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Numéro 144 septembre - octobre
2007
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DROITS DE L'HOMME
Deimos Arrestations arbitraires L'avocat Kamal Omar a été inculpé de diffamation et mis au secret le 3 septembre : principal défenseur devant la cour réunie pour juger le meurtre de Mohammed Taha, il avait publié la semaine précédente, dans le journal du Parti Populaire auquel il appartient, un article sur les tortures infligées aux suspects par les services de sécurité. Taha, éditeur du quotidien arabe al-Wifaq s'était attiré la vindicte des islamistes par ses articles sur les origines du Prophète. Son cadavre décapité et ligoté fut retrouvé en septembre 2006 sur une piste de la capitale. La plupart des 19 accusés sont des Fur, majoritaires au Darfour. Début août, deux d'entre eux sont revenus sur leurs aveux. Ishac al Sannusi affirma qu'un officier brandissant une seringue l'a menacé d'une injection mortelle et qu'un autre, plus âgé, lui dit pendant l'interrogatoire que « il tuerait tous les Fur et violerait leurs femmes ». Plusieurs incidents ont émaillé le procès depuis qu'il s'est ouvert en février : une femme a accouché en prison et le témoin-clef de l'accusation, une femme qui aurait entendu trois hommes comploter l'assassinat, n'en a reconnu qu'un (Reuter, ST, 9 08, 3 09).
Dangereuse contamination chimique au Sud Le réseau Famine early warning system met en garde contre une dangereuse contamination chimique due à la production pétrolière, qui touche les hommes et le bétail (AC 23 07)
Menace terroriste à Khartoum, lourde censure des journaux Le 18 août, la Grande-Bretagne prévenait ses ressortissants d'un « risque élevé d'attaques terroristes contre les intérêts occidentaux », après la découverte à Khartoum de trois caches de grenades et de munitions et l'arrestation de huit Soudanais. Selon le ministère de l'Intérieur, cette affaire n'aurait rien à voir avec le terrorisme mais avec les perspectives de paix au Darfour, qui inciteraient les rebelles à entrer dans la capitale avec leurs armes. Le journal al Rai al Shaab (17 000 exemplaires détruits), lié au Parti du congrès populaire, et les quotidiens indépendants al Sudani , al Shahafa et al Ayyam ont été censurés pour avoir transgressé l'embargo du gouvernement. Les autorités affirmèrent détenir tous les complices sauf deux et ne craindre aucune « menace terroriste ». (Reuter, ST, 18 08, 21 08, 22 08, 25 08).
Fin de l'immunité pour les policiers ? Des décrets levant l'immunité judiciaire des policiers accusés de crime viennent d'être publiés – l'armée et les services de renseignement ne sont pas concernés par cette mesure. D'autres décrets dont nous ignorons tout, portent sur le traitement des détenus civils et des quelque 70 observateurs internationaux opérant au Soudan, pour la plupart au Darfour. (Reuter, ST, 21 08).
USS Cole La cour de Norfolk en Virginie (USA) a condamné le Soudan à verser 7,9 million $ d'indemnités aux familles des 17 marins du USS Cole, tués en 2001 dans l'attentat suicide de deux militants d'Al-Quaida dans le port yéménite d'Aman. L'argent sera pris sur les 68,2 millions d'actifs soudanais gelés par les autorités américaines en raison des liens terroristes du régime. Khartoum, a déclaré vouloir faire appel du jugement ( Reuter, ST , 25 07, 27 07).
Guantanamo Après la libération de Sami al Hajj, caméraman de la chaîne d'el Jezira arrêté en 2001 en Afghanistan, les familles de neuf autres détenus ont manifesté devant l'ambassade des États-Unis à Khartoum pour obtenir leur élargissement. Les Américains l'ont relâché après une grève de la faim de plus de 200 jours, à condition qu'il ne retourne pas travailler au Qatar. Ils ont refusé d'ouvrir leur base de Guantanamo à une délégation du Parlement soudanais (Reuter, ST, 9 08, 15 08, 19 08).
