Numéro 140 - janvier - février 2007

 
 

Interview d'Abd el Wahad el Nour

Président du Mouvement pour la Libération du Soudan

par notre présidente Simone Dumoulin le 06 01 07

AWN Notre premier problème est la protection des civils. Khartoum va tout faire pour qu'elle ne fonctionne pas. Le mandat est toujours aussi limité. Ce qu'il nous faut c'est l'OTAN et l'Union Européenne.

 

SD- Croyez vous leur venue possible sans l 'accord de Khartoum?

S'ils doivent se battre, ils ne protégeront personne.

AWN Les Darfouris les soutiendront.

 

Dau Salih, Responsable humanitaire- Je reviens du Tchad, nous voulons que la communauté internationale protège les réfugiés contre tous les hommes armés qui viennent du Soudan.

 

SD- Comment expliquez-vous l'attaque de El Fasher en zone gouvernementale, par des janjawid?

AWN- Après avoir puni les villages pour leurs idées, ils punissent les villes.

Depuis 1992, nous sommes pour un Soudan démocratique et laïc.

 

SD Vous l'obtiendrez probablement si les élections libres prévues pour 2008 ont lieu.

AWN Les deux millions et demi de déplacés ne pourront y prendre part.

 

SD -Des objectifs intermédiaires avec la renégociation d'un accord de paix pourrait leur permettre de rentrer chez eux.

AWN -Khartoum ne respecte pas ses engagements.

 

SD - C 'est bien vrai, mais au moins il ne bombarde plus les Sudistes.

AWN Oui. Pour une négociation nous voulons que le gouvernement arrête ses attaques contre les civils ; nous demandons qu'elle prenne en compte la propriété de la terre ; d'autres se sont installés dans les terres des déplacés. Nous demandons des compensations matérielles aux déplacés, des compensations morales, que le Soudan s'excuse publiquement pour tout ce qu'il a fait à nos civils, un partage de richesses du Soudan proportionnel à la population avec en plus une discrimination positive en faveur des gens du Darfour qui n'ont ni écoles, ni centres de santé ni rien. Encore moins depuis cinq ans.. Ce sont les demandes des gens du Darfour. Il nous faut en tenir compte, c'est ce que j'ai dit à Khalil Ibrahim qui, après réflexion m'a dit être d'accord. Tout d'abord nous demandons le désarmement de janjawid sous le contrôle de la communauté internationale.

 

L'accord de paix avec Minni, selon ses propres paroles, n'est appliqué qu'à un pour cent.

L'institution du Dialogue Darfour-Darfour était notre idée. Maintenant l'UA veut que ce soit cet organisme qui s'occupe de la propriété de la terre, ce qui ne va pas du tout. (Une décision du DDD n'est pas opposable au gouvernement.) . Nous voulons que la loi sur la terre soit changée dans tout le Soudan.

Nous voulons aussi que les responsables des crimes commis contre notre peuple soient jugés.

 

SD- Que pensez-vous de la présence d'autres groupes aux négociations ? Par exemple les janjawid? Après la guerre, vous devrez vivre avec eux.

AWN- C'est bien vrai et nous n'avons pas d'objection.

 

SD- Et le nouveau groupe arabe rebelle?

AWN-Il n'existe pas. Il n'y a que deux rebelles, le MJE et nous. Le goupe des 20 (offivcier) nous a rejoint depuis longtemps. Son chef est notre responsable financier, il est aussi un de nos commandants militaires. Les autres ont été suscités par le gouvernement pour diviser pour régner. Il a payé aussi des gens pour signer le DPA. Le MJE veut un Soudan islamiste et nous un Soudan laïc, comment pouvons-nous réconcilier nos points de vue?

 

SD- Peut-être pour une union limitée à la renégociation du traité de paix. Khalil Ibrahim (patron du MJE) a déclaré ne plus être islamiste.

AWN- (rires) Je l'ai vu il y a deux mois, il l'était toujours.

Ahmed Abdallah, conseiller politique d'AWN- Un autre problème pour la négociation est l'Union Africaine qui est très proche de Khartoum. Pendant les négociations d'Abuja, leur médiateur Salim Ahmed Salim, n'était pas du tout impartial. Après qu'il nous ait remis l'accord pour signature, je lui ai donné un papier exposant nos problèmes, il me l'a lancé à la tête et a demandé qu'on nous applique des sanctions.

Après que nous ayons refusé de signer, on ne nous a plus payé l'hôtel. Des affaires à nous y sont toujours. Nous sommes restés cinq jours sans hôtel et sans qu'on nous règle notre billet d'avion, jusqu'à ce qu'il nous soit envoyé par d'autres.

 

SD On pourrait peur-être demander à l'UA un changement de médiateur. Le JEM devrait être d'accord là-dessus.

AWN - L'UA ne veut pas de changement. Nous voulons une négociation avec comme médiateur, les NU en première ligne et l'UA.

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