Numéro 142 - mai - juin 2007


 

PETROLE, ECONOMIE, ARMES

Une Commission pour les eaux du Nil

L'Egypte dépend entièrement pour sa survie des eaux du Nil, base de toute sa politique, et les eaux du Lac Victoria, source du Nil Blanc, baissent. La population augmente dans le bassin du Nil. Le traité sur les eaux du Nil datent de 1929, temps où la Grande-Bretagne était puissance coloniale; aménagé en 1958, Il accorde 89% de ses eaux à l'Egypte et au Soudan. Bien que plus de 50% des eaux viennent du Nil Bleu et d'Ethiopie, ce pays, pourtant indépendant, n'avait pas négocié l'accord. La Banque Mondiale ne finance pas de projets qui pourraient être au détriment des Etats en aval.

« L'Initiative » du Bassin du Nil, qui comprend les neuf Etats riverains, va se transformer en Commission.

Selon l'Egypte il y a actuellement beaucoup de pertes et un mauvais captage d'eau. L'Ouganda propose qu'au lieu de faire pousser ses orangers chez elle, en utilisant beaucoup d'eau pour l'irrigation, l'Egypte les fasse pousser en Ouganda où ils seraient arrosés par l'eau de pluie. L'Ethiopie propose de remplacer le Haut-Barrage d'Egypte, où d'énormes quantités d'eau sont perdues par évaporation dans un climat désertique, par cinq barrages hydroélectriques en Ethiopie qui fournirait non seulement toute son électricité, mais aussi celle du Soudan, du Kenya, de Djibouri, de l'Egypte (? !). Mais l'Egypte semble manquer de confiance dans l'Ethiopie, qui négocie des prêts pour 11,7 milliards de dollars pour ne produire en 2010, que 4000 mégawatts (AP 09 02).

 

Des chercheurs américains utilisant des informations de photos satellite, ont prouvé l'existence d'un ancien énorme lac de quelque 30 000 kilomètres carrés au Nord Darfour . Ces eaux ont dû filtrer dans le grès et former une nappe phréatique souterraine (UPI 11 04).

Ce serait un grand espoir pour le Darfour si les janjawid issus des tribus du Nord abandonnaient les armes et les ordres de Khartoum pour profiter de ces eaux. Il est à craindre que l'Etat ne loue les terres ainsi irriguées à de grands bourgeois du Congrès National.

 

Un article de l'agence de presse chinoise Xinhua, destiné à montrer l'efficacité sociale de ses compatriotes au Soudan, nous apprend qu'un Chinois a loué des terres à l'Etat soudanais (qui les possède toutes) et emploie 20 travailleurs darfouri. Il a l'intention, quand la sécurité le permettra, de faire de même au Darfour « où les terres sont très riches ». Cela veut-il dire que l'Etat ait l'intention de louer les terres appartenant aux cultivateurs africains déplacés, à des Chinois qui emploieraient les anciens propriétaires comme ouvriers agricoles ?

 

Armes : Deux sociétés britanniques ne respectent pas l'embargo européen (Sunday Times)

Des Défenseurs Land-Rover ont été vendus au ministère de l'Intérieur soudanais qui a monté dessus des mitrailleuses les transformant en machines à tuer extrêmement mobiles.

Ils ont été vus à l'arrivée à Port-Soudan, peints en blanc (pour pouvoir les orner des signes UN ou UA ?). Un rapport des NU en a fait état l'an dernier au Darfour et ailleurs. Un témoin oculaire a dit à l'UA qu'il en avait vu un tirer sur des civils à Tawila (Darfour). Land Rover Royaume-Uni a affirmé mi-avril avoir pris des mesures pour arrêter cette vente.

 

Le 24 novembre, un chargement a livré des munitions à Juba. Le Sunday Times pense qu'elles sont livrées à l'ALPS mais destinées aux rebelles du Darfour. Le cargo était la propriété de Dallex, une société enregistrée en Angleterre, une entité mystérieuse avec des liens dans le monde entier. Son partenaire Goliaf Air a des liens avec le célèbre marchand d'armes, Victor Anatoliyevitch Bout, connu pour avoir vendu des armes en Afrique pendant la dernière décennie. Il est cherché par Interpol, se cacherait en Russie, en Syrie (22 04).

 

Le pétrole très acide du bassin de Melut abîme les raffineries. Les Chinois l'utilisent mélangé à d'autre pour produire leur électricité. Khartoum construit une nouvelle raffinerie destinée à ce pétrole. Quand elle fonctionnera, le prix du pétrole remontera beaucoup. En attendant, il serait à environ 20 $/baril . Selon « une source américaine sûre »  reproduite par la presse arabe, la Chine ferait payer au Soudan son soutien dans l'affaire du Darfour en achetant le pétrole à seulement 13 $/baril . Selon d'autres, le prix de 13$ serait un faux prix qui tiendrait compte d'envois d'armes non facturées, destiné à ne pas avoir trop d'argent à partager avec le Sud-Soudan.

 

Rolls Royce se retire peu à peu du Soudan La firme fabrique un équipement de pompage destiné aux pétroliers. La décision de retrait fut prise « à cause des soucis internationaux humanitaires croissants ».

Pendant toute la période d'atroce nettoyage ethnique dans les régions pétrolières nord du Sud-Soudan, Rolls Royc a continué à y travailler malgré les objurgations des associations de droit de l'homme. Il est vrai que les media ne s'y intéressaient pas du tout (ST 18 04).

Siemens se retire aussi du Soudan sur « des bases morales et politiques ». Des investisseurs américains avaient commencé à vendre ses actions à cause de son travail au Soudan : de plus il est sous le feu des critiques à cause de pots de vin de 200 millions d'euros (Reuter 20 01).

 

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