Numéro 140 - janvier - février 2007

 
  D A R F O U R

NU/UA

Béchir a annoncé au Soudan sa décision d'accepter une force hybride.. Il y eut des manifestations contre. Comme les forces de sécurité n'ont pas battu et arrêté les manifestants, cela veut dire que c'était organisé par le pouvoir qui cherche à montrer de quel courage politique il a besoin.

Certains experts des NU sont déjà au Darfour. Ils portent leur uniforme national, un béret bleu et un brassard marqué en anglais, AU. L'essentiel serait que le mandat des forces hybrides soit élargi par une Résolution du Conseil de Sécurité sous chapitre 7.

 

L'épisode Richardson

Le gouverneur Richardson de l'Etat du Nouveau-Mexique, probable candidat démocrate aux présidentielles des Etats-Unis, vint à Khartoum à la demande de la coalition américaine «  Save the Darfour », hors des circuits officiels.

Il fut reçu par Béchir auquel il demanda d'accepter les casques bleus. La réponse fut non. Par contre il obtint de Béchir un cessez-le feu de 60 jours pour permettre « un règlement politique basé sur le (prétendu) accord de paix du Darfour. » En d'autres termes; de nouvelles tractations. Il avait, disait-il, obtenu l'accord des rebelles et s'en alla satisfait. Il y a peut-être eu une embrouille. Selon les rebelles, et à notre connaissance, il n'y a pas de réaction de Richardson. Il aurait posé la question aux rebelles délégués auprès de la commission de cessez-le-feu de l'Union Africaine, en aucun cas des responsables. Leurs chefs rebelles dirent non . Déjà 60 jours paraissent très courts.

Un succès aurait aidé Richardson à devenir président des Etats-Unis, les Américains, contrairement à ce qu'il semble aux Français, mesurent pour voter les capacités diplomatiques des candidats.

 

Combats

Les rebelles du Front de Rédemption National ont attaqué le champ pétrolifère d'Abou Jabra dans le Kordofan Ouest, à la frontière du Sud Darfour le 26.11. Ils disent avoir fait de nombreux prisonniers et récupéré beaucoup d'armement. L'armée affirme au contraire les avoir repoussés. Selon un officiel anonyme pétrolier, la production fut endommagée, elle ne s'élève qu'à 10 000 barils/jour.

Fin décembre l'armée soudanaise attaquait près de Kobah un convoi de la SLA /Abd el Wahid, non signataire qui respecte le cessez-le feu, qui se rendait du Nord au Sud Darfour. La SLA a repoussé l'attaque et saisi, selon elle, 200 véhicules. L'armée dit le contraire et prétend avoir attaqué des forces du FNR, pour lesquelles il n'y aurait pas de cessez-le-feu, cette formation ayant été crée après les accords de paix. L'armée soudanaise avait déjà attaqué en novembre les positions de la SLA , avec des bombardements et des janjawid, pour l'empêcher de tenir une réunion de ses commandants. L'ALS reproche au gouvernement de ne pas vouloir la réunification de ses factions Minni/Abd el Wahad. Depuis les attaques gouvernementales consistent surtout en bombardements qui attaquent aussi les civils.

 

Exactions confirmées, commises en décembre

Comme le disait Goebbels, proférer des petits mensonges ne sert à rien, il faut vraiment mentir. C'est ainsi que, fin novembre, Béchir déclarait que le nombre des morts au Darfour n'excédait pas 9000. Pour les NU, au moins 200 000, de fin 2003 à mars 2005, pour six ONG, 400 000, il y a peu, pour Eric Reeves, 500 000; toujours selon Béchir, tout propos sur la détérioration de la situation est faux, les troubles au Darfour ont été exploités politiquement par les étrangers. Même les partis politiques soudanais se sont indignés, le parti du Congrès Populaire de Tourabi et le parti Umma du Mahdi selon lequel « les étrangers sont meilleurs pour notre peuple que notre président ». Sans compter le rebelle signataire de la paix, Minni Minawi. Pour Louise Arbour la haut Commissaire pour les droits de l'homme des NU, « les atrocités sont quotidiennes ». Une semaine plus tard, au moment de l'attaque de El Fasher par les janjawid (voir plus bas), le même Béchir s'indignait du silence international sur les violations perpétrées par les rebelles.

