Numéro 143 - juillet _ août 2007

 
 

DROITS DE L'HOMME.... DROITS DE L'HOMME

Un autre Darfour

Le barrage de la 4ème cataracte

 

Ali Askouri , Sudan Tribune, résumé

Tandis que le Darfour attire l'attention mondiale depuis quatre ans, le gouvernement a créé un autre Darfour, sur le Nil, dans le Nord, considéré à tort comme sa base politique. Des coups de feu, des emprisonnements, des massacres de civils ont lieu depuis deux ans. Le conflit porte sur la terre et l'eau. Les criminels sont connus et soutenus par le Président dont ils reçoivent directement les instructions. Au Nord Soudan, sur le Nil, à la quatrième cataracte, le gouvernement a commencé en 2003 ce qui est appelé le barrage de Merowé (nom de la ville engloutie) . Responsable du projet, l'Unité de Mise en oeuvre des Barrages est sous la direction d'un ministre fédéral et la supervision directe de Béchir. Soutenue par la banque chinoise Exim, elle est exemptée de toutes les lois et accords de paix. Elle a ses propres armées, forces de sécurité, comptes secrets, etc. Elle a décidé de déplacer vers les déserts de la Bayouda et de Nubie plus de 70 000 fermiers qui vivaient le long du Nil.

En 2003, de petits groupes de femmes et d'enfants du village de Korgheli, site du barrage, manifestèrent contre leur déplacement forcé vers le désert ; la milice ouvrit le feu et fit de nombreux blessés. Au cours des semaines suivantes, leurs maisons furent détruites et ils furent relogés à Al Multaga, un lieu désertique dépourvu des conditions élémentaires à la vie.

 

En 2004, quatre chefs de la communauté Manasir furent détenus sept mois par l'unité de sécurité du barrage, torturés puis relâchés sans charge. Les entrepreneurs chinois ayant saisi des puits appartenant aux nomades Manasi, la milice, équipée d'artillerie lourde et de mitrailleuses, entoura la manifestation pacifique de milliers d'entre eux à l'oasis de Sani.

En 2006, la chaîne Al Jezira montra un meeting à Amri où la milice ouvrit le feu sans préavis, tuant trois leaders de la communauté et blessant plus de quarante personnes. Si au Darfour, le gouvernement utilise hélicoptères et bombardiers pour dépeupler les villages, ici l'eau est l'arme de choix. A Amri, l'autorité du barrage inonda sans avertissement 2000 familles dans leurs maisons pour les transporter à Nouvelle-Amri. Quand elles demandèrent de l'aide en nourriture, l'autorité refusa même l'accès aux NU et aux ONG. Il n'y a pas assez de maisons et 800 familles vivent en plein air.

Les autorités du barrage ont eu beau reconnaître les représentants des communautés qui ne s'opposent pas au projet, elle refusent de négocier avec eux. En mars 2007, elles tentèrent sans succès d'assassiner deux leaders Manasir lors d'une manifestation pacifique à Abu Hamad. Cinq bataillons de la milice, envoyés soit-disant pour rechercher armes et rebelles, furent piégés sur une étroite route rocheuse ; un hélicoptère amena de Khartoum des chefs de la communauté pour qu'ils demandent à leurs gens de relâcher les miliciens ; ceci fait, ces mêmes leaders furent immédiatement arrêtés. Six d'entre eux sont détenus à Khartoum. L'association Manasir a porté plainte contre les services de sécurité auprès de la Cour Constitutionnelle.

 

Le conflit du barrage de Mérowé n'est pas fini, quoique toutes les communautés n'y soient pas opposées, mais le programme de Kujbar (3ème cataracte), auxquelles touts les communautés sont hostiles, a déjà commencé. La milice intervint dans une manifestation contre la présence d'ingénieurs et de matériel chinois, et blessa sept personnes.

