Numéro 144 septembre - octobre 2007

 
 

D A R F O U R

A/MLS Armée Mouvement de Libération du Soudan, MJE Mouvement pour la Justice et l'Egalité

Combien de morts ?

(Le Conseil des Affaires publiques europo-soudanaises – ESPAC – dirigé par David Hoile, au passé très trouble, fut certainement organisé et est toujours financé par le gouvernement soudanais. Il porta plainte auprès d'ASA, l'autorité britannique des Niveaux d'annonces, contre les ONG Save the Darfur, américaine, et Aegis Trust, britannique, pour avoir fait une publicité de 400 000 morts au Darfour pendant la guerre, L'ESPAC ne peut faire autrement que parler de 200 000 morts alors que Khartoum en mentionne 9 000. L'ASA lui donna raison car ce sont des « sujets sur lesquels les opinions divergent. Les défenseurs auraient dû marquer leurs sources. ». Eric Reeves avait fait une étude en avril 2006, arrivant à plus de 450 000 morts. Alex de Waal reste en-deçà VS).

 

Alex de Waal Human Rights Watch

17 08 07 Points principaux

 

Save Darfur et Aegis Trust insérèrent une annonce « Massacre au Darfour, 400 000 ... tués. » en sous-entendant à tort que tous moururent de violence ; ce ne fut pas relevé par l'ASA.

Les études que nous soutenons sont GAO; Center for Resarch on the Epidemiology of Disasters (CRED) et Bloodhund qui analyse les morts par violence d'avril 2003 à septembre 2005. Ce dernier double les chiffres du CRED,« mais ses méthodes n'ont pas été étudiées ». Peu de données existent pour les populations qui ne sont pas atteintes par les ONG. Les peuples du Darfour sont plus durs et plus habiles à survivre à des crises de nourriture que les outsiders ne l'estiment. Les NU compilent mais ne publient pas les rapports de morts violentes depuis l'automne 2004. Les pics concernent la défaite des forces gouvernementales par les rebelles (début été 2006) et les combats entre arabes, Terjam contre milice Mahariya. L'inflation des estimations peut déprécier la souffrance. Même la mort de 200 000 personnes est un crime de premier ordre.

Eric Reeves The Guardian 20 08 07

Traduit et résumé par VS

Quelle est la mortalité depuis février 2003, début de la guerre ? L'ASA n'est pas la meilleure source

pour comprendre les complexités des évaluations concurrentes, allant de 9 000 selon Khartoum à bien plus de 450 000 comme nous l'avons écrit. Pourquoi cela a-t-il de l'importance ? En février 2004, une des années les plus destructrices du génocide, les NU estimèrent à 3 000 le nombre des morts, un nombre stupidement bas. Les efforts des activistes obligèrent à un vrai examen des chiffres disponibles, qui étaient en fait très limités. Cette pression aida à obtenir des données plus importantes quoiqu'elles n'appliquent pas toujours les règles de l'épidémiologie.

Les données les plus controversées vinrent, en août 2004, d'une étude de l'ONG Coalition pour la Justice Internationale (CIJ) destinée à savoir s'il s'agissait d'un génocide. Les 1136 interviews conduites au hasard parmi des réfugiés darfouriens au Tchad près de la frontière, venaient de professionnels qui avaient enquêté, sur des génocides précédents, les droits de l'homme, ou l'application de la loi. Ils avaient des ressources importantes et un grand nombre d'interprètes*.L'immense consensus parmi les enquêteurs fut que le génocide avait eu lieu et continuait. Leur travail fut à la base de la décision américaine de le reconnaître. Le CIJ présenta des données fort significatives et importantes sur la mortalité. Selon les organisations humanitaires, la cause accablante des morts alors fut la violence. Vers la fin de l'été 2004, ce fut la maladie et la malnutrition, liées à la violence.

Trois études essayèrent de prendre en compte les données CIJ. Tout suggéra que le nombre de morts se situait entre 350 000/400 000 et plus. Cette utilisation jusqu'à fin 2005 fut jugée durement par le Bureau de Comptabilité du Gouvernement américain (GAO). Sans prendre en compte ces données, on ne peut calculer les morts de façon efficace. Ces postulats ne furent jugés déraisonnables, ni par le GAO ni par l'ASA. Si on ignore ces données, le taux de mortalité violente est très sous-estimé.

Il faut prendre aussi en considération la durée étudiée par les diverses estimations. Le conflit dure 54 mois. Aucune étude prise en compte par l'ASA et le GAO n'en tient compte. Celle favorisée par le GAO reflète environ un tiers de la durée du conflit. L'étude de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), publiée au printemps 2005** , et celle des NU, en été 2005, eurent des conséquences. Un important officiel des NU nous dit alors en termes énergiques qu'il n'y aurait plus d'études de mortalité à cause du harcèlement violent de Khartoum. Le régime était clairement déterminé à rendre impossible des hypothèses. Même les données des NU de 2005 exclurent, à cause de l'insécurité, la plus grande partie du Darfour Sud, région qui compte la moitié des habitants.

Il ne peut y avoir aucune certitude sur la mortalité totale. Mais il nous faut une fourchette. Le taux plancher fut donné par Science en septembre 2006, 200 000 morts sous la plume des professeurs Hagan et Palloni. Ils exclurent les données CIJ, en utilisant d'autres plus précises mais moins révélatrices. Toutefois, Hagan au printemps 2005 avait déclaré au New York Times le 15 09 06 : « Nous pourrions facilement parler de 400 000 morts. » Cet auteur s'étant surtout basé sur les données CIJ et OMS, il avait conclu en avril 2006 à 450 000 morts. Francesco Checchi de la London School of Hygiene and Tropical Medicine avait déclaré notre estimation « mathématiquement correcte » et « suffisamment légitime » pour établir un chiffre plafond.

Quatre cents mille morts est une estimation pleinement crédible. Si ce n'est pas un fait démontrable, c'est beaucoup plus qu'une opinion. (Contrairement à ce qu'a jugé l'ASA vs.)

 

* Résultats CRJ ; 61% des interviewés furent témoins du meurtre d'un ou plusieurs membres de leur famille ; hors leur famille, 67% d'un meurtre, 28%, de morts des suites du déplacement avant d'atteindre le Tchad. L'étude ne put prendre en compte les familles où tous furent tués. (Reeves 28 04 06).

**180 000 morts, seulement pour la maladie et la malnutrition, et calculés depuis septembre 2003 et non février., jusqu'au printemps 2005 (Reeves 28 04 06).

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