Numéro 140 - janvier - février 2007

 
D A R F O U R

Les arabes darfouris sont aussi des victimes

Julie Flint The Washington Post

Résumé

La quatrième année de la guerre d es dizaines de milliers d'arabes darfouris s'accrochent à la vie dans une vallée sise au Nord du Jebel Marra. Leurs habitats ont été détruits, leurs troupeaux, visés, leurs routes migratoires traditionnelles, coupées, les villages, marchés et centres de santé, abandonnés et en ruines. Leurs enfants ont l'un des taux de mortalité les plus élevés du Darfour, rougeole, coqueluche; hépatite E, méningite. Dans un hameau, neuf adolescents périrent en trois semaines dans des puits creusés à la main qui s'effondrèrent.

 

Les chameliers du Nord Darfour Abbala ont toujours été les plus vulnérables et les plus négligés parmi toutes les communautés de la région. Il n'est pas surprenant que ce soit parmi eux que le gouvernement a recruté le plus de janjawid. Leurs crimes atroces, viols, pillages, meurtres, ont fait oublier que ces nomades sont eux-mêmes des victimes, que le gouvernement a transformés en criminels en série, à cause de la sécheresse, de la désertification et d'une pauvreté abjecte qui font disparaître leur manière de vivre. Ce sont eux qui furent les moins secourus pendant la grande famine de 1984-1985. Ils souffrirent atrocement.

 

Peu des 300 000 Abbala ont rejoint les 20 à 30 000 janjawid. La plupart ont refusé, conscients que de bonnes relations avec leurs voisins non arabes sont plus importantes qu'une alliance avec un gouvernement installé à des centaines de milles qui ne se préoccupe pas d'eux.

Cependant ils sont tous stigmatisés pour les crimes des janjawid.

 

Aujourd'hui, Musa Hilal est le premier sur la liste des criminels de guerre du Département d'Etat; il est suivi de nomades en échec. Pour certains,, prendre les armes contre les rebelles eut une dimension idéologique; une immersion dans un mélange délétère de fondamentalisme islamique et de suprématie arabe, prêché par les extrémistes du Rassemblement Arabe créé naguère par Gadhafi. Pour d'autres,c'est un mécanisme destiné à faire face à la perte de leur manière de vivre, porté à des extrêmes génocidaires.

 

Les nomades ne vont pas chercher d'aide dans le camps de déplacés. Il craignent le confinement et redoutent d'être attaqués. Les travailleurs humanitaires qui expriment leur inquiétude auprès des dirigeants des NU ne rencontrent que le silence. Les moniteurs des Droits de l'homme des NU n'enquêtent jamais sur les exactions qu'ils subissent. Ils ne furent pas invités aux négociations de paix. L'Union Africaine les ignore. Khartoum continuera à trouver des recrues pour sa guerre sanglante à moins que la communauté internationale ne comprenne pourquoi il y a des janjawid et n'inclue les chameliers dans le processus politique de développement qui seul peut apporter la paix et panser les blessures du Darfour.

 

Des analyses de photos satellites montrent qu'il y a peu de puits et peu d'activités dans les champs pétrolifères concédés au Chinois au Sud Darfour.

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