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Numéro 143 - juillet _ août
2007
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DAR FOUR
L'horrible quotidien
des janjawid, de l'aviation, des hommes de la paix d'Abuja Ibrahim, Darfouri, gratte une tombe collective devant un reporter et photographe d'Associated Press, près de Mukjar, au Darfour-Ouest. Le vent a emporté le peu de sable qui la recouvrait. Pour les travailleurs humanitaires et le personnel des NU, cette tombe est l'une des trois douzaines découvertes dans la région où eurent lieu les exactions rapportées par la CPI. Les janjawid se promènent toujours dans le marché avec leur mitrailleuse à l'épaule. « Nous vivons côte à côte avec les meurtriers de nos familles mais n'y pouvons rien » , dit Ibrahim. Dix personnes de la sienne furent tuées lors d'un raid dans son village, où il n'y avait pas de rebelles. Il les enterra puis alla se cacher à Mukjar. Arrêté la semaine suivante il resta prisonnier huit mois. Pendant un mois, il vit avec d'autres témoins, chaque jour, des prisonniers piqués au hasard et emmenés à la mort. Ibrahim a vu Kushayb (un des hommes inculpés par l'ICG), en faire sortir trois et leur briser la tête avec une hache. L'autre inculpé, l'actuel ministre des affaires humanitaires, était assis à l'ombre et applaudissait. Un des témoins a été battu avec une barre de fer et a vu flageller, brûler et arracher des ongles à d'autres prisonniers. « Nous avons toujours peur, nous vivons à Muklar comme dans une prison sans murs, mais nous ne pouvons pas partir » dit Ibrahim.
Les ex-rebelles de Minni Minawi, tous Zaghawa, règnent dans la région Massalit de Gereida, sans présence gouvernementale. Ils y ont attaqué des soldats de l'UA, à laquelle ils ont volé treize véhicules et n'en ont rendu qu'un. L'UA fait état d'un seul de leurs soldats tués, mais les ex-rebelles de treize. Oxfam s'est retirée de la région. Une travailleuse humanitaire a été violée, un de ses collègues durement battu et d'autres soumis à des simulacres d'exécution. « En dépit de nos demandes répétées, personne ne s'est vu demander de comptes, aucun objet volé n'a été rendu et on ne nous a pas assuré que des attaques similaires n'auraient plus lieu. » Pour enquêter sur une tuerie de 42 personnes ayant eu lieu dans la région, les résidents rejettent une commission établie par Minni Minawi ; ils exigent un comité local et un recours à la justice. Le porte-parole militaire de Minni, lui, souligne dans une interview à Alwan que, selon l'accord de paix d'Abuja, 4000 ex-rebelles devaient être inclus dans l'armée, 1000 dans la police et 3 000 suivre un entraînement. Le non-respect de cet accord est un plan pour ôter au leader toute autorité.
Mille cinq cents personnes ont fui de Dafak (Sud-Darfour) bombardée par des avions et des hélicoptères et marché 200 kilomètres avant d'arriver en RCA. Les avions soudanais s'amusent aussi à survoler à basse altitude des camps au Sud-Darfour pour terrifier les déplacés (ST 04 07). Selon un rapport des NU à Khartoum le 27 juin, dans l'Ouest Darfour, près de Zalingei, les vols de voitures, les meurtres, les enlèvements et les viols ont beaucoup augmenté ; près de 200 janjawid ont attaqué la région du Gebel Moon, on ne sait rien encore des résultats ; des bombardements et attaques janjawid ont causé la fuite de milliers de personnes. Le camp de Al Salam, qui accueillait 13 000 personnes en mars, en reçoit aujourd'hui plus de 33 000. Au Nord Darfour, 2700 nouveaux déplacés sont arrivés à el Fasher en juin ( ST 04 07). Les ONG se font désormais livrer nourriture, médicaments et autres par hélicoptères puisque les véhicules sont volés. MSF Suisse est un des rares à assurer les soins dans les villages situés à 20/25 km de Geneina. Dans la ville, l'eau des puits est à 10 mètres, les ONG paient 1000 dollars de loyer. Les voitures passèrent de cinq à quatre cents depuis la guerre. |