 

Selon les NU, les 1er et 2 décembre, au Nord Darfour, l'armée et les janjawid ont attaqué deux fois le village d'Abou Sakin. Ils l'ont brûlé. Tout le bétail fut pillé. Au Sud-Darfour, deux véhicules d'une ONG furent arrêtés par l'armée qui prétendit qu'elles n'avaient le droit d'aller ni à Déribat, ni dans le Jebel Marra. Au Darfour Ouest, le véhicule d'une ONG fut arrêté par deux hommes armés à chameau qui leur prirent leurs téléphones portables et leur argent ; les NU ont évacué 32 personnes appartenant à des ONG qui le leur avait demandé pour cause d'insécurité. Tout cela est le quotidien.

 

Le 4 décembre des janjawid très bien équipés, qui ne font jamais rien sans ordre de l'armée, ont attaqué et pillé le marché de la capitale du Nord-Darfour, el Fasher, en zone gouvernementale. El Fasher abrite l'armée soudanaise, et un grand nombre de déplacés; la ville est le siège des observateurs de l'Union Africaine. Au moins dix personnes ont été tuées. Quatre jours plus tard les janjawid étaient toujours là. La situation en ville était très tendue, on entendait des tirs sporadiques. Le 10 décembre deux officiers de l'Union Africaine y furent kidnappés. Le 24 12, un policier était tué et trois autres blessés. Comparé aux autres attaques janjawid, ce ne sont que vétilles. Les NU ont évacué des diplomates et des travailleurs humanitaires: c'était un des buts de l'opération, les autres étant de punir des gens qui pensent mal et de « prouver » que les janjawid ne dépendent pas de l'Etat. ( ST 4 12; AFP 4 / 5 12; AP 6 12; Reuter 9 12 ST 19 12 AFP 24 12).

 

Selon l'UA, dans l'ouest Darfour, le 10 12, des hommes armés tuent 22 civils, en blessent 12 ; des janjawid tuent 30 civils y compris un certain nombre brûlés vifs dans l'embuscade d'un camion.

(Les autorités, qui n'y étaient pas, disent que les attaquants sont des rebelles, puis l'armée dit que les janjawid sont des hors-la-loi).

Selon le quotidien de Khartoum Al Ayam , des janjawid tuent 7 civils près de Kutum au Nord Darfour.

Selon l'agence officielle soudanaise SUNA , des hommes armés non identifiés tuent un policier et en blessent trois autres au Nord Darfour.

Les NU ont trouvé un village complètement vide, avec plus de cinquante maisons brûlées; les habitants se cacheraient dans les collines.

Selon IRIN 10 janjawid ont attaqué deux camions transportant de l'aide alimentaire; les combats dans le Jebel Marra ont poussé des gens de Zalingei à s'enfuir.

Selon l'UA, l'aviaion soudanaise a bombardé un camp rebelle deux jours après qu'un reponsable UA y soit allé et les ait persuadés d'un cessez-le- feu. Le Soudan était informé. De même source, deux femmes ont été tuées près d'un camp de déplacés.

Enfin l'UA rapporte un combat tribal. Ce n'est pas une affaire de janjawid puisque la Sécurité soudanaise est allée sur place.

 

Le Ministre de la Justice reconnaît 39 viols au Darfour de janvier à juin 2006; les NU précisent qu'un seul auteur a été convaincu de viol.

Le 17 janvier, les NU ont déclaré qu'au cours des 6 derniers mois, 250 000 personnes ont été déplacées, souvent pour la deuxième ou troisième fois, de très nombreux villages ont été brûlés et pillés, des plantations et des récoltes, détruites, les violences contre les femmes ont atteint un niveau alarmant (Centre de Nouvelles des NU).

 

Les bombardements ont repris sur un rythme accéléré. L'un d'entre eux qui dura plusieurs heures fut confirmé par l'UA. Il s'agit pour Khartoum et malgré ses promesses à l'UA d'empêcher une réunion de groupes rebelles qui veulent se mettre d'accord sur leurs demandes lors d'une renégociation de l'accord de paix.

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