Les communautés de la 4ème cataracte veulent être réétablies au bord du lac de barrage, mais les autorités les en éloignent de force. Elles écrivirent à Pronk, l'homme des NU avec lequel elles tinrent de nombreux meetings. Rien ne fut fait.

En août, 7500 familles seront inondées et déplacées. Elles ne veulent pas bouger. Une tuerie de masse par les milices est probable. Leur chef aurait dit en 2004 : « on inondera ces communautés dans leurs maisons comme des rats. » La darfourisation du Nord Soudan semble inévitable.

*

 

Quelques informations.

« La sharia n'existe pas pour les riches, elle n'est utilisée que pour que les pauvres soient en conformité. » Anonyme.

Presse et ministre de la Justice Le Journal al Sudani a été fermé pour une période illimitée, après qu'un rédacteur, Osman Mirghani, ait écrit un article demandant la démission du ministre de la Justice. Il l'accusait d'avoir menti à la cour dans un procès de blanchiment d'argent où il était intervenu pour retirer l'affaire, en affirmant que c'était à la demande de la défense ; on n'a pas d'autres informations. Le rédacteur et l'éditeur en chef Mahjoub Erwa ont été arrêtés deux et trois jours. Le journal a demandé au ministère de la justice de changer de décision. Le ministre a porté plainte pour diffamation. Ce journal, interdit en 1994 sous les lois d'urgence, réouvrit en 2006. Il fut refermé brièvement en février pour avoir enquêté sur l'assassinat du journaliste Mohammed Taha, l'éditeur de al Wifaq, puis pour avoir critiqué le rejet des casques bleus par Béchir. Plus de 100 journalistes, hommes politiques et avocats manifestèrent en s'asseyant 24 heures à l'extérieur du journal. Les protestataires demandèrent la formation d'un comité indépendant pour s'occuper de al Sudani et formèrent un groupe pour rencontrer le Conseil National de Presse. Ce dernier a demandé au gouvernement de ne pas appliquer à la presse la clause 130 de la loi de procédure criminelle, qui punit « l'absence de confidentialité des enquêtes ». Le Conseil des médias et de la Communication du Congrès National a déclaré être déterminé à assurer la liberté de presse (AFP, Reuter 17 05, AP 19 05, Sudan Tribune 21 05, 23 05) . Al Sudani a réouvert.

Procès pour le meurtre de Mohammed Taha : l'avocat des dix-neuf accusés affirme qu'ils ne sont pas coupables mais ont été torturés pour avouer ( Reuter 04 07).

Presse et Barrage Kajbar de la 3ème cataracte sur le Nil, au nord de la 4ème cataracte. Ce barrage serait construit par une société chinoise et les habitants de 30 villages à être inondés, seraient indignés. Quatre manifestants furent tués par la police, huit blessés et 20 arrêtés. La population se plaint, comme celle de la quatrième cataracte, de discrimination et de négligence. Quatre journalistes, qui se dirigeaient vers ce barrage, furent arrêtés ; ils appartenaient aux indépendants al Sudani, al Ayam , à l'opposant al Raai el Shaab et à l'islamiste al Wan. D'autres demandèrent qu'ils soient relâchés, indignés par «  une violation flagrante de la constitution intérimaire, de la loi sur la presse et des conventions internationales de droits de l'homme » . Selon Amnesty international, deux avocats et un professeur d'université furent également arrêtés, pour Reuter, les avocats étaient quatre. Les journalistes, tenus au secret une semaine, furent les seuls à être relâchés. Les services de sécurité leur demandèrent leurs opinions politiques et confisquèrent leurs portables et leurs caméras. Des autorités déclarèrent que les habitants avaient accepté l'étude de faisabilité, d'autres que cette étude n'avait pas été faite et la police, que les manifestants attaqués s'en prenaient au matériel de construction ! (AFP 14 06, Reuter 19/ 20 06). Le 23 juin, un journaliste et un employé de journal ont été arrêtés, ce qui semble lié au barrage de Kajbar (Reuter 23 06).

 

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