Libérations 847 femmes et 158 enfants emprisonnés pour avoir produit de l'alcool ont été libérés. Béchir avait déjà accordé des grâces l'an dernier, mais les prisons s'étaient à nouveau emplies. Joshua Dau Dew, responsable de la commission chargée de la protection des non musulmans de Khartoum, envisage de « rapatrier les volontaires, ou de trouver des aménagements pour satisfaire leurs besoins. » ( Reuter , ST , Journal du Dimanche , 05 07).
Vaccinations Alertés par quelques cas de poliomyélite signalés au Tchad, l'Unicef, l'OMS et le ministère de la santé soudanais ont formé près de 40 000 personnes pour vacciner en trois jours 4,9 millions d'enfants de moins de 5 ans, vivant dans les régions frontalières du Nord et au Darfour – où les inondations ont empêché d'atteindre 20 % de la population cible. Les combats de la région d'Avila (Sud Darfour) ont interdit toute intervention. ( Reuter , ST 8 08).
Inondations En 2006, la cote du Nil à Khartoum a dépassé celles des deux crues de 1946 et 1988, faisant 27 morts et détruisant 10 000 maisons ; pour la première fois depuis des années, une épidémie de choléra a touché 25 000 personnes et en a tué 700. Cette année, depuis juin, les pluies diluviennes qui tombent sur le pays ont entraîné presque dans tout le pays des inondations d'une ampleur inégalée. Des communautés entières ont été dévastées, les crues emportant le cheptel et endommageant gravement les fermes, routes, ponts, latrines, hôpitaux, écoles, submergeant par endroits les puits, réservoirs et usines de traitement des eaux : début septembre, on déplorait plus d'une centaine de morts, près de 300 blessés, 195 écoles et 70 000 maisons détruites, 50 000 hectares ravagés, 36 000 têtes de bétail noyées. Le choléra s'est déclaré ; le 14 août, un représentant de l'OMS précisait : « alors que nous considérons comme élevé un risque évalué à 2-3 %, à Gedaref, il est estimé à 6-7 % » ; le 22 août, un rapport officieux du ministère de la santé reconnaissait que, dans 70 % des cas de diarrhées observées dans l'Est, le test du choléra était positif mais le nom de la maladie reste tabou à Khartoum, où les officiels parlent de « diarrhée aqueuse aiguë » ; le 5 septembre, on comptait un millier de malades et une soixantaine de victimes. Le Bureau de l'ONU pour la coordination des crises humanitaires a envoyé des camions-citernes d'eau potable dans les zones les plus touchées, fourni aux populations déplacées des tentes ou des feuilles de plastique pour faire des abris, des jerrycans, des batteries de cuisine, des couvertures et des nattes pour dormir, mis en place 17 centres où des volontaires donnent des conseils d'hygiène tout en distribuant tablettes de chlore, moustiquaires et savons. Critiqué dans les journaux pour n'avoir pas anticipé ce désastre, le gouvernement a mis en place un centre de crise fin juillet ; bien que l'ONU ait alloué une aide de 13,5 millions de $, dont 8,5 pour 11 projets de secours d'urgence pilotés par cinq de ses agences, le Soudan lui reproche de sous-estimer les besoins, qu'il évalue à 34,7 millions de $. D'après le chef de la Commission d'évaluation des effets des pluies et des crues, le pays a dépensé 25 millions de $ sur ses fonds propres et reçu des pays arabes 50 millions de $ pour secourir les quelque 70 000 familles et 3,5 millions de personnes affectées. La communauté internationale, dit-il, doit maintenant aider son pays à « éviter les effets de la détérioration écologique » entraînés par cette catastrophe. Les météorologistes ne prévoient aucune amélioration avant la fin de la saison des pluies, en octobre. (Reuter, ST, 3 07, 10 07, AFP, ST, WFP, 12 07, AFP, ST, Xinhua, 18 07, ST, ST, 29 07, 1 08, AFP, ST, 8 08, IRIN, AFP, ST, 9 08, Reuter, ST, 14 08, AP, ST, 16 08, AFP, ST, 17 08, AP, ST, Reuter, ST, 20 08, Reuter, ST, 22 08, 24 08, AP, ST, 29 08, Reuter, ST, 04 09, 05 09)
