Numéro 145 novembre - décembre 2007

 
 

Force hybride, faible force. Les négociations, le mors aux dents.

Coup de tonnerre au Sud

P our se débarrasser de la venue de la Force hybride NU/UA, Khartoum voulut l'effrayer en attaquant les forces de l'Union Africaine à Hashkanita avec des blindés (cf. Attaques atroces contre l'UA). Il se bat aussi sur la composition des Forces. Les NU ne demandent que 572 non-africains. Le régime ne veut que des africains car ils n'ont ni transports, ni communications, ni personnel compétent pour s'en servir. Il fait traîner les choses, ne répond officiellement ni aux demandes de terrains des NU, ni à la composition du contingent proposée. Il refuse les hommes au cas par cas, les Thailandais, sans explication, ils ont une armée très sophistiquée, les Norvégiens et les Suédois, « des émanations de la CIA et du Mossad». Officieusement il n'accepte comme non-africains que les Chinois et les Pakistanais dont les Darfouri, qui vibraient d'espoir, ne veulent pas, car ils sont favorables à Khartoum, et la Chine fournit les armes qui les tuent. Les NU ont envoyé une équipe s'assurer que les troupes promises ont les capacités et l'équipement nécessaires pour opérer, et demandé des hélicoptères aux Etats. Ces derniers hésitent ne sachant trop l'usage qui en sera fait. Pour les renforcer dans cette opinion, Khartoum interdit à six hélicoptères l'aéroport d'El Fasher et saisit deux paraboles satellite de communications des NU qui en sont réduites à demander des chameaux de combat à l'Inde. Khartoum exige d'accorder des autorisations à la Force pour les télécommunications et les mouvements de troupes, et interdit le vol de nuit. « Protéger les civils ne s'arrête pas la nuit » dit Guéhénno. La Force hybride viendra-t-elle ? (cf. Force hybride)

 

La communauté internationale souhaitait un accord de paix le plus rapidement possible au Soudan. Pour plaire à Khartoum, elle lui proposa des négociations chez son ami Qaddafi, avec, cela alla sans dire, le même médiateur UA que pour le désastreux accord d'Abuja et l'invitation d'une foultitude de groupes insurgés minuscules. Le rebelle le plus ancien et le plus populaire, Abd el Wahid el Nour, MLS, refusa de s'y rendre. Il fut rejoint par Khalil Ibrahim, chef du MJE, qui a peu d'écho mais beaucoup d'argent et d'armes, puis par d'autres. A l'ouverture de la négociation, Khartoum, qui venait d'imposer des mois de combats et d'exactions, promit un cessez-le-feu qui ne l'empêchera pas de démanteler par la force des camps de déplacés. Qaddafi parla : les déplacés restaient dans des camps pour être nourris gratuitement, cette affaire était due à un chameau, ce n'était qu'une guerre tribale dont seuls les Etats voisins pouvaient s'occuper. Il ajouta, au grand désaccord des médiateurs, que l'absence des mouvements importants rendait la poursuite des rencontres inutiles. Les rebelles demandèrent une pause ailleurs afin de négocier entre eux. Ce qui leur fut accordé. Arrivés à Juba, ils tombèrent d'accord : la Libye n'est pas est un lieu de négociations. Ils se fédéreront en deux groupes. Selon le médiateur UA, qui baisse les bras, en l'absence des principaux rebelles, les négociations sont inutiles. Pour Gérard Prunier : « la solution peut être d'armer les rebelles. »

 

L e Sud se regimba. Faisant face à la non application du traité de paix (CPA), le bureau politique du MLPS, le parti au pouvoir au Sud, suspendit à l'unanimité sa participation au gouvernement d'Unité nationale. L'occasion lui donnait plus de poids. Cette décision, intervenue peu avant l'ouverture des négociations du Darfour, enlevait aux Darfouri l'illusion sur ce qu'apporte une signature futile de Khartoum. Il fut très soutenu par le peuple du Sud-Soudan.

Certes, le régime n'applique non plus ni l'accord du Caire, ni celui du Front Est, ni celui d'Abuja . Pour le CPA, il semble avoir espéré que, parmi tous les reproches faits, l'absence de frontières Nord/Sud, l'opacité des arrangements financiers pétroliers, la présence de l'armée soudanaise au Sud, empêcheraient tout référendum d'autodétermination. Pour le Sud, la goutte d'eau qui fit déborder un vase plein d'absence de démocratie et de respect des droits de l'homme au Soudan, fut peut-être la présence, au ministère des Affaires Etrangères, du MLPS Lam Akol, qui, pour en être traité comme un vrai ministre, se pliait à la moindre fantaisie du Congrès National (CN). Salva avait demandé son retrait, comme le CPA lui en donne le droit, ce que Béchir avait refusé.

Finalement, Béchir remania le gouvernement, à peu près selon les demandes MLPS, auquel il enjoignit d'y reprendre ses activités. Point, rétorqua Salva Kiir, toutes nos demandes ne sont pas satisfaites. Lors d'une longue rencontre, Béchir et Salva décidèrent d'établir un comité technique de six membres qui tracerait un programme de décisions pour les problèmes propres au Sud. Ils avaient un différend concernant Abyei (cf. le MLPS suspend....) que ses membres MLPS auraient eu l'ordre de traiter en premier. Ce Comité allait décider qu'il ne pouvait avancer ses travaux sans une rencontre entre Béchir et Salva.

La communauté internationale s'alarmait et pressait Khartoum d'appliquer le CPA. Les Etats-Unis en avaient garanti le respect. Mais Béchir refusa toute intervention étrangère, les Occidentaux, dit-il, souhaitaient une guerre Nord/Sud. Or Salva, invité de longue date aux Etats-Unis, s'y rendit au vif mécontentement de Béchir, qui appela sous les armes les milices des Forces Populaire de Défense pour se préparer à une reprise de guerre avec le Sud. L'administration américaine fit à Salva une mauvaise surprise. Mue peut-être par le désir de faire tomber le régime soudanais, elle voulait que le CPA soit renégocié. La recherche de cet accord avait duré treize ans. Salva refusa, cela empêcherait le référendum, il était appliqué à 90%, argua-t-il. Mais il dit à d'autres combien le CPA était peu mis en oeuvre. Ces divergences de propos fâchèrent les Etats-Unis, et calmèrent peu Béchir.

A son retour à Juba, Salva Kiir rassura les foules sur un avenir pacifique et heureux. L'ALPS s'arme.

Bételgeuse

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