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Numéro 141 - Mars - avril
2007
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Affaires Etrangères : les casques bleus
L'étonnement attristé de la communauté internationale, après deux mois d'atermoiements, devant la réponse négative de Béchir au Secrétaire général des NU, Ban Ki-Moon, au sujet de l'entrée de casques bleus au Darfour, nous surprend. Il espérait que le Président soudanais accepterait les forces hybrides Nations Unies /Union Africaine. Il ne le fera pas tant que les avantages (éviter des sanctions fermes), ne dépassent pas les inconvénients (risquer l'arrestation par les casques bleus d'inculpés par la Cour Pénale internationale (CPI), ou l'intervention des NU pour l'organisation des élections libres promises en 2008, qui lui feraient perdre le pouvoir).
La Chine a enlevé l'Iran, le Soudan et le Nigeria de la liste des pays pour lesquels elle consent à son secteur privé des primes d'investissement très intéressantes, des allègements d'impôts et des prêts à taux préférentiels. Bien que les choses restent vraisemblablement dans le non-dit, les Etats-Unis pensent qu'il s'agit d'une décision politique appelée « Darfour » dans le premier cas, « énergie nucléaire » dans le second. Ce seraient les premiers pas chinois vers l'adoption d'une politique internationale responsable. Les Soudanais ressentiront-ils cette décision comme une sanction? Quand le secteur privé chinois oeuvre dans les travaux publics ou vend des étoffes, il nuit aux intérêts privés soudanais. La Chine a, d'autre part, appelé officiellement le Soudan à accepter les forces des NU. Elle a vivement réagi après que François Bayrou, candidat aux présidentielles en France, ait proposé de boycotter les jeux olympiques de Pékin si elle s'opposait aux voeux du Conseil de Sécurité concernant le Darfour. Elle souhaite vivement la venue du monde entier à ces Jeux et adopte la méthode de la persuasion. On la croirait presque si elle n'avait proposé à Khartoum une assistance militaire accrue.
Entre temps, le président iranien Ahmadinejad est venu à Khartoum au lendemain de la déclaration du Procureur de la CPI, sûrement pour resserrer les liens contre les méchants Occidentaux.
Désireuse de réduire les tensions à propos du Darfour, l'Arabie Saoudite a organisé des rencontres lors du Sommet de la Ligue Arabe à Ryad auquel assistait le secrétaire général des NU. D'après El Hayat, pour éviter toute confrontation avec la communauté internationale, les relations du Soudan passeront dorénavant par l'entremise du royaume. Au cours du Sommet de Ryad, Béchir a informé que le Soudan acceptait les casques bleus en précisant ce qu'il entendait par là : la prise en charge, par les NU, du soutien financier, technique et logistique de l'opération de l'Union Africaine (UA), dont le nombre des soldats pourrait s'élever à 22 0000. Les NU ont déjà indiqué qu'elles n'entendaient pas financer ce qu'elles ne géraient pas et, après l'assassinat de cinq de ses hommes, le chef de l'UA sur place a fait savoir qu'il ne pouvait continuer sa mission dans ces conditions et que ses soldats resteraient désormais casernés. Après des dénégations, souriantes pour une fois, de Béchir, son Secrétaire d'Etat aux Affaires Etrangères, Ali Karti, a assuré que tout était négociable, y compris le mandat des troupes. Résultat, le 9 avril, Ban Ki-Moon rencontrera des officiels soudanais à Addis, « non pour négocier, mais pour clarifier » l'arrivée au Darfour de 3 000 hommes de la police militaire des NU. Le lendemain, une première réunion du Conseil de Sécurité est prévue.
Des ministres allemand et danois ont suggéré d'envoyer des troupes au Darfour. Les Etats-Unis menacent le Soudan de sanctions onusiennes et américaines, notamment économiques. En même temps, selon le journal londonien Al Hayat , quatre cents containers seraient arrivés au Soudan, Ils contiendraient des matériaux de construction et des équipements spéciaux destinés à une nouvelle ambassade américaine qui inclurait un centre régional de la CIA avec du matériel d'espionnage dirigé vers l'Afrique de l'Est, ce qui suppose une coopération accrue entre la CIA et les services de renseignement soudanais. De telles coïncidences sont surprenantes. Le Royaume-Uni préparait une Résolution du Conseil de Sécurité destinée à étendre à tout le Soudan l'embargo d'armes sur le Darfour (une excellente initiative si elle était appliquée), et à infliger des sanctions ciblées aux auteurs de crimes contre l'humanité. Son problème aurait été de trouver assez de rebelles à punir pour ne pas avoir l'air de prendre partie.
Les deux Etats s'orientent vers des sanctions ciblées contre ceux qui s'opposent à la venue des casques bleus La France, en fin de règne, serait frappée d'inertie. On reste dans l'expectative. Béchir gagne probablement du temps dans l'espoir que l'époque des résolutions du Conseil de Sécurité passera et qu'il pourra revenir sur sa parole et celle d'Ali Karti. Les Anglo-Saxons seraient décidés à laisser une quinzaine de jours à la diplomatie avant d'agir. Les sanctions agiront-elles? |