Soigner les soignants Lancé en 2001 par la Conférence des évêques catholiques du Soudan, ce programme s'adresse aux cadres ecclésiastiques et à tous les fidèles soucieux d'aider leurs compatriotes à surmonter les traumatismes liés à la guerre civile et aux violences innombrables qu'elle a déchaînées. Au cours d'une formation donnée en deux fois deux semaines, les futurs conseillers abordent les troubles émotionnels et cognitifs, les symptômes de détresse physique et psychique. Mettant l'église d'Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix, ce projet veut aboutir à une vraie guérison des victimes en les aidant à restaurer leur intégrité personnelle. L'ouverture en 2006 à Rumbek d'un premier centre pilote de conseils et de ressources, anticipe l'ouverture de structures analogues dans les diocèses d'el Obeid, Torit, Yei, Tombura Yambio et Wau. La préoccupation principale est maintenant d'arriver à diffuser cette démarche dans le Nord-Soudan, où il est très difficile d'obtenir des visas d'entrée. ( Heal the Healers, annual report 2005/2006 , Nairobi, Kenya : healers@clubinternet.com )
Noces collectives Pour la sixième fois en cinq ans, les organisations islamistes Ihsan et le Conseil des Aumônes ont marié quelque 1250 jeunes soudanais. À la fin de la cérémonie, les couples ont reçu une valise pleine de vêtements et une batterie de cuisine. Le succès de telles opérations s'explique par la lourde charge financière de la dot et du coût de la fête pour les hommes des familles pauvres. ( Reuter , ST 11 08).
Réfugiés palestiniens au Soudan Depuis la guerre d'Irak, près de 19 000 Palestiniens ont quitté le pays. Béchir a accepté d'en accueillir 1400, bloqués sur la frontière de l'Irak avec la Syrie, qui refuse de les recevoir. Mais après 20 ans de guerres, de famines et d'épidémies, 4 millions de Soudanais, dont près de 2 millions au Darfour, luttent eux-mêmes pour avoir l'eau potable, la nourriture et les soins médicaux dont ils ont un besoin urgent. ( ST , 29 08)
Nationalité israëlienne à des Darfouri Le gouvernement va accorder la citoyenneté israëlienne à 300 réfugiés Darfouri. Il espère ainsi clore la polémique qui l'a opposé cet été aux partisans du droit d'asile, indignés du sort fait aux migrants. Le 2 août, le meurtre, commis sous les yeux de soldats de Tsahal, de quatre Soudanais à coups de feu, de pieds et de bâtons par les gardes-frontière égyptiens a enflammé l'opinion. (Les Israëliens pensent devoir soutenir les vicitmes de génocide VS). Une pétition affirma que le peuple juif a l'obligation morale d'accorder sa protection à ceux qui la lui demandent. Pourtant le 18 août, Israël renvoyait en Égypte 50 Soudanais. Depuis le printemps, l'afflux de Darfouri venus des bidonvilles du Caire, première étape de leur exil, s'explique par l'espoir d'être mieux traités et de pouvoir faire vivre leur famille. Le premier ministre Ehud Olmert a longtemps atermoyé. Pour Meir Sheetrit, ministre de l'Intérieur, « Israël, avec son histoire, doit offrir assistance. I Mais un quota doit être fixé. » ( Reuter , Rafah , 11 07 ; AFP , Rafah , 22 juillet ; ST , Rafah , 23 07 ; AP , 02 08 ; AFP , 03 08 ; Le Monde , 04 08 ; AP , 06 08 ; Reuter , ST , 08 08 ; AP , 10 08 ; AFP , AP , 19 08 ; HRW , 24 08 ; AP , 5 09.) |