Numéro 141 - Mars - avril 2007

 
 

Cour Pénale Internationale et Conseil des Droits de l'homme

Salva Kiir change son fusil d'épaule

« Si la communauté internationale ne veut pas protéger notre peuple, qu'elle nous fournisse des armes ». Abd el Wahid el Nour, chef MLS

 

L e Parlement européen a, le 15 février à Strasbourg, voté à l'unanimité une Résolution demandant aux autorités européennes d'assumer leur responsabilité de protection des civils au Darfour puisque les autorités nationales ne le font pas, de déployer des forces de maintien de la paix même sans l'accord du gouvernement soudanais, de sécuriser des couloirs humanitaires, de négocier à nouveau l'accord de paix; il a requis les autorités européennes de prendre leurs responsabilités. Notre europétition, que nous vous demandons de signer si vous ne l'avez pas fait, et de faire signer, est dans la droite ligne de cette Résolution.

Ses responsabilités, il est grand temps que l'Europe les prenne puisque lettres et visites des autorités de la plus grande partie du monde, destinées à faire accepter par Khartoum, à défaut des casques bleus seuls, une force hybride Nations-Unies/Union Africaine, sont restées sans effet.

Khartoum a toutefois ses soucis. Le Procureur de la Cour Pénale Internationale (CPI) a, selon la procédure curieuse de cette institution, présenté deux Soudanais, dont l'actuel ministre des Affaires Humanitaires ( sic ), devant un premier collège de juges, afin qu'ils décident s'ils les inculperont. Certes cela prendra du temps. Le gouvernement soudanais fait donc semblant de ne pas savoir que la saisine de la CPI vient du Conseil de Sécurité, et déclare la Cour incompétente ; il décrivit tout d'abord les deux hommes comme des parangons de vertu ; réflexion faite, il en mis un en examen devant ses tribunaux. On attend. Les Soudanais attendent encore plus d'être gouvernés par les seules colombes du du Parti du Congrès National (PCN), grâce aux inculpations successives des faucons au pouvoir. Il n'y a que peu d'espoir.

Après des années de désaccord, le Conseil des Droits de l'Homme des NU décida d'envoyer une mission au Darfour voir ce qui s'y passe vraiment. Las! Khartoum ne leur accorda pas de visas. Leur enquête menée au Tchad fut, bien entendu, sans équivoque. Selon Khartoum, les informateurs auraient eu des a-priori ; sa diplomatie est parvenue à ce que le Conseil n'entérine pas les pires assertions du rapport (cf. d'autres articles plus loin. ).

Enfin, Etats-Unis et Angleterre voudraient faire adopter des sanctions ciblées par le Conseil de Sécurité contre les dirigeants soudanais qui n'acceptent pas la venue des casques bleus au Darfour (cf. Affaires Etrangères p. ).

 

Après le coup de colère de Salva Kiir lors du second anniversaire de la paix du Sud (CPA), quelques retards de sa mise en oeuvre, d'un intérêt minime, ont été comblés. Ainsi le PCN a-t-il nommé un responsable des droits des non-musulmans à Khartoum et promis une université à Rumbek.

Salva semble maintenant changer son fusil d'épaule. Le quartier général du Mouvement de Libération du Peuple Soudanais (MLPS), le parti au pouvoir au Sud, est transféré de Juba, au Sud, à Khartoum dans l'espoir de gagner les élections libres prévues en 2008/2009 et d'exercer une plus grande influence sur la politique de ce qui est appelé officiellement le Gouvernement d'Unité nationale. En effet le PCN prend les décisions sans se soucier de son partenaire. Pour le Darfour, durant les derniers mois, le MLPS était défavorable à l'expulsion de Jan Pronk, représentant spécial du Secrétaire Général des NU, favorable à la venue des Casques Bleus, à celle de la délégation du Conseil des Droits de l'homme des NU, à la remise des inculpés à la Cour Pénale Internationale. C'est tout le contraire qui fut décidé par le PCN. Béchir a expliqué « qu'il n'y avait pas de désaccord au sein de la présidence, que la position de Salva Kiir était celle du MLPS, et non celle de la présidence » (dont ce dernier fait partie).

Pour Salva Kiir, son nouveau credo est de se déclarer à chaque instant attaché à la paix et favorable à un référendum d'autodétermination propice à l'unité. Il en espère probablement une meilleure application de la paix et un partage plus égal du pouvoir au sein du gouvernement d'Unité nationale. Le Conseil National du MLPS a demandé au PCN de chercher le consensus alors qu'existent un manque de mise en oeuvre de la paix du Sud, une aggravation de la situation au Darfour et un affrontement avec la communauté internationale. Béchir a promis de s'occuper de la Commission des frontières dont les travaux devraient permettre de libérer les régions nord du Sud de l'emprise de Khartoum et d'établir les circonscriptions électorales; aucune nouvelle à ce jour.

 

Une risque est qu'au Kordofan et au Nord, des groupes pensent : «  pour être pris au sérieux par la communauté internationale, il faut se battre et montrer assez de morts civils».

Bételgeuse

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