Numéro 145 novembre - décembre 2007

 
 

DAR FOUR

M/ALS Mouvement/Armée de Libération du Soudan, MJE Mouvement pour la Justice et l'Egalité

 

Attaques atroces

Contre l'Union Africaine

L'UA transportait des chefs rebelles à Juba pour préparer les négociations. La défense aérienne menaça de descendre l'avion s'il n'atterrissait pas. Ce qu'il fit. Le 29 septembre au soir, une petite base de la force UA à Hashkanita fut attaquée par un millier d'hommes lourdement armés, venus dans trente camions et pick-up, appuyés par des blindés (info.NU). C'était la première fois qu'une telle attaque se passait. Dix soldats furent tués et sept blessés qui attendirent 18 heures les secours de l'UA. Les ordinateurs, les moyens de transmission, l'armurerie et les véhicules furent vandalisés ou pillés. Une quarantaine de soldats manquaient qui furent retrouvés sans que leur témoignage n'ait été publiée ni peut-être recherchée. Des officiers UA avaient vu le dimanche précédent des hélicoptères et des jets Mig-19 se diriger vers Hashkanita. L'UA accusa l'ALS-Unité, le Soudan, le MJE. Le MJE et l'ALS-Unité tenaient auparavant la région, mais fort menacés par 5 ou 6 unités janjawid convergentes, ils l'avaient quittée une semaine auparavant; (les humanitaires aussi). Le chef MJE, Khalil Ibrahim, jura qu'il n'était pas responsable et accusa les milices (janjawid). Des sources sures, contactées par Sudan tribune affirmèrent que l'attaque était le fait des janjawid (ST 01 10). Le MLPS rejoint tout à fait cette opinion. L'UA avait appelé au secours l'armée soudanaise toute proche, on voyait depuis Hashkanita les fumées des villages qu'elle brûlait (le Monde 05 10). Arrivée à la rescousse avec 800 janjawid, elle chassa les attaquants sans faire ni mort, ni blessé, ni prisonnier, ce qui paraît suspect. Elle brûla aussi quasi totalement la ville d'Hashkanita. La plupart des civils s'étaient enfuis lors de l'attaque mais certains étaient revenus chercher des vivres et de l'eau. On parle de 86 à 100 morts. L'attaque cherche-t-elle à décourager l'instauration de la force hybride ou/et à rendre les rebelles antipathiques ? Pourquoi cet incendie d'Hashkanita? S'agissait-il de détruire des preuves ?

L'UA, perpétuel soutien de Khartoum, dut identifier les coupables et cita les rebelles sans preuves. Après une dispute au Conseil de Sécurité, le président du moment, l'ambassadeur du Ghana, lut que l'attaque avait été perpétrée par des rebelles (Reuter 02 10). La plupart des journaux suivent sans analyse. Cinq semaines après, l'UA dit que des véhicules attaquants portaient le sigle du MJE.

Seul l'Etat a des blindés. Ils étaient présents lors de l'attaque.

 

Contre l'ALS/Minni Minawi, signataire de la paix de 2006

Le 8 octobre, armée et milice attaquaient Muhajiriya, une ville peuplée de 20 000 habitants appartenant à la faction de Minni Minawi, signataire de la paix d'Abuja en 2006, après un bombardement aérien faisant, selon les victimes, 50 morts et 20 000 déplacés (NU). Le gouvernement nie cette attaque mais les bombardements aériens étant bien confirmés, il ne peut en être que le seul responsable. Le lendemain l'attaque se portait sur les villages voisins. Le mouvement demanda une enquête et menaça de reprendre la guerre si ces attaques se renouvelaient. Les étrangers de MSF durent partir.

Le gouvernement organisa une conférence de reconstruction du Darfour avec la ligue arabe, au cours de laquelle auraient été décidés des investissements lourds ne tenant aucun compte des Darfouris, Minni, patron du Fonds de reconstruction n'y fut pas invité à sa fureur. Vingt de ses commandants l'ont abandonné pour Abdallah Yahia, non signataire. Minni se déclare favorable à la Cour Pénale Internationale dont il pourrait être le prochain inculpé.

 

Contre les camps de déplacés. Installation d'arabes étrangers.

Dans beaucoup de camps les habitants sont à leur immense majorité des partisans d'Abd el Wahid el Nour. « Installés aux portes des grandes villes et transformés en bastions rebelles, ils sont devenus des cibles pour les autorités qui en ont perdu le contrôle » , écrit Jean-Philippe Rémy ( Le Monde 13 11). Est-ce pour disséminer les partisans d'Abd el Wahid que le gouvernement cherche à démanteler les camps ? Est-ce pour que la Force hybride ne les retrouve pas ?

Nous annoncions ces crimes dans nos deux derniers bulletins. Le procédé semble le même partout. La police et l'armée enlèvent les habitants à coups de bâtons et de tuyaux. Détruisant les tentes et chargeant les biens dans des camions, ils emmènent les résidents plus loin, parfois jetés sans abri, là où l'aide humanitaire est interdite, près d'un camp de janjawid qui les déplacèrent et tuèrent les leurs. Certains déplacés s'enfuient. Les forces de sécurité arrêtent les fuyards. Il existe un plan de 99 détentions de déplacés, gardés au secret et battus. Si des forces UA arrivent, l'armée leur enjoint de s'en aller. Les NU s'inquiètent de la répétition de ces actes interdits par le droit international (AI AFR 54/058/2007 via Relief Web). Les 100 000 habitants de Kalma redoutent le même sort. La police leur a ordonné de rendre leurs armes sous la menace de les reprendre de force. Les déplacés ont bloqué les voies à l'intérieur du camp. Les humanitaires disent que les forces gouvernementales les empêchent d'y accéder.

 

Avant la saison des pluies, 30 000 arabes du Niger ou du Tchad se sont installés au Darfour dans des villages proches de la frontière tchadienne qu'avaient fuis les Darfouris, souvent Masalit. Ils ont reçu des papiers d'identité soudanais, des outils et des semences. Les pluies s'arrêtant, de nouveaux immigrants de même origine apparaissent, aussi, plus au Sud. Les Darfouris sont extrêmement inquiets de l'organisation par le gouvernement de leur remplacement sur leurs terres .

 

Divers

Le MJE déclara vouloir attaquer tous les champs pétrolifères, source de finances et d'armes pour le Soudan. Il attaqua Defra (Block 4, Ouest Kordofan côté est) et prit en otage cinq ingénieurs égyptien, irakien et soudanais. Sur intervention égyptienne, ils les relâchèrent. Le nombre de véhicules volés augmente; les chauffeurs sont parfois blessés, temporairement enlevés; on ignore qui est responsable.

 

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