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Numéro 143 - juillet _ août
2007
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Dévastateur projet de négociations, poursuite des atrocités au Darfour
Multiples avancées au Sud
G rande est notre inquiétude à propos de la solution politique proposée pour de nouvelles négociations de paix au Darfour, sous la médiation conjointe de l'Union Africaine (UA) et des Nations-Unies (NU). La feuille de route met en valeur l'action du Tchad, pour le moins discutable, de Tripoli, qui parle surtout de sanctionner les rebelles, d'Asmara, qui créa le Front National de Rédemption, rebelle quasiment disparu auquel Abd el Wahid el Nour s'opposait, créant la haine de l 'Erythrée à son endroit. La feuille de route ignore superbement la partition du Mouvement de Libération du Soudan, essentiellement due à Khartoum qui divise pour régner. Pour les négociations, elle fait appel non seulement au gouvernement soudanais et aux mouvements rebelles, mais encore aux chefs tribaux, le plus souvent nommés par le gouvernement, et au Dialogue Darfour-Darfour prévu par le traité d'Abuja, qui semble réduit à son président Sawar el Dahab, ancien chef d'un régime transitoire, islamiste, soumis à Béchir, non Darfouri. Par là, la feuille de route donne l'essentiel du pouvoir de tractations au gouvernement soudanais, directement ou indirectement. De plus, elle envisage de négocier autour du partage du pouvoir, des richesses et des arrangements de sécurité, et non à propos des sujets soulevés par les rebelles, entre autres l'indemnisation des victimes, le droit de propriété de la terre des personnes déplacées, l'unité du Darfour. Salem Ahmed Salem, l'homme de l'UA, a ainsi brillamment défendu comme toujours les intérêts de Khartoum, et Eliasson, qui connaît beaucoup moins bien le dossier, n'a fait que le suivre. Leur a-t-on demandé de revoir leur copie ?
A Addis-Abeba, le 12 juin, le Soudan accepta « totalement sans conditions » la Force hybride NU/UA. Peu de temps après il eut la velléité de la bloquer, exigeant que l'UA exerce seule le commandement et n'acceptant, au sein des NU, que des civils parmi les non Africains. Les Darfouri ont observé avec colère que cet africanisme ne s'étendait pas au Darfour que le régime tente d'arabiser. Le 25 juin à Paris, la communauté internationale pria Béchir de ne pas revenir sur le sujet et il semble ne pas l'avoir fait. Il a le temps devant lui. Les Etats-Unis et les rebelles restent sceptiques. La seconde phase de mise en place de la Force, qui prévoit l'arrivée de trois mille casques bleus, n'a pas débuté. Il faut d'abord qu'une Résolution du Conseil de Sécurité, à laquelle travaillent la Grande Bretagne et le Ghana, donne l'autorité aux NU et un mandat vigoureux à la Force. Qui l'acceptera ? Quant à la « troisième phase », on en parle pour 2008 (lire p.2 ). Pendant ce temps, Khartoum continue à importer armes et munitions au Darfour, à attaquer les civils et à les bombarder avec des avions peints aux couleurs des NU.
Le camp de déplacés d'Ardamata, dans la région Massalit d'El-Geneina, est encerclé de positions militaires ; des pick-up et des camions chargés de janjawid le traversent en trombe. Dans Le Monde du 26 juin, Jean-Philippe Rémy, qui s'y rendit, cite des témoins. « Toute la nuit, ils tirent des coups de feu. Des gens sont tués. Il n'y a jamais d'enquête. » Quatre policiers désarmés de l'UA s'en vont avant la nuit. « Ils sont incapables de se protéger eux-mêmes. Comment voulez-vous qu'ils nous protègent ? » Ardamata compte 18 000 personnes et 110 cheikhs. « Cela fait des années que les jeunes sont dans les camps et ils font le bilan : qu'a fait mon cheikh pour moi? Rien. Peux-t-il me protéger ? Certainement pas. Ils forment des groupes très politisés et contestent l'autorité traditionnelle. » A Geneina, ajoute Rémy, la disgrâce des cheikh a été accélérée par leurs arrangements avec le pouvoir. Certains sont devenus propriétaires de taxis, de maisons, de commerces. Les nouvelles organisations commencent à prendre le contrôle : « A présent j'ai quatre ou cinq interlocuteurs, explique le responsable d'une ONG, leur structure est clandestine mais ils sont très vite mobilisables. » Des employés d'ONG ont été rossés. Ailleurs, des armes s'accumulent, des patrouilles s'organisent. L'autorité du sultan se délite. Dans son bureau en ville orné de portraits d'ancêtres, il dit : « Le gouvernement continue à aider les criminels (janjawid) ; 95% des villages masssalit ont été brûlés. Ils attaqueraient même les camps sans la présence de la communauté internationale. » En réalité, le sultan, proche du parti au pouvoir, fait partie du cabinet du gouverneur. « Il doit tenir ce langage pour tenter de reprendre un peu d'autorité sur les Massalit. » Selon un humanitaire revenant des alentours de Geneina, les janjawid ont volé aux ONG des véhicules dont ils ont enlevé le toit pour installer des automitrailleuses, en gardant les autocollants. Ils ouvrent le ventre des hommes pour y verser du fuel qu'ils enflamment ; ils clouent les mains de femmes avec des poignards avant de les violer en série ; ils attachèrent un gamin de 7 ans en croix sur un arbre alors que les villageois s'étaient enfuis ; retrouvé deux jours après, il dût être amputé des deux bras. Au camp de Ryad, des cheikh embauchent les jeunes gens pour se battre avec les Tchadiens. D'innombrables journalistes font encore état de 200 000 morts au Darfour. Ce chiffre, publié par les NU en 2005, a été réévalué il y a huit mois entre 450 et 500 000 victimes.
S alva Kiir est désormais beaucoup à Khartoum. Il a rendu sa concession à Total et renvoyé le White Nile, appliquant mieux ainsi sa part de l'accord de paix. Khartoum devait avoir retiré ses troupes du nord du Sud-Soudan le 9 juillet, mais le 8, n'en avait enlevé que 66%. Le SPLM conteste aussi la démobilisation de 9000 miliciens. Leur désaccord a été soumis à la Commission politique de Cessez-le-Feu. Dès que Riek Machar a obtenu un accord sur le troisième point de paix entre l'Ouganda et l'Armée de Résistance du Seigneur (lire p.3) , Salva est venu à Juba remanier le cabinet ministériel ( lire p.3). Riek Machar, toujours vice-président du Soudan, n'est plus ministre, ni Madame Garang, nommée conseillère du Président. Bételgeuse
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