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Numéro 142 - mai - juin
2007
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CHAOS GENERALISE AU DARFOUR
Mise en oeuvre de la paix au Sud ? Kouchner !
L a paix au Darfour représenterait deux menaces pour le gouvernement soudanais, selon International Crisis Group . Lors des élections libres prévues en 2009, la création d'un parti politique darfouri menacerait soit seul, soit de concert avec le Mouvement de Libération du Peuple soudanais (MLPS), l'Umma, et autres, le Congrès National, le parti islamiste. D'autre part, la stabilité faciliterait l'enquête de la Cour Pénale Internationale contre ses dirigeants. Pour contrer ce danger, Khartoum applique quatre politiques : il sape la rébellion en appliquant la tactique « diviser pour régner » ; il arme de manière sélective groupes tribaux et milices ; il conduit des négociations unilatérales avec des commandants particulièrement au Gebel Marra, ce dont s'est vanté Nafie Ali Nafie, conseiller du Président ; il poursuit l'option militaire. Tout ceci contribue directement au chaos généralisé. Le patron de la Sécurité et des Renseignements, Abdallah Gosh y a mis la main.
Toutefois, après avoir empêché par des bombardements les rencontres des factions de l'Armée de Libération du Soudan (ALS) pour unifier leurs projets de paix, Khartoum se dit disposé à remanier l'accord d'Abuja mais se prétend désolé que les rebelles ne se soient pas mis d'accord pour pouvoir négocier avec oui! En même temps, foin d'une force hybride Nations -Unies/ Union Africaine, dit-il parfois, puisque nous allons faire la paix. Cette force hybride prévoit trois phases. Khartoum, tantôt accepte la seconde, tantôt réserve sa réponse.
En attendant était intervenu le MLPS. Il organisa un comité dirigé par Clément Janda afin de réunir les rebelles darfouri à Juba mi-juin pour leur faire adopter une position commune. Ce comité a désormais l'approbation des NU et de l'Union Africaine. Il rencontre au Darfour les personnes déplacées, une excellente idée. Il rencontre aussi les chefs tribaux. S'agit-il malheureusement de ceux imposés par Khartoum ? Rencontre-il les tribus arabes et les janjawid ? Personne ne sera probablement capable de les désarmer après la paix si leurs leaders n'y trouvent pas un avantage. Une piste existe peut-être avec la découverte toute récente au Nord-Darfour d'un ancien lac datant d'une ère géologique non précisée, de quelque 30 000 kilomètres carrés et 2530 kilomètres cubes d'eau ; ses eaux auraient filtré les grès. Une grande possibilité de développement pour les tribus arabes dont sont issus les janjawid qui les éloignerait de leurs voisins africains. Mais ce comité pense-t-il à un accord de paix inclusif sans l'autorisation de Khartoum ?
Toutefois l'Erythrée a coupé l'herbe sous le pied au Sud-Soudan en organisant auparavant une réunion de certains rebelles darfouri avec la Libye, le Tchad et le Sud-Soudan. Cette multiplication des initiatives en ordre dispersé semble défavorable à la paix et faire le jeu de Khartoum. L'Erythrée ne songeait qu'à favoriser la création du mouvement rebelle du Front de Rédemption Nationale (NRF) et la Libye qu'à sanctionner les rebelles. Cette fois-ci l'Erythrée aurait réuni des commandants de l'ALS, incompétents en négociations.
Sous les auspices du roi saoudien Abdullah, le Soudan et le Tchad ont signé un accord de réconciliation. Le Président tchadien Déby a annoncé qu'il expulsait les rebelles soudanais. On ne sait rien des intentions du Soudan concernant les rebelles tchadiens. En fait Déby ne renvoie pas Khalil Ibrahim, mais lui dit de se tenir tranquille à Abéché.
U n grand changement heureux serait en route au Sud. Comme prévu par la paix de janvier 2005, Khartoum lui a promis de mettre en oeuvre les frontières de la région d'Abyei, la démarcation de la frontière Nord Sud et en juillet, le retrait de l'armée soudanaise des contrées nord du Sud-Soudan. En fait, ces régions pétrolières seraient presque épuisées et ne conserveraient que quelque trois ans de réserves. Par contre, et c'est sans aucun doute la raison de la mise en oeuvre de la paix du Sud, Salva Kiir se propose de redonner sa concession à Total, dont le pétrole serait partagé à égalité entre le gouvernement soudanais et celui du Sud, et de la retirer de White Nile qui ne doit en donner qu'au Sud. Salva a en effet gelé le travail de White Nile et demandé l'étude de son contrat, qui est à l'évidence illégal, mais dont le patron, un ancien joueur de cricket, marchande.
S elon le Président Sarkozy, Kouchner doit faire de la paix au Darfour sa priorité. Il propose des couloirs humanitaires sécurisés depuis le Tchad vers le Darfour. Le MSF y est opposé : « Si l es convois humanitaires sont sécurisés par une force armée étrangère, ils risquent d'être assimilés à une partie au conflit et devenir une cible. » Les fonctionnaires du Quai sont suffoqués. Ils proposent la tenue fin juin à Paris d'une réunion ministérielle avec des pays africains et arabes, des membres du G8 et la Chine, qui n'y serait pas opposée. « Une sorte d'Abuja + », disent-ils. Y aurait-il des rebelles ? Quelle armée organiserait ces couloirs humanitaires ? Le Soudan n'aurait pas été contacté. D'autre part, la France souhaite sécuriser et apporter une aide humanitaire aux réfugiés installés au Tchad sous les couleurs de l'Union Européenne. Les Tchadiens n'y semblent pas oppsés – ils réservent aux casques bleus leurs manifestation d'hostilité majeure. Bételgeuse |