église paroissiale, il dit que l'argent était déversé sur les Sudistes pour qu'ils votent pour l'unité : « Acceptez l'argent, mais votez ce pourquoi le Sud-Soudan a combattu » ajouta-t-il.
Dernières nouvelles . Le MLPS ne sait plus quand croire Béchir. Il vient de dire qu'il n'y aura pas de guerre. Le MLPS a convoqué à Juba trois anciens membres du gouvernement ; deux d'entre eux, Telar Deng et Aleu Ayeni sont suspendus du MLPS pour avoir voulu renverser Salva. Le problème d'Abyei ne sera plus traité par le comité mais par la présidence (Béchir, Salva, Ali Osman). |