Numéro 141 - Mars - avril 2007


 

Sud Soudan

Insécurité

La réconciliation entre Sud-Soudanais est le premier but de Salva Kiir !

On ne sait en quel ordre mettre les problèmes d'insécurité au Soudan. Le premier est peut-être celui qui existe entre l'Armée de Libération du Peuple Soudanais (ALPS, l'armée du Sud) et la South Sudan Defence Force (SSDF), une ancienne milice pro-gouvernementale de Paolino Matiep. Conformément à l'accord de paix, la SSDF devait choisir entre rejoindre l'armée gouvernementale ou l'ALPS. Il a choisi cette dernière grâce aux efforts diplomatiques de Salva Kiir mais cette intégration pose problème. En effet, de nombreux hommes de la SSDF sont devenus officiers après avoir intégré une école militaire dans le Nord, alors que les officiers de l'ALPS sont le plus souvent sortis du rang, sans avoir suivi de formation militaire. Les SSDF veulent un rang au moins égal à celui des ALPS. A cela s'ajoute une antipathie ethnique entre les Dinka (ALPS) et les Nouer (SSDF), ces derniers commençant à nouer une alliance anti-Dinka avec les Equatoriens.

Après les incidents de Malakal (en terre shillouk) avec une milice pro-gouvernementale qui a causé 300 morts ( VS n°140), Lam Akol, un Shillouk ministre des Affaires Etrangères MLPS qui soutient Béchir à fond, a été accusé de divers côtés d'appuyer cette milice. Salva Kiir a ouvert une enquête. Lam Akol a tout nié. Nombreux sont les Sudistes qui trouvent inacceptable qu'il se déclare contre l'arrivée des forces des NU au Darfour. Les incidents de Malakal ne sont pas terminés. Des tirs ont lieu régulièrement entre l'armée soudanaise, ses milices (il semble qu'il y en ait de nouvelles), et l'ALPS. La situation s'est légèrement améliorée avec la venue d'Unités jointes.

 

Un autre problème est le sort des Sudistes qui ont appartenu à l'armée soudanaise et qui, après la guerre, ont préféré vivre au Sud. L'armée soudanaise ne les paie plus et rien n'est prévu à ce propos par l'accord de paix. Trois cents d'entre eux ont manifesté à Juba.

Autre source d'insécurité, les nombreux soldats de l'ALPS qui l'ont quittée tranquillement après la guerre, emportant leurs armes avec eux. Pour certains, il n'est pas facile de savoir s'ils l'ont vraiment quittée ou non mais ils devraient, en tout état de cause, entrer dans le programme de désarmement. D'autres, bandits de grands chemins, attaquent les civils sous couvert d'une appartenance fictive à l'ALPS.

L'ALPS elle-même n'est pas au-dessus de toute critique. Salva Kiir a rappelé, pendant la conférence militaire qui s'est tenue à Juba en mars, qu'elle avait été transformée par l'accord de paix en une armée régulière soumise à la discipline. Il a exigé que ses soldats ne traînent plus dans les rues, qu'ils respectent les citoyens et les étrangers, qu'ils lèvent les barrages de routes illégaux. Les chefs locaux à Torit se plaignent beaucoup du fait que les soldats échappent aux punitions qui leur sont infligées par les tribunaux civils et réclament la création de tribunaux militaires. Un général a été arrêté pour importation illégale d'armes mais, comme toujours, des gens prétendent que cette arrestation est politique.

 

Sur la frontière kenyane près de Lokichoggio, de très nombreux raids de Turkana (kenyans) ont eu lieu contre les Toposa (soudanais), enlevant 540 têtes de bétail, ce qui est aussi un grave souci pour le gouvernement du Sud-Soudan.

L'Etat des Lacs a lancé une seconde opération de désarmement des civils, qui a permis de récupérer 156 A 47 la première fois et 331 armes à feu la seconde. Les autorités, qui s'engagent à protéger les citoyens maintenant désarmés, espèrent pouvoir ainsi lever le couvre-feu.

 

Une conférence des 50 chefs traditionnels de l'Etat des Lacs s'est tenue à Rumbek. La constitution du Sud-Soudan prévoit une Chambre des Nationalités qui attend encore pour sa mise en oeuvre des textes législatifs. Cette chambre inclurait un Conseil des chefs traditionnels, dont la réunion de Rumbek a été un prémisse. Un de ses buts était de faire prendre conscience aux chefs de leurs responsabilités. L'instabilité dans les zones rurales entraîne le non respect des droits de l'homme et l'impossibilité pour les communautés de se consacrer au développement socio-économique. On présume que la conférence recommandera la construction d'une Chambre des chefs la plus traditionnelle possible, avec le soutien du ministère des Affaires Etrangères suisse qui servirait de centre Culturel où des antiquités seraient exposées.

A Torit, quatre inculpés accusés d'avoir tué huit personnes se sont échappés après qu'un de leurs gardiens leur ait demandé de faire des travaux à l'extérieur, ce qui est interdit dans leur cas. Le gardien serait du même village qu'eux. La dépèche de Sudan Tribune ne dit pas si le gardien a été sanctionné.

Le Bahr el Ghazal est un peu plus déstabilisé par l'afflux de nombreuses personnes fuyant le Darfour.

 

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