Numéro 145 novembre - décembre 2007

 
 

DAR FOUR

M/ALS Mouvement/Armée de Libération du Soudan, MJE Mouvement pour la Justice et l'Egalité

 

 

Négociations de paix

Les Etats de l'Union Africaine, craignant d'avoir des rebelles chez eux, soutiennent Khartoum ; les Nations-Unies, ne demandant même pas leur avis aux spécialistes du Soudan, sont totalement incompétentes, vexées de l'échec d'Abuja. Elles songent que l'établissement de la force hybride serait plus aisé après un accord de paix et souhaitent en finir le plus vite possible. De leur côté, Khartoum et la Libye, voyant des débuts de scissions parmi les insurgés, arrivèrent, l'argent aidant, à susciter maints mouvements rebelles, souvent minuscules, que le gouvernement soudanais contrôlerait lors des négociations.

 

Les absents les plus importants : Abdel Wahid el Nour, fondateur du MLS, le rebelle le plus populaire de beaucoup au Darfour, refusa de se rendre à ces négociations (cf précédents VS) . Peu avant, son splendide isolement finissait. Le MLS d'Abd el Shafi, présent à Arusha, refusait aussi, largement sur les mêmes bases; le Mouvement pour la Justice et l'Egalité de Khalil Ibrahim, l'insurgé numéro deux, car puissant financièrement et militairement, refusait aussi ainsi que le MLS-Unité (Abdallah Yahya). Ces deux derniers déclaraient vouloir des médiateurs neutres et que soient présents seuls les insurgés qui l'étaient à Abuja. Selon Marc Lavergne, spécialiste émérite, une confédération de six groupes ne vint pas, demandant du temps pour une plate-forme de négociations ; ils étaient soutenus par l'Erythrée. Elle cherche à en faire une force politique qui perdure au-delà des négociations et l'aide à Khartoum. Le non-dit des groupes qui ne veulent pas aller en Libye, c'est la non application par Khartoum des quatre accords de paix signés depuis 2005.

 

Présents en Libye : Deux mouvements dissidents du MJE depuis 2007, l'un pour des raisons politiques, l'autre pour des raisons personnelles, un mouvement arabe, le Front des forces révolutionnaires démocratiques (dont nous avions parlé lors de notre dernier bulletin), le MLS G19 qui se sépara d'Abdel Wahid, se réunit à lui et vient de s'en séparer pour participer aux négociations ; aucun de ces mouvements n'avait été invité à la rencontre préliminaire d'Arusha. L'avaient été et était présents, le NMRD, un dissident du MJE depuis 2004, fort tchadien de réputation, le Front de forces révolutionnaires unies, mouvement arabe, et l'Alliance fédérale démocratique du Soudan.

Etaient présents aussi certains membres de la communauté civile, dont la Community development association, qui se plaint que son statut soit fort incertain, et le Darfur Peace Block, mécontent que la base de la société civile soit absente. Nous ignorons tout de ces associations. TOUS les déplacés, un tiers de la population, sont contre les négociations dont ils « n'attendent rien ».

 

Lors de l'ouverture des négociations, un quatrième cessez-le-feu fut annoncé par le gouvernement. De nombreux doutes subsistaient sur son application, d'autant que le jour même et le lendemain des avions soudanais bombardaient. Pire encore, le démantèlement de force des camps de déplacés. Une délégation MLPS (Sud) prévue était présente. Le représentant de Khartoum, menaça de partir si elle restait. Qaddafi proféra des paroles méprisantes sur la situation au Darfour avant d'accuser la communauté internationale de paralyser les capacités sociales darfouri (pour la paix). Il conseilla de ne pas provoquer Khartoum, affirma que ces négociations n'aboutiraient pas étant donné l'absence des rebelles importants, ce qui prouvait qu'ils n'en avaient pas besoin. Cette ouverture suffoqua les NU et quelque peu l'UA qui se gardèrent de faire des remarques. Les rebelles présents restèrent sans voix. Les médiateurs NU et UA décidèrent de poursuivre. Dès le lendemain les insurgés obtenaient que les négociations soient suspendues pour leur laisser le temps de s'entendre entre eux.

Pour unifier leurs positions, les MLS avaient tenté de se rencontrer au Darfour. Ils avaient été tant bombardés par l'aviation soudanaise qu'ils avaient dû interrompre ce meeting. Puis les NU ne firent rien pour faciliter ces rencontres sans le regard des Big Brothers médiateurs. Elles l'autorisèrent de courts instants à Juba malgré les efforts de Khartoum pour arrêter les rebelles. Après quoi elles les avaient emmenés droit en Libye, sans leur permettre de retourner au Darfour consulter leurs bases.

C'est à Juba qu'ils repartirent pour les consultations. Leur premier point d'accord, fut qu'ils sont tous très offensés des propos de Qaddafi et ne retourneront pas en Libye. Puis ils firent deux fédérations, chacune étant d'accord sur ses buts. A leur départ, Salva leur conseilla de rallier les grands absents.

 

Le médiateur NU, Eliasson, se manifeste peu. Le médiateur UA Salem Ahmed vient de dire qu'en l'absence des insurgés majeurs, les négociations sont futiles. Gérard Prunier, spécialiste du Soudan, personnalité bien connue du CNRS est très pessimiste :  « Pour pouvoir négocier et aboutir à un résultat fiable, il faut un minimum de confiance entre les parties. Or depuis cinquante ans, ....on n'a jamais vu ni un seul gouvernement soudanais négocier de bonne foi avec les rebelles ni un seul accord de paix qui n'ait été jeté à la corbeille lorsque les intérêts du pouvoir le demandaient. On comprend le refus de Abd el Wahid an Nour de négocier aujourd'hui, alors que la paix signée entre le Nord et le Sud en 2005 n'a jamais été sérieusement appliquée ...Les génocides ne peuvent être stoppés que par ceux qui sont directement impliqués....Si c'est le gouvernement qui le commet, la solution peut être d'armer les rebelles. »

 

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